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La légalisation du travail le dimanche et sa généralisation font débat en France, en ce moment. Et c’est aujourd’hui que commence, à l’Assemblée nationale, l’examen de la proposition de loi.
Il est vrai qu’il s’agit de s’attaquer à un symbole fort et que, d’autre part, cette loi fait peur à ceux qui pensent qu’elle pourrait mettre à mal des acquis sociaux. Travailler le dimanche est ressenti par beaucoup comme une situation exceptionnelle, qui rompt avec une longue habitude culturelle, et qui donc doit trouver une compensation équitable.
On sait que le dimanche est souvent appelé, en français, le « jour du Seigneur ». L’expression est peut-être un peu ancienne, mais encore comprise, et elle a le mérite de rappeler que cet interdit s’adosse au départ sur une pratique religieuse et chrétienne. Un jour par semaine, on se consacre, non au travail, mais à la prière et à l’adoration de son créateur. Comme si, un jour sur sept, on devait s’extraire de la vie sociale, de la vie mondaine.
On trouve cette ritualisation du calendrier dans bien des religions, mais la chrétienté l’applique spécialement au dimanche. L’origine du mot, d’ailleurs, l’atteste. En français, on voit bien qu’il est mis sur un plan un peu différent des autres. C’est le seul qui ne se termine pas par « -di », qui renvoie au mot latin dies (le jour).
Au contraire, la syllabe « di- » commence le mot, qui vient du latin dies dominicus. Et on retrouve notre expression « jour du seigneur », puisque c’en est exactement la traduction. Dies dominicus donne diominicus qui, petit à petit, deviendra « dimanche ».
On voit combien le mot a changé en passant d’une langue à l’autre, ce qui est la caractéristique des mots très populaires. Et « dimanche » a conservé une place toute particulière parmi les jours de la semaine, ce qui fait comprendre qu’on le trouve, avec des sens figurés très spéciaux, dans plusieurs expressions.
Ce qu’on fait le dimanche, on ne le fait pas professionnellement, puisque c’est le jour où – pour la plupart des gens, pas pour tout le monde bien sûr – on ne travaille pas. Ce qui fait que l’expression « du dimanche » finit par signifier « en amateur ». Un pianiste du dimanche, c’est celui qui ne gagne pas sa vie en étant pianiste : un amateur.
Et on peut retrouver la formule dans des expressions très variées : un électricien du dimanche, un architecte du dimanche. Et bien souvent, on a là une nuance péjorative : le peintre du dimanche n’est pas un vrai peintre. Il manque de métier, de savoir-faire. Il n’a pas cette expérience, ou cette profondeur que donne un engagement plus profond. Il y a d’ailleurs beaucoup de condescendance, de supériorité dans cette façon de dire, comme lorsqu’on traite quelqu’un d’aimable amateur. Ce n’est justement pas très aimable.
Et lorsqu’on parle des conducteurs du dimanche – une expression assez vieillie – on parle de ceux qui savent mal conduire parce qu’ils ne sortent leur voiture que le dimanche. On voit bien le côté odieux de la phrase. Ceux qui la prononcent le font du haut de leur superbe, ils se permettent de juger, comme si eux seuls étaient experts.
Mais « dimanche » sert aussi à qualifier ce qui sent la fête. Une nappe du dimanche, c’est la plus belle de toutes, celle qu’on ne sort que pour les grandes occasions. Les habits du dimanche sont les plus luxueux qu’on a.
Et si l’on est endimanché, c’est encore un peu péjoratif. C’est qu’on a mis ses beaux habits, alors qu’on n’y est pas habitué, et qu’on est un peu guindé, un peu embarrassé par un faux chic voyant et inhabituel.
Yvan Amar
Article publié le 16/12/2008
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