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Mots de l'actu - A
© RFI / Anthony Terrade

ARMES LOURDES   01/06/2011

 

Combats à l’arme lourde au Yémen ! C’est ce qu’on apprend, en particulier en écoutant RFI. Mais cette expression, on l’a bien souvent entendue ces dernières semaines, à propos de la Côte d’Ivoire, de la Libye, de nombreux théâtres d’opérations où se déroulent des affrontements durs et sanglants. L’expression se multiplie ces temps derniers, alors que les types d’armement n’ont pas dû changer tant que ça. Mais il semble à la fois qu’elle désigne techniquement certaines armes en même temps qu’elle se charge d’une fonction dramatique qui montre qu’il y a eu un saut qualitatif : les  combats à l’arme lourde, même s’ils ne font pas toujours plus de victimes que ceux à l’arme légère, donnent plus de gravité à la situation. Et quand on emploie cet adjectif, on a l’impression que la responsabilité du donneur d’ordre, de celui qui fait tirer est plus engagée, plus importante : un pas de plus est fait en direction de la tragédie. Techniquement, on passe donc la frontière ? On appelle en général armes légères celles qui peuvent être portées par une personne, un soldat : un pistolet, un pistolet-mitrailleur. Donc, on a facilement l’idée que, même s’il obéit aux ordres, c’est le soldat qui décide en dernier recours s’il tire ou pas, quand il tire et quand il ne tire pas. Si l’on parle d’arme lourde, on pense aux canons, aux mortiers, aux chars, aux missiles même. On pense donc que les tirs dépendent plus directement d’une chaîne de commandement. Chaque obus qui part implique plus qu’un seul homme, une équipe, celui qui ordonne et celui qui obéit, au minimum.

Mais c’est surtout les conséquences qui donnent l’impression d’être différentes : l’arme lourde, qu’on n’appelle pas encore arme de destruction massive – il y a toute une hiérarchie – fera plus de dégâts qu’une simple salve, tuant plusieurs personnes à la fois, détruisant en même temps maisons, murs, routes : l’arme lourde ne fait pas détail ! Si lourd évoque le poids, il évoque aussi une certaine force de frappe. Et bien sûr, s’opposant à léger, il donne l’impression d’une machine qui se déplace moins vite, qui est moins rapidement mobile.

L’adjectif est fort utilisé dans des situations très différentes, et avec un effet de sens plutôt négatif, notamment lorsqu’il s’agit d’une certaine violence. Avoir la main lourde, c’est punir sévèrement. Et cela fait penser bien sûr à la gifle, forte, appuyée. Rien à voir avec avoir la main leste, qui évoque la main qui part vite, sèchement, sans qu’on réfléchisse trop, mais qui fait moins penser à une répression déterminée, forte, préméditée. De même, on parle de lourde peine à propos d’une décision judiciaire. Un lourd passé s’imagine comme plein d’actions qu’on peut vous reprocher ; un regard lourd est chargé d’intentions inquiétantes.

Et pourtant l’adjectif se trouve aussi parfois dans des expressions où il est bien plus neutre : poids lourd par exemple, qui fait d’abord penser au tonnage d’un camion, mais aussi de façon assez technique, à la classification des boxeurs : poids lourd, mi-lourd, poids walter, poids léger, poids plume.

Enfin, on se souvient bien que ce mot sert aussi à déprécier l’esprit : si je suis lourd, c’est que je manque de finesse, de subtilité, d’intelligence rapide. Si j’insiste lourdement, je manque d’élégance. Et les plaisanteries les plus lourdes sont souvent celles qui embarrassent.
 
Coproduction du Centre national de Documentation Pédagogique.
http://www.cndp.fr/
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Yvan  Amar

Article publié le 01/06/2011