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Les mots de l'actualité
Le sommet de l’OTAN, à Bucarest, a permis d’entendre de nombreuses délibérations sur les possibles nouveaux entrants dans l’Alliance Atlantique. La Croatie et l’Albanie sont invitées. L’Ukraine et la Géorgie ne sont pas encore absolument bienvenues. Quant à la Macédoine, elle s’est heurtée, pour intégrer cette organisation, au refus de la Grèce. Et ce blocage s’articule en particulier autour du nom du pays, la Macédoine.
La Grèce est divisée en diverses régions administratives, et l’une d’elles, au nord, s’appelle la Macédoine. Les Grecs sont donc très réfractaires au fait qu’un pays voisin, s’appelle lui aussi la Macédoine, et sont en faveur d’une dénomination moins vague, mais moins noble peut-être : l’ARYM, un acronyme, un sigle qui signifie Ancienne République Yougoslave de Macédoine. On comprend qu’un pays répugne à se faire officiellement appeler « Ancienne République… ». Ce nom fait transitoire et pas très officiel, il minore la légitimité du pays : comment une ancienne république pourrait-elle prétendre à une vraie légitimité ?
D’un autre côté, les Grecs font valoir que le nom de Macédoine a été donné à cet Etat pour nourrir des revendications territoriales sur une région qui est la Macédoine grecque. Comme, d’autre part, une petite partie de l’Albanie est également liée au territoire macédonien et peut aussi revendiquer cette appellation, on voit que la situation est bien embrouillée.
Le mot « macédoine » remonte loin : on le trouve déjà en grec ancien. Il vient peut-être d’un adjectif grec qui signifie long, étendu. C’est donc la grande province. Mais le mot, en français d’aujourd’hui en tout cas, a un autre écho ; depuis longtemps cette région a été habitée par toute une mosaïque de peuples d’origines diverses : des Slaves, des Bulgares, des Ottomans notamment s’y sont installés depuis le Moyen-Âge.
On a donc pris l’habitude, en français, dès le XVIIIe siècle, de désigner par ce mot « macédoine » un étonnant mélange. Plutôt pour désigner un mélange littéraire d’extraits d’origines différentes qui étaient rassemblés. Plus encore que les origines, on pointait les tonalités contrastées : une macédoine proposait un fragment de poésie lyrique, puis burlesque, puis de la prose, une histoire, un court essai…
Mais le mot s’est spécialisé dans d’autres domaines… La macédoine a été un jeu de cartes particulier : chaque joueur, quand son tour vient, impose le type de règles auxquelles on doit se plier, il décide pour telle ou telle contrainte. Là encore, l’idée du mélange est présente : on ne sait pas trop au départ ce qui sera permis ou interdit, et grâce à quoi on pourra gagner la partie.
Mais c’est surtout en matière gastronomique que le mot de « macédoine » a trouvé son usage, qu’il garde encore aujourd’hui. Une macédoine est l’assemblage de divers éléments : on parle essentiellement de macédoine de légumes ou de fruits. Et la particularité de ces plats est que les éléments constitutifs gardent leur identité : on reconnaît le petit pois, le haricot, la pomme de terre et la carotte dans la macédoine ; ce n’est donc pas une mixture, où chaque détail se fond dans une masse indistincte. Et on a la même particularité pour la macédoine de fruits.
On pourrait aussi bien dire salade… On le dit d’ailleurs, avec cet effet de sens quand on emploie le mot au figuré : le mélange est tel qu’on n’y comprend plus rien. Mais on dit davantage, pour marquer l’incompréhension « Qu’est-ce que c’est que cette salade ? » que « Qu’est-ce que c’est que cette macédoine ! ».
Yvan Amar
Article publié le 04/04/2008
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