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Les mots de l'actualité
La défection d’un proche de Kadhafi : une aubaine pour Londres ! C’est sous ce titre que la rédaction de RFI présente la désertion de Moussa Koussa. En effet ce proche de Kadhafi, qui semble en savoir très long sur des affaires sanglantes jamais totalement éclaircies, a abandonné le pouvoir libyen dont il a été longtemps un rouage important, et s’est réfugié en Grande Bretagne. Une aubaine donc pour le pouvoir britannique, qui peut l’interroger et peut-être obtenir des renseignements précieux sur l’état actuel du pouvoir libyen.
Pourquoi une aubaine ? Le mot, considéré souvent comme un petit peu familier, évoque un événement très profitable et très inattendu : une grande chance sur laquelle on ne comptait pas. Alors attention ! Ce n’est pas du tout de l’argot. Mais quand on le prononce, on a toujours l’impression d’une exclamation qui fait une large place au sentiment ! L’étonnement, parfois l’envie ou l’admiration quand c’est un autre qui profite de l’aubaine, une sorte d’incrédulité joyeuse, quand on en est personnellement le bénéficiaire. Tout cela fait que le mot n’est jamais prononcé de façon neutre, froide. Et c’est bien cette irruption du sentiment dans l’énonciation qui donne cette impression de familiarité légère.
Et pourtant, l’aubaine, au départ, est un terme fort ancien, qui appartient à la sociologie et au droit du Moyen Âge. On appelait aubain un étranger installé sur les terres d’un seigneur. Il allait se déclarer, et avait un statut un peu particulier : il ne payait pas les mêmes impôts que tout le monde, et dans certains cas, il n’avait pas le droit de transmettre les biens qu’il avait acquis. Le seigneur, en échange de la protection qu’il lui accordait durant sa vie, se réservait le droit d’hériter de son patrimoine à sa mort. C’est cela qu’on appelait le droit d’aubaine, qui fonctionnait donc un peu à la manière d’un viager. Un viager qui aurait été doublé d’un chantage officiel : Tu as droit à ma protection, comme si c’était une pension d’un genre particulier que je t’accordais, mais à ta mort, c’est moi qui hérite ! Le droit d’aubaine n’existe plus aujourd’hui, mais son abolition totale n’est pas si ancienne : certains s’en sont encore prévalus paraît-il jusqu’en 1819, après le Révolution et même après l’aventure napoléonienne !
Nous n’avons plus aujourd’hui que le mot aubaine dont le sens en rajoute sur l’aspect tout à fait inespéré de la chance qui s’attache à vous. Encore faut-il ne pas l’avoir tentée ! Si vous gagnez au loto, c’est une chance, pas une aubaine : c’est vous qui avez enclenché le mécanisme. Mais si à un moment où vous avez un cruel besoin d’argent, où vous êtes désespéré, vous trouvez un trésor caché dans le mur de votre maison, qui dort là depuis deux siècles ; ça, c’est une aubaine !Yvan Amar
Article publié le 04/04/2011
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