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le Talisman brisé

Anatou, potière à Boubon, au Niger
© Daniel Brown

Les potières de l'île de Boubon

À Boubon, petit village situé au bord du deuxième fleuve d’Afrique, les femmes travaillent l’argile pour en faire des poteries ornées de motifs ancestraux, destinées à la conservation des aliments.

 

On l’appelle la Venise verte du Niger. Ses berges luxuriantes et son fleuve sinueux résonnent d’un brouhaha incessant où se mêlent le chant des oiseaux, les rires des enfants et les voix des pêcheurs. Le village ne se situe qu’à 25 km de la paisible capitale du pays, Niamey, et pourtant, on pourrait se croire dans un autre monde. Ce village de 4 650 habitants est réputé pour son marché animé du mercredi et la présence du Festival International de Mode Africaine (FIMA), qui a lieu tous les ans. Boubon, ou « tête de mort » en langue locale, le djerma, est assurément un nom bien mal choisi pour un tel endroit.

Le village est surtout connu pour ses poteries, grâce auxquelles il est devenu un haut lieu de l’artisanat au Niger. Cette activité traditionnelle d’artisanat rural est réalisée par les femmes djerma du village. Depuis vingt ans, elles bénéficient des conseils d’une potière suisse, qui les a aidées à mettre en place une entreprise de fabrication de carreaux de terre cuite.

Moussa Tini, guide au Niger depuis 1998, contribue activement à la préservation de la culture locale et de son environnement. Il est très apprécié dans le village, où on l’appelle affectueusement Bala. Moussa Tini nous invite à pénétrer dans une hutte à l’entrée de Boubon. Assises sur des nattes de paille, à l’abri du soleil brûlant du matin, quatre femmes malaxent de gros blocs d’argile, appelée banco pour en faire des vases et des pichets à eau destinés à être vendus sur le marché du mercredi.


« C’est une tradition ancienne, qui se transmet ici de mère en fille, explique-t-il. Toutes les femmes font de la poterie, mais ce n’est pas considéré comme une profession. C’est davantage une activité destinée à leur apporter un complément de revenu. »

Un bébé pleure doucement pendant que sa grand-mère façonne ses « gargoulettes » (pichets à plusieurs sorties), avant de les décorer avec ces motifs complexes qui ont attiré l’attention des anthropologues et des artistes du monde entier.

Anatou a 68 ans. Entre l’âge de six et dix ans, elle a appris la poterie avec sa mère. La partie la plus difficile de son apprentissage a été la maîtrise des motifs peints qui indiquent l’origine des pots. Chaque village a les siens : Nogaré, Boubon, Saga et Balamna, tous situés dans la région de Tillabéry, ont élaboré leurs propres motifs.

Les motifs, constitués de formes symétriques simples, associent des triangles, des carrés et des lignes. Les femmes les tracent d’une main experte, avec un couteau bien aiguisé. Anatou explique qu’elle décore ses pots intuitivement et que son travail a évolué pour intégrer des motifs plus modernes, mais elle ne connaît pas les raisons exactes de cette évolution.

« Ce grand pot sert à préparer le koussou », explique Anatou en djerma, la langue locale, en désignant un récipient d’une taille et d’un poids impressionnants, posé dans un coin de la pièce. « Le koussou, c’est du poulpe, cuisiné avec une sauce de chez nous. C’est un plat très apprécié ici. »

« Chaque foyer a besoin d’un certain nombre de récipients en terre cuite, ajoute Moussa Tini. Ils jouent le rôle de frigidaires pour protéger les aliments de la chaleur. Et lorsqu’il y a des mariages, les maisons sont entièrement décorées de poteries. C’est un signe extérieur de richesse, une indication du statut social. »

Les pots et autres objets de terre cuite sont décorés avec de la gomme arabique, des boules de calcaires et un minerai qui semble être du manganèse et qui apporte une coloration noire. Une fois les besoins du foyer couverts, le restant de la production est vendu sur le marché du mercredi, principalement à des habitants de Niamey. Les potières disent que leur travail leur rapporte en moyenne 20 000 francs CFA (soit 30 €) par mois.

 

Daniel  Brown

Article publié le 14/03/2012