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Les mots de l'actualité
La rencontre entre la Russie et l’Union européenne a fait ressortir les problèmes d’énergie, de gaz notamment, et il a bien fallu évoquer à nouveau la situation de la société Gazprom et son hégémonie. Cette société russe occupe en effet une place de premier plan en ce qui concerne la production et le transport du gaz naturel, à tel point qu’on peut avoir l’impression qu’elle contrôle la donne. Cette hégémonie n’est pas du goût de tout le monde, et ce mot « hégémonie », on l’entend souvent, de la part de ceux qui, justement, la contestent : en effet, il est toujours utilisé de façon péjorative, pour désigner une situation de force par rapport aux autres, par rapport aux concurrents.
Les contextes dans lesquels on peut entendre ce mot sont nombreux : en ce qui concerne les langues par exemple, on s’inquiète souvent d’une hégémonie possible de l’anglais ; on s’inquiète du fait que l’importance de l’anglais pourrait éliminer les autres langues de la communication internationale. Ou dans une union politique, on peut redouter l’hégémonie d’un pays sur les autres.
Le mot est savant et récent : il n’apparaît pas avant la moitié du XIXe siècle, et il a été emprunté à la langue grecque. Dans la Grèce ancienne d’ailleurs, qui était formée d’une multitude de cités-Etats, les problèmes d’hégémonie se posaient de façon très crue : était-ce Athènes la cité hégémonique ? Etait-ce parfois Sparte ? Il fallait savoir qui dominait l’ensemble !
Hegemon signifiait en grec le chef ou le guide, et l’origine du mot est amusante : elle nous fait remonter à un verbe qui s’utilise pour un chien qui est en tête d’une meute, et qui lointainement voulait dire avoir du flair, suivre une piste.
On peut se demander aussi si ce mot « hégémonie » a des synonymes. On pense assez facilement à « monopole », mais les significations des deux mots sont différentes. Reprenons l’exemple de Gazprom. Cette société l’emporte sur ses concurrents, mais elle peut en avoir. Si elle était en situation de monopole, cela voudrait dire qu’elle serait seule sur le terrain, que personne n’aurait le droit de la concurrencer.
Et la suprématie ? Est-ce que c’est la même chose que l’hégémonie ? Non plus. Pourtant, il s’agit également d’une situation dominante. A l’origine, le mot s’utilisait à propos du privilège d’un souverain d’être la première autorité religieuse de son pays. C’était le cas du roi d’Angleterre pour la religion anglicane. Aujourd’hui, cela veut seulement dire qu’on l’emporte sur les autres. Mais contrairement à l’hégémonie, le mot n’est pas a priori négatif : il parle de supériorité de fait, incontestable. Si une équipe sportive a remporté telle compétition depuis plusieurs années, on parlera de sa suprématie. On peut la regretter, mais elle n’a rien de condamnable en soi ; il ne s’agit pas d’une situation malsaine, d’un abus de pouvoir ou d’un abus d’influence.
Yvan Amar
Article publié le 27/06/2008
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