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Les poètes en herbe !
© I. Martinetti

« Ciné-slam » à Méru : un atelier en avant-première !

Un mardi de juillet, au cinéma de la ville de Méru, dans l’Oise, avait lieu une performance autour du cinéma et du slam. Pas de professionnels sur scène, mais des jeunes des quartiers « sensibles » de la ville qui avaient participé à un atelier « ciné-slam ».

Né de la rencontre entre une institution tournée vers le cinéma et une association vouée au slam, ce « ciné-slam » était une première.

À la fois innovant et expérimental, l’atelier avait aussi une dimension sociale importante.

Reportage à la Maison des Jeunes de Méru et témoignages des différents participants.

 

Un atelier innovant

Rencontre entre slam et cinéma
C’est l’ACAP, Association pour le cinéma et l’audiovisuel en Picardie, qui initie ce projet de ciné-slam. L’ACAP-Pôle Image Picardie s’occupe notamment de la promotion du cinéma dans la Région. Habituée aux projets socioculturels dans les quartiers sensibles de Picardie, l’institution a une nouvelle idée d’atelier.

Tout part d’une soirée au Forum des Images début 2010. Des poètes professionnels sont réunis autour du slam et du cinéma, à l’initiative de Slam Production. Cette association parisienne, « mouvement de poésie démocratisée », propose régulièrement des ateliers autour du slam. Elle intervient dans les milieux hospitalier et carcéral, dans les maisons de retraite et les établissements scolaires.

Thomas Cauchon, chargé de mission à l’ACAP, prend alors contact avec Slam Production.

À l’ACAP, il s’occupe d’un festival, « Les saisons du cinéma », qui a lieu quatre fois dans l’année. Des films sont choisis autour d’une thématique précise et programmés dans les 17 salles de cinéma du département. Dans le cadre de ce festival, l’ACAP mène des actions culturelles autour du cinéma auprès de publics peu habitués aux salles de cinéma.

Thomas Cauchon nous parle de l’objectif de l’ACAP.


L’ACAP a déjà proposé plusieurs ateliers autour du cinéma à la Maison des Jeunes de Méru.  Mais c’est la première fois qu’un atelier « ciné-slam » y est animé.

L’objectif est double : sensibiliser les jeunes au cinéma et à l’image d’une part et les amener à se rendre dans les salles de cinéma.


Une dimension sociale importante 
Les jeunes des quartiers de Méru ont toute l’année la possibilité de participer à des activités proposées par la Maison des Jeunes. Les intervenants de la Maison des Jeunes ont constaté qu’ils ont souvent peur d’écrire ou de s’exprimer devant les autres. Des ateliers « d’écriture » ont parfois été proposés, mais les jeunes ne s’y inscrivent pas. Le slam, lui, est assez populaire auprès des jeunes. Ils n’ont d’ailleurs pas forcément conscience que cet art oratoire demande de préparer et de rédiger un texte en amont. Et puis, le slam permet de développer les compétences d’expression écrite et orale de façon assez ludique.


Ces jeunes n’ont en général pas un très bon rapport avec les institutions éducatives et l’école. La Maison des Jeunes et ses intervenants ont réussi à créer un lien social avec eux. Tout cela a contribué à motiver une dizaine de jeunes à participer à l’atelier.

 

Métho, de l’association Slam Production, est venu animer l’atelier le deuxième jour. Il confirme et précise les difficultés rencontrées par les jeunes. Ce qui l’a tout de suite frappé au cours de l’atelier, c’est qu’ils ne maîtrisaient pas bien l’orthographe. Et que ces mots qu’ils n’arrivaient pas à écrire n’avaient pas de sens pour eux. Métho a donc accordé de l’importance à ce travail sur l’orthographe. 

 

Au fait, c'est quoi le Slam ?

Par Jéjé, un des slameurs qui anime l'atelier

 


Un atelier plutôt très animé !

Jéjé, l'un des slameurs qui anime l'atelier.
© I. Martinetti

Rendez-vous à la Maison des Jeunes de Méru pour l’atelier ciné-slam
Nous retrouvons les deux intervenants de Slam Production, Jéjé et Métho, qui animent l’atelier sur deux jours. Ils aident les jeunes à écrire leurs textes et leur donnent des conseils pour commencer à slamer : comment se tenir, porter leur voix, articuler, etc. La présence des animateurs de la Maison des Jeunes est également nécessaire pour cadrer les jeunes. L’ambiance étant un peu dissipée…

Les jeunes ont commencé à écrire leur texte la veille. Thomas Cauchon leur a projeté plusieurs courts métrages muets ayant pour thème le suspens et le polar. Ils en ont choisi cinq.

Notamment les films suivants : Donky Toys, un film sur une course poursuite de voitures dans un parking ; Bound qui montre la vie de gamins dans une cité en Angleterre et la violence qui y règne ; ou encore Shine, une sorte de jeu vidéo inspiré du film Shining de Stanley Kubrick.

Puis, avec l’aide des animateurs, les jeunes ont mis des mots sur les images. Les thèmes semblent les inspirer : les voitures, la violence, le jeu… Mais la forme des courts métrages est parfois assez étrange, voire expérimentale. Quant au format des textes, il est bien précis : ce sont de courts poèmes, de 16 vers chacun.

 

Les textes sont enfin finalisés et tapés sous Word, sous l’œil vigilant de la coordinatrice jeunesse de la Maison des Jeunes.

Les répétitions peuvent commencer. L’atelier se termine et les jeunes se rendent au cinéma Le Domino où la soirée va avoir lieu. Finalement, les gamins, si dissipés et à l’aise dans l’atelier, ont le trac en attendant le début de la soirée !


Gégé, Kaisha et Métho en plein travail !
© I. Martinetti

La soirée au Domino
L’aboutissement de l’atelier ciné-slam est la performance qui a lieu sur scène. Le Domino est un cinéma d’une centaine de places. Dans la salle, parmi les spectateurs, on retrouve des familles ou des amis des jeunes.

Les films sont projetés en arrière plan pendant que les jeunes disent leurs textes.

C’est une réelle performance qui leur est demandée : écrire un texte, l’adapter aux images de cinéma proposées et l’interpréter sur scène.


Les cinq courts métrages s’enchaînent.

Le résultat final est assez « expérimental », mais l’objectif par rapport à l’écriture et l’interprétation des textes par les jeunes est atteint.

Écoutez quelques extraits :


Le mot de la fin des slameurs

Métho, qui anime l’atelier avec JéJé, nous explique l’intérêt de lier le slam et le cinéma : le texte et l’image.

 

Jéjé, lui, a remarqué que la facilité à « slamer » est plus ou moins grande en fonction de la tranche d’âge dans laquelle les jeunes se situent.


Liens

ACAP :
www.acap-cinema.com

Slam Production :
www.slameur.com


Isabelle  Martinetti & Marine Bechtel

Article publié le 29/07/2010