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Les mots de l'actualité
Excuses solennelles présentées au Canada par Stephen Harper, le Premier ministre, aux peuples autochtones, en fonction de l’oppression dont ils ont été victimes. Et on souligne en particulier l’intégration forcée qu’on a tenté de leur imposer par le biais de l’école et des pensionnats dont le but avoué était d’éradiquer les langues et les cultures d’origine non européenne.
Il y a quelques mois, des excuses un peu semblables étaient présentées en Australie aux aborigènes, alors qu’au Canada, on parle d’autochtones. Un nom étrange, relativement peu courant, qui mérite qu’on l’explique.
On repère vite l’origine grecque du mot. Deux racines, auto et chtone. Chtone évoque la terre. Et auto est en général utilisé pour désigner ce qui se fait sans apport extérieur, de son propre mouvement : automobile, autorégulation. Cette construction est donc un peu surprenante, mais elle est ancienne : le mot n’a pas été formé en français à partir de deux racines grecques, mais directement emprunté au grec. Et le mot doit être compris comme signifiant plus ou moins « né sur cette terre même ». Il écarte donc l’idée d’immigration, d’arrivée d’ailleurs.
Il n’est pas bien loin du mot « indigène », qui lui est construit sur des souvenirs latins, et c’est donc le terme qui est donné au Canada aux peuples qui ne sont pas venus avec les vagues d’émigration européenne successives. On comprend bien qu’il s’agit de faire un effort pour être politiquement correct et éviter, si c’est possible, une expression dont la couleur serait négative.
Mais pour nommer les groupes, on parle souvent des « premières nations ». Le mot « nation » est très positif : il en impose. On a donc l’impression qu’on relève la manière dont on les considère. Et le mot « première » prend un sens chronologique : sans gommer la civilisation construite par les colons, il reconnaît l’antériorité des peuples.
De qui s’agit-il ? Essentiellement de ceux qu’on appelle aussi Indiens, Métis ou Inuits. Le mot « Inuit » est un nom de peuple, non traduit, non modifié. Les deux autres mots viennent des langues d’Europe. Les Métis renvoient aux relations entre les Indiens et les premiers Européens qui commerçaient les fourrures. Quant au mot « Indien » lui-même, on connaît son histoire étrange !
Ce nom a été donné par les envahisseurs européens qui venaient mettre la main sur ces terres américaines inconnues, antillaises d’abord, d’ailleurs, à partir du XVIe siècle. Paradoxe donc ! Situation presque étrange : ceux qui ont toujours vécu là, ou du moins dont on ne se souvient même pas qu’ils soient venus d’ailleurs, tellement leur implantation est ancienne, sont nommés, sont désignés, présentent leur identité à partir d’un nom qui ne vient pas de leur culture.
Mais ce n’est que dans la deuxième partie du XVIe siècle que le nom s’impose. Et il s’applique alors à n’importe quel habitant des Amériques. Selon le contexte, on devine s’il s’agit des Indiens d’Amérique du Nord, que la littérature populaire et l’histoire du cinéma ont rendus célèbres – ceux qu’on a appelés des Peaux-Rouges – ou ceux d’Amérique centrale ou du Sud.
On parle aussi des Amérindiens. Là encore, le terme est vague, et il ne saurait préciser s’il s’agit d’Amérique du Nord ou du Sud : le contexte doit nous aider. Pourtant ce mot semble s’employer plus souvent en ce qui concerne les pays situés au sud des Etats-Unis où les populations indiennes sont restées notablement plus importantes.Yvan Amar
Article publié le 12/06/2008
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