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Les mots de l'actualité

ARRIÉRÉS DE SOLDE    02/06/2008

 

Les causes de la situation très tendue que connaît actuellement la Guinée sont multiples. Mais parmi elles, il en est une plus importante que d’autres peut-être, ou en tout cas qui a servi de déclencheur : un certain nombre de soldats n’ont pas touché leur paye. L’Etat est en retard pour les payer : ils ont des « arriérés de solde ».

On a entendu cette expression bien souvent, en la comprenant à peu près. Un arriéré de salaire ou de solde est un salaire dû, mais qui n’a pas été payé, qui est donc en retard de paiement. Ca se comprend assez bien, même si l’expression peut sembler étrange : la somme qui est due est restée en arrière. Il reste en arrière quelque chose qui n’est pas réglé.

En ancien français, l’un des sens du verbe « arriérer » qui existait (alors qu’il n’est plus vraiment usité aujourd’hui) était « retarder ». On comprend bien le mouvement : le paiement, retardé, n’a pas été effectué. D’ailleurs de nos jours, le nom « arriérés » tout court, signifie qu’on doit encore quelque chose, qu’une dette n’est pas réglée.

Dans la situation guinéenne, il s’agit d’arriérés de solde. Et la solde est le mot qui désigne le salaire des soldats. Pourquoi « solde » ? Il s’agit simplement d’une variante de la famille de « sou », le sou qu’on donne au militaire pour le payer. Le mot « sou », en français moderne, est encore employé bien qu’il ne désigne plus une unité monétaire existante. Mais on l’associe toujours à l’idée de très peu d’argent, ce qui est une évolution peu en rapport avec son origine.

En effet, « sou » est de la même famille que « solide », que solidus en latin, mot qu’on emploie pour désigner une pièce de métal précieux. Et l’or ou l’argent qui était qualifié de « solidus » était de l’or ou de l’argent massif, non mélangé à d’autres métaux. L’origine du « sou » est donc lié à une idée de richesse plus qu’à une idée de dénuement, mais on sait que le sou a rapidement désigné une pièce de peu de valeur.

On sait aussi que les soldats sont rarement bien payés ; d’ailleurs bien souvent, ils ne le sont qu’à peine, lorsqu’ils ont été mobilisés par l’Etat. Ceux qu’on paye, ce sont plutôt les soldats de métier, ou même ceux qui, en dehors des armées régulières, offrent leurs talents de combattants à une cause, pour peu qu’on les paye : les mercenaires. Et la solde a d’abord désigné cette paye des mercenaires. Mais le mot a fait fortune, puisque c’est lui qui a donné le mot « soldat » : celui qui touche une solde.

On trouve ce terme dans d’autres emplois, toujours un peu péjoratif. Historiquement, on a parlé des demi-soldes et le mot est encore connu : il s’agissait des soldats de la grande armée de Napoléon, qui, sous la Restauration, une fois l’Empereur déchu exilé à Sainte-Hélène, restaient payés par l’Etat, qui se méfiait d’eux. Mais on avait réduit leur salaire de moitié. Et les demi-soldes évoquent, de façon plus général, des gens aigris, nostalgiques d’un passé glorieux, mal adaptés à un présent qu’ils détestent.

Et puis, on parle également des gens qui sont à la solde de quelqu’un, et c’est encore plus négatif. Ce sont ceux qui sont au service d’un autre pour de l’argent, prêts à faire tous les mauvais coups, puisqu’on les paye. On n’est pas loin du nervi, de l’homme de main.

 
Coproduction du Centre national de Documentation Pédagogique.
http://www.cndp.fr/

Yvan  Amar

Article publié le 02/06/2008