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On vient d’apprendre qu’ARDOISE marque le pas, c’est-à-dire que l’utilisation du système ARDOISE, ou plutôt son expérimentation, car on en était encore au stade de l’expérience, était suspendue. C’est la ministre de l’Intérieur, Michèle Alliot-Marie qui a pris cette décision devant la polémique qui commençait à enfler autour de ce projet.
Alors qu’est-ce que c’est que cette ardoise-là ? Il s’agit d’un logiciel fonctionnant un peu comme un fichier, qui réunit des renseignements sur des gens, tout cela à usage de la police et de la gendarmerie.
Comme il alignait des renseignements d’état-civil avec d’autres concernant l’orientation sexuelle, les activités syndicales et politiques des personnes fichées, on pouvait craindre qu’il aille au-delà de ce que prévoient les lois sur les libertés individuelles, et le pouvoir a mis le holà, tout au moins pour un certain temps.
Pourquoi ce système s’appelle-t-il « ARDOISE » ? C’est un acronyme, c’est-à-dire un sigle, une suite d’initiales conçues comme un mot : « Application de recueil de documentation opérationnelle et d’informations statistiques sur les enquêtes ». On a été le chercher loin, l’acronyme, mais enfin il n’est pas si mal trouvé, puisqu’une ardoise a souvent cette fonction de fichier.
On repense aux ardoises de l’école des anciens, ça fait très Troisième République, et blouse noire. Pour économiser des cahiers rares et chers, on demandait à l’élève d’avoir une ardoise qui servait un peu de cahier de brouillon : à la craie on écrit ; au chiffon, on efface, et on peut recommencer. Chaque élève avait donc son ardoise, ce petit rectangle d’une pierre plate et très fine, sur lequel on écrit et on efface.
Mais il n’y a pas qu’à l’école qu’on se servait d’ardoise : il y en avait aussi chez certains commerçants, et surtout au café. C’est là-dessus que le patron inscrivait ce que devait le consommateur qui ne payait pas tout de suite : il avait son compte, et, à la fin du mois, on lui faisait payer le total.
« Avoir son ardoise chez Michel » par exemple, signifiait qu’on avait un compte là-bas, c’est-à-dire qu’on pouvait prendre ce qu’on voulait sans payer immédiatement : la dette était notée, on paierait tout d’un coup.
C’est pratique, et tentant. Qu’est-ce qui est tentant ? De partir sans payer, pardi ! Et l’expression a ainsi trouvé une nouvelle forme : « avoir une ardoise » c’est-à-dire une dette, ou même « laisser une ardoise » ; cela s’emploie en particulier pour tous ceux qui, responsables d’une structure, accumulent les dettes et les laissent à leur successeur quand ils quittent leur poste : « Il a dirigé le théâtre pendant trois ans, et il est parti en laissant une ardoise de deux millions ! » Ce qui signifie que, dans le budget de ce théâtre, il y a deux millions de dettes, un beau trou budgétaire.
Maintenant qu’on a bien vu les sens figurés, jetons un coup d’œil au sens littéral du mot : une ardoise, c’est une pierre tendre mais imperméable, feuilletée, c’est-à-dire qui se présente sous la forme de plaques superposées. Et comme l’ardoise est imperméable, elle sert souvent à fabriquer les toits des maisons.
Les matériaux des toitures ont-ils souvent le même destin, d’avoir un usage propre et un usage figuré ? On peut au moins penser à la tuile, qui est une plaque de terre cuite, parfois gondolée ou rainurée. Et au figuré, une tuile est un ennui, qui vous arrive inopinément, sans qu’on s’y attende, comme une tuile qui tombe du toit, et que le passant malchanceux prend sur la tête.
Yvan Amar
Article publié le 24/04/2008
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