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Les mots de l'actualité

Mots de l'actu - A
© RFI / Anthony Terrade

ARMURE   29/06/2011

 

Martine Aubry, candidate, tente de fendre de l’armure. Fendre l’armure à son tour. Deux des grands quotidiens français ont utilisé la même image, le même jour, pour parler de l’une des candidates socialistes à l’élection présidentielle française. Ce qui prouve bien que cette expression commence à être à la mode, alors même qu’elle est peu fréquente, et qu’elle a encore l’attrait du neuf. Cela pourrait devenir un cliché, ce n’en est pas encore vraiment un, et la rareté de l’image attire encore l’oreille, comme une façon originale de souligner quelque chose.

Alors, souligner quoi, et que veut dire la phrase ? C’est donc de Martine Aubry qu’on dit qu’elle devrait fendre l’armure, c'est-à-dire laisser tomber, ou peut-être faire semblant de laisser tomber son personnage sérieux de femme politique.

En effet, on dit qu’un de ses handicaps provient d’une de ses qualités : personne ne met en question son efficacité, sa force de travail, sa réflexion sur les questions politiques, sa connaissance des dossiers. Mais justement, elle a la réputation de ne pas se séparer suffisamment de cette posture. Et l’on dit souvent que pour convaincre une majorité d’électeurs, il ne faut pas seulement passer pour une bête politique, aussi honnête et engagée soit-elle, mais qu’il faut être une « vraie personne », un être humain à qui on puisse s’identifier. Quelqu’un qui montre une surface contrastée, avec des endroits moins lisses, des réactions moins maîtrisées, qui donne l’impression de ne pas se surveiller complètement. Comme si on devait, pour plaire, montrer le défaut de la cuirasse, l’endroit où l’on est vulnérable.

Alors est-ce en fendant son armure qu’on montre le défaut de la cuirasse ? Les deux phrases ne sont pas absolument semblables.
La cuirasse comme l’armure sont destinées à protéger. En cuir ou en métal, elles recouvrent le corps et les vêtements pour offrir une protection contre une flèche, un coup, l’impact d’une épée. Le défaut de la cuirasse, c’est l’interstice où justement peut passer la flèche, ce qui fait qu’on sera blessé quand même. Mais il s’agirait de fendre la cuirasse de l’extérieur vers l’intérieur, pour atteindre l’adversaire et déjouer sa protection. (Et bien entendu, la formule est surtout utilisée au figuré : c’est le point vulnérable d’une personnalité).

Mais si l’on revient à notre expression première, fendre l’armure a ça de particulier qu’il faut la fendre de l’intérieur, accepter de s’exposer, en deux mots, se déboutonner un peu.

On sait que les personnalités politiques sont si souvent attaquées qu’elles doivent comme on dit se blinder. C'est-à-dire prêter peu d’attention aux attaques, savoir ne pas être entamé, affecté. Et cela vient souvent avec l’expérience : si l’on dit de quelqu’un il s’est blindé cela sous-entend que ça ne s’est pas fait en un jour, que c’est le résultat d’une patine qui vient petit à petit. Fendre l’armure, c’est donc, exprès, donner un petit coup de canif pour faire craquer ce vernis, pour laisser échapper quelque chose de plus personnel, moins froid, moins statufié.

 
Coproduction du Centre national de Documentation Pédagogique.
http://www.cndp.fr/
Venez découvrir le livre Les Mots de l'Actualité d'Yvan Amar.

Yvan  Amar

Article publié le 29/06/2011