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Mots de l'actu |
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Les mots de l'actualité
Le mot de l’actualité, je l’ai trouvé dans le Figaro qui propose un reportage sur les rebelles libyens à Benghazi, qui réparent et remettent en état les armes dont ils disposent. Seulement ces armes sont vieilles, en mauvais état ; les pièces et le matériel nécessaire à leur entretien manquent souvent. Alors on bricole ! C’est bien ce que rapporte Cyrille Louis, auteur du reportage, qui parle de « mitrailleuses retapées et de lance-roquettes bricolés ». Qu’est-ce qu’on entend par là ? Qu’on fait du neuf avec du vieux, et qu’on répare un matériel défectueux avec les moyens du bord.
C’est bien l’idée portée par le verbe bricoler : on installe, on rénove, on fait ce qu’on peut pour rendre utilisables des appareils qui ne le sont plus. Mais si l’on bricole, c’est qu’on n’a pas absolument les moyens de faire ça dans les règles de l’art : on manque de ressources et on ne possède pas les éléments les plus appropriés. On manque par exemple de pièces de rechange officielles, de savoir-faire, d’outils. Alors on se sert de son imagination et de son astuce pour détourner des matériaux qui ne sont pas prévus au départ pour l’usage que l’on en fait. Par exemple, on reconstitue une arme à partir de deux autres, hors d’usage, mais dont les parties encore utilisables peuvent se combiner. Ou bien on recycle des objets qui n’ont rien à voir, mais qu’on arrive à plier à de nouveaux fonctionnements : « des tubes servant à transporter le pétrole » sont remontés sur des lance- missiles : ce sont bien ces assemblages de fortune qui constituent l’art du bricolage.
Le mot s’emploie souvent à propos de particuliers qui se livrent à de petits travaux privés alors que ce n’est ni leur métier ni leur compétence : on répare la douche, on débouche les tuyaux, on monte un mur, on calfeutre une fuite, comme on peut, sans appeler le plombier ou le maçon, qui sont chers et pas forcément disponibles dans les jours qui viennent. Ce sens du mot n’est pas si vieux : moins d’un siècle puisqu’il apparaît après la guerre de 14. Et s’il bénéficie d’un certain capital de sympathie, qui atteste de l’ingéniosité du bricoleur, il est parfois péjoratif : une réforme bricolée tient du replâtrage ; elle est faite à la va-vite, pour couper court aux revendications, avec peu de moyens, et une vision à court terme.
Pourtant le mot bricole est fort ancien en français. Hérité de l’italien, il apparaît au XIVe siècle avec un sens qui rappelle l’article qu’on vient de mentionner : il désigne une pièce d’armement habilement inventée : une catapulte, puis le projectile qu’on lance. L’arme est abandonnée, mais son nom résiste, et désigne ensuite une pièce de harnais, une courroie qui rappelle peut-être celle qui maintenait la catapulte avant sa détente. Dans ce sens, le terme s’utilise encore couramment dans le vocabulaire du déménagement : les sangles qui permettent de soulever de lourdes charges s’appellent encore des bricoles.
Enfin, le verbe bricoler dans son sens actuel a quelque synonymes, familiers comme lui, ou parfois plus : bidouiller lui correspond assez bien, et qui est une réfection, avec ce suffixe en –ouille, toujours plaisant et minorant, de biduler, sorti d’usage et former à partir de bidule. Encore un mot qui ressemble à truc, à machin, qui montre bien qu’on désigne ce qu’on ne sait pas nommer, ce qui n’a pas de nom ou d’existence reconnue.
Yvan Amar
Article publié le 26/05/2011
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