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« Au secours, Berlusconi revient ! » C’est le titre du journal Libération d’hier, après l’annonce de la victoire de la droite et de Silvio Berlusconi lors des dernières élections italiennes. Pourquoi ce titre ? Il n’est pas spécialement aimable et exprime un effroi, presque exagéré, du journal devant cette constatation. En même temps, la Une du journal montre un Berlusconi hilare, content de lui, ravi du tour que prennent les événements… Ce sourire est un peu le pendant de l’exclamation « Au secours ! ».
Pourtant la formule choisie est ancienne, et déjà usée. Une formule toute faite donc, qui consiste à mimer la surprise affolée, voire la surprise horrifiée. Quelque chose… ou quelqu’un revient alors qu’on le croyait disparu à jamais, qu’on s’en croyait débarrassé pour toujours. Avec le sous-entendu qu’on avait déjà eu du mal à s’en débarrasser, que ça avait pris du temps, que ça avait demandé du mal, et qu’enfin, ouf, ça y était, bon débarras ! Ainsi s’explique l’interjection stupéfaite.
L’expression se prête donc à toutes sortes de remplissage, puisque le sujet de « revient » peut être modifié en fonction des peurs de celui qui parle, ou plutôt qui glapit. Car c’est bien à un glapissement un peu ridicule que la formule fait penser, et aussi à un genre d’enfantillage, un affolement un peu régressif, où l’on s’amuse à exagérer sa peur de façon puérile, comme pour alerter la tribu. Probablement pas la meilleure façon d’affronter ce qu’on redoute, mais ce n’est qu’une formule.
Une formule qui a plus de vingt ans déjà, puisque la première fois qu’on l’a aperçue, c’était quelques années après la première élection présidentielle de Mitterrand, après les premiers temps qu’on a appelés « l’état de grâce », au moment où les opposants au régime, K.-O. dans les mois qui ont suivi mai 1981, redonnaient de la voix. Tout ça dans l’écho de la querelle de l’enseignement privé qui fit du bruit vers 1983 : « Attention la droite revient ! » pouvait-on lire sur des affichettes et des autocollants.
Mais l’expression « Au secours » est elle-même intéressante. C’est une exclamation qui appelle. Une locution codée qui demande de l’aide sans donner d’information particulière, mais qui essaie d’établir la communication sur un mode particulier : c’est la panique qui s’exprime en direct ! Et on imagine surtout la phrase criée de façon expressive !
Mais l’expression est également utilisée de façon plus indirecte. On parle d’appels au secours : cette phrase, cette lettre est un appel au secours. On voit que l’expression est toute banalisée, car elle rentre dans le moule d’une autre phrase. L’expression « au secours » employée toute seule est aussi devenue plus ou moins un cliché de la langue des jeunes pour exprimer simplement la surprise et la désapprobation ! Une surprise telle qu’elle suscite cette demande d’aide simulée. « Vingt-cinq euros le bifteck ? Au secours ! »
Yvan Amar
Article publié le 16/04/2008
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