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Les mots de l'actualité

DUEL   06/03/2008

 

« Le succès d’Hillary Clinton relance le duel démocrate. » C’est le titre du Monde d’aujourd’hui. En effet, si John McCain est maintenant assuré de représenter les républicains, on ne sait toujours pas qui gagnera l’investiture démocrate : le duel est serré entre Hillary Clinton et Barack Obama ! Ce mot renvoie en effet à ce qu’on appelle un combat singulier, c’est-à-dire au combat de deux lutteurs qui s’opposent : un contre un, c’est ce qu’évoque ce mot de « singulier ».

Le premier sens de singulier est « unique », « solitaire ». Mais allez-vous penser, c’est bizarre, et même contradictoire : ils sont deux ! Oui, mais un seul dans chaque camp : c’est un combat d’un contre un. Et ça n’est pas sans faire penser à ces combats de champions, c’est-à-dire de guerriers réputés pour leur bravoure, leur force et leur habileté, qui représentent tout leur camp, et donc évitent des morts inutiles, en même temps qu’ils sont porteurs d’une forte charge symbolique : un seul représente le tout.

Donc, dans le duel, on est deux. On va vite penser que les deux mots sont de la même famille. Eh bien, c’est une erreur, tout au moins d’un point de vue historique et chronologique. Il semble en effet que « duel », qui vient de duellum en latin, soit une déformation du mot bellum qui signifie guerre, combat. Aucun rapport avec toute la série de deux, duo…

Au départ non, Mais vu le sens du mot « duel », l’inconscient linguistique de ceux qui l’utilisaient ne pouvait que faire le rapprochement, même s’il était erroné. Et cette erreur faite à répétition a fini par remplir ce mot de sa vraisemblance : c’est presque devenu une vérité. En tout cas, toute l’histoire du mot est pétrie de sa ressemblance jumelle avec la famille de deux : ces mots, s’ils ne sont pas nés des mêmes parents, ont été élevés ensemble.

L’image du duel est empreinte d’une certaine solennité : c’est un combat important avec des règles, des rituels, et dont l’issue, en principe, sera décisive : l’enjeu est important.

On sait que le duel a été une pratique aristocratique essentielle, située d’une certaine façon au cœur de la féodalité, puisqu’on se battait pour son honneur, le préserver, le laver quand on le pensait sali. Et que donc, tout le monde ne pouvait se battre : il fallait pour cela appartenir à une certaine classe sociale, avoir un honneur qui soit reconnu, celui du sang. Un seigneur, celui qui appartenait à la noblesse, pouvait donc se battre en duel, le devait même parfois, alors qu’un roturier ne pouvait y penser : il n’avait rien à défendre qui pût se mettre en balance lors d’un duel.

Et l’interdiction des duels qui s’affirme au XVIIe siècle (alors qu’ils sont encore fréquents) correspond bien à un passage historique : on a quitté une idéologie féodale pour passer à une monarchie plus moderne et plus centralisée, bientôt absolue : le roi brille et règne ; les seigneurs sont d’autant moins maîtres de leur destin.

Maintenant, la pratique du duel a survécu de façon exceptionnelle et pittoresque ; on peut encore parfois entendre parler de gens qui se provoquent en duel, qui vont sur le pré au petit matin avec leurs témoins, et qui s’arrêtent très vite en général : duel au premier sang dit-on… puérile peccadille !

 
Coproduction du Centre national de Documentation Pédagogique.
http://www.cndp.fr/

Yvan  Amar

Article publié le 06/03/2008