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Les mots de l'actualité

TAÏKONAUTE   29/09/2008

 

Les taïkonautes sont à la fête, les taïkonautes sont à l’honneur. En effet, on sait qu’on a eu un taïkonaute dans l’espace, c’est-à-dire un voyageur de l’espace qui est sorti de son engin pour tâter de l’espace infini. Ce n’est pas le premier à faire ça. Il est Chinois et, avant, on a vu dans ces mêmes parages des Américains et des Russes. Et pourtant, il s’agissait du premier taïkonaute ! Comment expliquer ce mystère ?

C’est qu’en France, on a pris l’habitude d’utiliser des mots différents pour désigner ces aventuriers de l’espace. On garde le même suffixe. La fin du mot, c’est toujours « -naute », qui renvoie à une racine grecque ; c’est le navigateur. Mais ces « -nautes », on en a de toutes sortes : « cosmonaute », « astronaute », « spationaute », ou même « taïkonaute ».

Il est tout à fait normal que chaque pays forge un mot qui soit bien au chaud dans sa langue pour désigner une réalité nouvelle. Il est normal que le mot soit différent en russe, en anglais et en chinois, par exemple.

Ce qui est étonnant, c’est de voir que la langue française et la pratique des francophones garde, pour l’instant, le souvenir du pays de celui dont elle parle. Un « cosmonaute », par exemple, est un calque du russe. Il date du tout début des années 60, époque par exemple des premières prouesses de Youri Gagarine. La langue russe avait formé ce mot à partir d’éléments grecs : le « cosmos », c’est, en gros, l’univers. Le « cosmonaute » est un peu le navigateur de l’univers.

Mais un « astronaute », c’est bien différent ! Pas pour son métier, c’est à peu près le même. Mais au lieu d’être russe (ou soviétique car, à l’époque, l’URSS régnait sur la Russie, et même un peu au-delà), l’astronaute est yankee. Il nous vient d’Amérique. Le mot existait bien avant les premières expériences américaines dans l’espace, mais il était rarissime en français.

Forcément, quand il est arrivé que les Français participent à leur tour, même modestement, à cette conquête, il nous fallait notre mot à nous. Et vous imaginez comme on s’est gratté la tête. On ne pouvait plus voyager ni dans le cosmos, ni entre les astres. Il restait l’espace. Banco ! On s’en est saisi. Et c’est ainsi que sont nés les « spationautes ».

Tranquilles pendant quelques années, les linguistes se contentaient de ces trois mots, qu’on pouvait alterner à loisir, jusqu’à ce que la Chine se lance dans la course ! Comment lui rendre justice ? En lui empruntant le mot qu’elle aussi avait à cœur de former. On reprend donc l’inusable suffixe « -naute », et on continue de faire varier le premier élément.

Mais pourquoi « taïko- » ? S’agit-il de Chinois de Taïwan ? Point du tout. Ils viennent de Chine populaire. Sont-ils plus que les autres taillés dans l’étoffe des héros ? Vous n’y êtes pas. C’est que ce préfixe évoque, en chinois, les hommes du grand vide. Imagé et glorieux, voici ce nouveau mot, qui salue le courage de ces taïkonautes, partis à bord de Shenzhou VII, le vaisseau divin.
 
Coproduction du Centre national de Documentation Pédagogique.
http://www.cndp.fr/

Yvan  Amar

Article publié le 29/09/2008