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Les mots de l'actualité
« Xénophobie meurtrière en Afrique du Sud ! » C’est l’un des titres qu’on a pu lire ou entendre dans la presse de ces derniers jours, puisque des scènes d’une violence dramatique se sont produites en Afrique du Sud contre des étrangers, notamment des Zimbabwéens.
Le mot « xénophobie » est savant, mais on sait bien ce qu’il veut dire : c’est la haine de l’étranger.
Le sens littéral est d’ailleurs compris dans l’origine du mot. Les racines sont grecques, et le premier élément vient de xénos qui veut dire « étranger », tout simplement. On trouve bien peu cette racine en français, sinon dans le mot savant « xénisme », un mot de linguiste, qui désigne une tournure empruntée à une langue étrangère.
Le deuxième élément est bien plus fréquent, mais avec un sens qui change parfois : souvent il est plus psychologique. La « phobie », c’est l’horreur, le fait de ne pas supporter quelque chose, et il est employé en psychologie pour désigner un mouvement d’effroi, de recul. Mais on le trouve souvent dans des mots qui le mettent en rapport avec une position particulière : on est « claustrophobe » quand on est angoissé par une situation d’enfermement, de claustration. Et « l’agoraphobie » est la peur de la foule.
On le voit, la xénophobie est à part ; elle ne s’inscrit pas dans cette série, et il s’agit plus d’idéologie que de psychologie. Le mot est inventé au tout début du vingtième siècle, ce qui s’explique aisément : c’est l’époque où de nouvelles façons de penser inventent de nouveaux mots, en général construits sur des racines antiques, latines ou grecques. C’est précisément l’époque où se développe la psychologie et où s’invente la psychanalyse. Mais c’est aussi une période où les migrations commencent à être importantes vers les pays d’Europe occidentale, et notamment vers la France.
Les réactions de rejet se font donc parfois sentir, liées à des replis, des peurs et le développement de sentiments populistes qui accompagnent souvent la montée des nationalismes. On a peur d’être envahi, on exalte une pureté nationale rêvée et on met en garde contre ce qui pourrait la troubler. La méfiance et l’hostilité envers les étrangers s’installent donc.
Mais le mot s’invente dans le camp de ceux qui luttent contre cette xénophobie, car il est péjoratif. Aucun xénophobe ne s’avouera xénophobe… ou presque, car hélas, on connaît même des exceptions, et lorsque les xénophobes le reconnaissent, lorsqu’ils s’en font une fierté, c’est que la situation est grave et tendue. Mais la plupart du temps, on parle de xénophobie pour la condamner, la montrer du doigt, essayer de la dégonfler, faire honte à ceux qui la pratiquent.
La xénophobie est-elle différente du racisme ? On peut presque dire que c’est l’une de ses formes. Pourtant on peut déceler des différences : le racisme, comme son nom l’indique, met en avant la race, ou ce qui est considéré comme tel. En tout cas, il s’agit souvent de caractéristiques physiques qui sont les indices de celui qui est différent, et qu’on n’aime pas. Alors que pour la xénophobie, il s’agit plus d’histoire : à l’œil nu, on ne distingue pas forcément un Français d’un Allemand, un Sud-Africain d’un Zimbabwéen, un Ivoirien d’un Burkinabé. Mais ceux qui sont xénophobes sont souvent amenés à nier cette histoire, pour ne retenir qu’une sorte de nature mystérieuse qui tiendrait à la nationalité.
Yvan Amar
Article publié le 21/05/2008
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