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Les mots de l'actualité

BÉATIFICATION   24/11/2008

 

Béatification en masse, aujourd’hui, au Japon : cent quatre-vingt huit martyrs vont être béatifiés. Bonne journée, donc, pour être au Japon si l’on aspire à la béatitude, mais il faut bien savoir à quoi ça correspond.

La béatification est un processus propre à l’Église catholique, et c’est une décision qui vient du pape ou, en tout cas, qui nécessite l’agrément, l’aval du pape. Le Saint Père donne donc son accord pour que soient béatifiées cent quatre-vingt huit personnes, c’est-à-dire qu’elles soient transformées en bienheureux, considérées comme des bienheureux.

Nous sommes tout à fait dans le vocabulaire de la religion catholique, où ces mots ont un sens particulier. Est considéré comme un bienheureux celui ou celle dont on peut dire qu’il a vécu une vie conforme à la religion chrétienne, conforme aux principes du Christ : un genre de modèle de perfection chrétienne.

Bien entendu, ce genre de distinction s’accorde rarement, et plus souvent à ceux qui sont morts pour leur foi, qui ont été martyrisés en raison de leur appartenance à la religion. Il s’agit donc à la fois de célébrer leur courage et la profondeur de leur attachement chrétien. Même devant la mort, devant la menace de la torture et devant la souffrance physique, ils n’ont pas abjuré leur foi, ils n’ont pas dit qu’ils n’étaient pas chrétiens. C’est bien de cela qu’il s’agit pour ceux qu’on appelle des martyrs. Et la plupart des premiers saints de la religion chrétienne sont justement des martyrs.

Les bienheureux sont-ils donc des saints ? Pas exactement mais, malgré tout, on sent qu’ils ont leur place sur la voie qui mène à la sainteté.

Mais revenons sur les mots qui nous ont conduits là : il faut être béatifié pour devenir bienheureux ! C’est normal. Les deux termes renvoient à la même idée de bonheur. Alors, bien sûr, il s’agit du bonheur suprême, éternel, qui attend au paradis l’âme du bienheureux. Beatus veut dire « heureux » en latin, et nous a donné les termes « béat » et « béatitude ».

Mais leur écho n’est pas vraiment le même : « béatitude » est un mot assez rare, assez recherché, qui indique un état de bonheur parfait. On est comblé, on n’a plus besoin de rien, on est au-delà de son désir. On voit bien qu’il peut correspondre à l’idée du bonheur du paradis. Il a d’ailleurs parfois un emploi tout à fait chrétien. Certains dignitaires de certaines églises se font appeler ainsi : Votre Béatitude.

L’adjectif « béat » est un peu ancien, on l’utilise peu. Mais en quittant les emplois proprement religieux, il a souvent pris un sens un peu péjoratif : celui qui est béat est content parce qu’il ne comprend rien. Il a le sourire de l’idiot que les soucis n’atteignent pas, parce qu’il n’appréhende pas vraiment le monde dans lequel il vit. Il reste donc dans son bonheur, mais un bonheur qui appartient à moitié à la sphère des hommes et à leurs préoccupations. Et la prononciation du mot, qui peut évoquer une bouche grande ouverte, est certainement pour beaucoup dans cette dérive de sens.

 
Coproduction du Centre national de Documentation Pédagogique.
http://www.cndp.fr/

Yvan  Amar

Article publié le 24/11/2008