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Les mots de l'actualité
L’entre-deux tours est riche en conciliabules et discussions, pour préparer le scrutin de dimanche prochain. Souvent les candidats de droite et de gauche s’opposent, et la liste du Modem, liste centriste, fait figure d’arbitre. Le sens du mot dans cet emploi est un peu particulier : pourquoi un arbitre, qu’est-ce que cet arbitrage ?
En fait, c’est le Modem qui va décider qui l’emportera, et le pouvoir est entre ses mains. Les deux listes qui sont en position de « poids lourds » n’arrivent pas à se départager puisque aucune des deux n’est très sensiblement supérieure à l’autre. Il faut donc un troisième larron, qui n’a pas en soi tellement d’importance, mais en a suffisamment pour faire pencher la balance d’un côté ou de l’autre. Selon sa préférence, selon l’alliance qu’il va conclure, il va entraîner la victoire du camp qu’il choisira.
On voit bien qu’on est loin du sens le plus courant du mot « arbitre ». Le sens du mot en latin, arbiter, et en ancien français, est celui de témoin. On l’utilise dans un langage juridique, et le sens du mot va se transformer : l’arbitre devient le juge, l’autorité qui décide, celle qui tranche lorsqu’il y a un différend entre deux personnes. On se retrouve donc face à une image du juge à l’ancienne, celui qui met un point final à une dispute, quand aucun des protagonistes ne veut céder, quand aucune négociation n’est plus possible. On s’en remet donc à un troisième pouvoir, qui n’est de mèche ni avec l’un ni avec l’autre. Et ça fait un peu jugement de Salomon !
Cette image de sagesse n’est plus présente dans l’emploi contemporain qu’on a signalé et qui est beaucoup plus tactique. Mais on comprend bien la filiation de sens. Le mot « arbitrage » correspond souvent à cette utilisation ; encore maintenant, par exemple dans les tribunaux des prud’hommes, quatre juges qui ne sont pas des professionnels examinent les cas. Si jamais ils n’arrivent pas à se mettre d’accord, si deux juges s’opposent aux deux autres, on dit qu’il y a départage, et on est obligé de recommencer la session, avec une cinquième session, avec un magistrat professionnel qui fera fonction de président.
Le mot « arbitre » a eu encore d’autres emplois : on a parlé, on parle encore parfois, d’arbitre des élégances, d’arbitre de la mode : celui qui donne le ton, détermine ce qui est dans le vent et ce qu’on doit dédaigner, celui auquel on se réfère, qu’on suit et qu’on imite.
Et puis le mot « arbitre » a également fait une carrière sportive : encore une dérivation du sens de « juge ». Dans une compétition, il faut désigner ceux qui veillent au bon déroulement de l’épreuve, au respect des règles. Le mot dans cet emploi n’est pas bien vieux : tout début du vingtième siècle, au moment où le sport a commencé à prendre son essor.
Yvan Amar
Article publié le 12/03/2008
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