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Les mots de l'actualité

Mots de l'actu - A
© RFI / Anthony Terrade

AUTOMNE   24/11/2011

 

L’automne arabe est-il arrivé ? C’est en tout cas ce qui transparait dans la presse. Il faut bien dire que la formule est facile : on a suffisamment parlé de printemps arabe pour que le symétrique soit tentant. Du simple point de vue des dates ça tombe plutôt bien : en effet, on a parlé de printemps arabe à propos de tous les changements de régime qui se sont succédé dans les pays arabes au début de l’année 2011 : en gros autour du printemps, même si ça avait commencé un peu plus tôt, en particulier en Tunisie avec le suicide de Mohammed Bouazizi qui s’était immolé par le feu en décembre 2010, et même si la situation en Lybie s’est dénouée plus tardivement.

Mais nous voici en automne. Est-la saison du désenchantement ? Les espoirs du printemps sont-ils retombés ? Il ne faut pas être trop pessimiste. Pourtant, on sait bien que des libertés longtemps attendues peuvent susciter des espoirs fous, des enthousiasmes gonflés comme des voiles conquérantes. Puis les vents faiblissent, et il faut bien se colleter à une réalité souvent difficile. Et puis, si tout le monde est d’accord ou semble l’être pour chasser le tyran, il faut ensuite organiser le pouvoir, s’entendre avec ses rivaux si c’est possible. Et parfois même ceux qui prennent les places importantes étaient déjà liés au pouvoir précédent. Frottements, désillusions, ou même parfois affrontements violents comme c’est le cas à présent en Egypte ! Toutes ces raisons expliquent bien pourquoi on envisage maintenant le négatif de ce printemps, l’automne arabe.

Mais l’automne a-t-il toujours cette image ? Certainement pas, même si elle est plutôt éteinte, couleur de feuille morte.

Depuis le dix-neuvième siècle notre automne est devenu synonyme d’été finissant, de beaux jours qui s’éloignent. Le voilà prélude à l’hiver, signe avant-coureur  de la mort, ou tout au moins de la morte saison. Et l’automne devient vieillesse, et même métaphore de la vieillesse humaine : c’est le soir de la vie, le déclin. Les images qui vont alors prévaloir, sont celles de la chute des feuilles, de la nostalgie, du souvenir de l’ardeur estivale, et des amours mortes.

Et pourtant, cette imagerie est relativement récente, différente et même opposée à ce que représentait l’automne auparavant. A l’époque de la langue latine, on prêtait au mot automnus une fausse étymologie, qui lui donnait un relief particulier : on l’imaginait (à tort semble-t-il) dérivant du verbe augere, qui signifie augmenter. Pourquoi ? Parce que dans les sociétés occidentales rurales, l’automne était la saison où l’on engrangeait les bénéfices agricoles : les gros travaux de l’été sont finis, les récoltes et les vendanges en cours ; le paysan accroît sa richesse, augmente son avoir. Moment donc, où le repos à venir se profile, saison de joie, de ripailles éventuellement. A tel point qu’au moyen âge, le mot le plus courant en français pour désigner cette saison, n’était pas automne, mais gain.
 

Yvan  Amar

Article publié le 24/11/2011