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Les mots de l'actualité
« De l’audace », c’est le titre d’un ouvrage de Bertrand Delanoë qui sort aujourd’hui – livre politique de circonstances qui devrait appuyer les ambitions de l’actuel maire de Paris à prendre la direction du Parti socialiste, et plus si affinités.
Ce livre d’entretiens, constitué donc d’un dialogue avec Laurent Joffrin, directeur du journal Libération, a un titre qui est déjà une référence : « De l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace ! » La citation n’est pas complète, mais à l’énoncé de ce titre, on ne peut qu’évoquer cette phrase. Elle est de Danton, date du 2 septembre 1792, et fut prononcée à l’Assemblée Législative.
La situation en France est critique à ce moment-là : la France révolutionnaire voit se dresser contre elle les monarchies européennes, qui souhaitent rétablir Louis XVI dans son ancienne autorité monarchique. Une armée austro-prussienne, épaulée par environ 20.000 émigrés (des contre-révolutionnaires français qui ont quitté le pays) a passé Verdun. On dit qu’elle marche sur Paris, et un vent de panique souffle sur la capitale. Danton alors prononce devant l’Assemblée Législative un discours qui appelle à la défense de la patrie, et qui est l’un des plus vibrants exemples de l’éloquence révolutionnaire.
« Tout s’émeut, tout s’ébranle, tout brûle de combattre […] Paris va seconder ces grands efforts. Les commissaires de la Commune vont proclamer, d’une manière solennelle, l’invitation aux citoyens de s’armer et de marcher pour la défense de la patrie […] Le tocsin qu’on va sonner n’est point un signal d’alarme, c’est la charge sur les ennemis de la patrie. Pour les vaincre, messieurs, il nous faut de l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace, et la France est sauvée. »
Le discours est guerrier, souvent menaçant (les ennemis de la patrie seront punis de mort), mais ce souffle et cet élan sont bien représentatifs de l’extraordinaire ardeur de la Révolution, avec ses belles utopies, et ses excès sanguinaires.
La harangue de Danton a d’ailleurs fait son effet : deux semaines plus tard, les armées révolutionnaires remportent la victoire de Valmy qui stoppe l’invasion, et, le lendemain, la République est proclamée. On est donc à un tournant décisif du roman de la Révolution.
Bien entendu, la tonalité du livre de Bertrand Delanoë ne se compare pas à cela. Mais l’histoire de France, et l’histoire de la langue française sont ainsi faites que la citation tressaille sous le mot. Quand on dit « de l’audace », on pense forcément à cette phrase galvanisante du tribun : encore de l’audace, toujours de l’audace… et la France est sauvée !
Le mot « audace » évoque le courage d’essayer des actions dont le succès n’est pas certain. On a l’impression que l’audace va contre le bon sens premier qui nous ferait hésiter, considérer telle attitude comme manquant de réalisme, de prudence. L’audace consiste à y aller quand même : on tente, on ose tenter. D’ailleurs le mot est de la même famille que ce verbe « oser ».
Mais l’important est que l’audace est le plus souvent un mot positif, même si à l’âge classique il a plutôt été synonyme d’arrogance, de provocation. Et on se souvient du célèbre proverbe « la fortune sourit aux audacieux ». En effet, l’audacieux semble forcer son destin, pour faire sourire sa fortune. Ce mot de « fortune » d’ailleurs doit se comprendre au sens latin du mot fortuna : la chance.
Un homme politique a donc tout intérêt à se proclamer audacieux : ça séduit plus que ça ne fait peur, et ça vous pose d’emblée comme quelqu’un qui n’a pas peur de la nouveauté, du changement, de l’engagement dans l’inédit.
Yvan Amar
Article publié le 22/05/2008
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