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le Talisman brisé

Dr. Jean-Marie Abouta, agronome à l'université de Niamey
© Daniel Brown

le Dr Abouta, agronome à Niamey

Il y a 12 000 ans, le désert du Sahara était une savane à la végétation luxuriante. Selon les scientifiques, c’est au cours de l’optimum climatique de l’Holocène, 3 000 ans plus tard, que la région était la plus verdoyante.


Des études ont montré que cette évolution pouvait être attribuée en grande partie à la dynamique végétale et à une accentuation du phénomène de mousson estivale due à des modifications des courants océaniques. Des animaux de toutes sortes et de toutes tailles parcouraient alors les forêts, souvent suivis par des humains, qui les chassaient pour se nourrir.


RFI a rencontré un agronome du Niger qui rêve de voir le désert reverdir, comme à cette lointaine époque.

 

Si nous pouvions voir à quoi ressemblait le Sahara pendant l’Holocène, nous ne le reconnaîtrions pas. En effet, les changements actuels qui touchent la végétation boréale et les glaces de l’océan Arctique sont la cause d’une aridification et d’une désertification brutales, lourdes de conséquences pour les millions de personnes qui vivent dans cette vaste région.

Cela fait trente ans que le Dr Jean-Marie Abouta étudie les plantes capables de lutter contre l’érosion des sols et de résister à la sécheresse. Cet agronome chevronné et son équipe, à l’Université Abdou Moumouni de Niamey, la capitale du Niger, estiment être à la pointe de la recherche sur les espèces qui permettront de reconquérir un territoire de plus de 8,6 millions de kilomètres carrés. C’est une course contre la montre : les spécialistes estiment que le désert progresse à une vitesse de 50 km par an, principalement dans la région du Sahel, au sud.

« Nous travaillons dans la région de Goué, à environ 1 200 km au sud-est de Niamey, tout près du Lac Tchad, nous explique-t-il, dans son bureau de l’université. Ces dernières années, nous avons observé un phénomène extraordinaire : les dunes de sable se déplacent dans des zones où elles étaient fixes auparavant. Cela constitue une menace pour les infrastructures de la région (routes, puits, forages…) et pour ses rares étendues de terres fertiles, les cuvettes oasiennes. »

« C’est à Goué que nous avons commencé nos expériences, sur une dizaine d’espèces tout d’abord, avant de réduire ce nombre à cinq plantes. Ce sont celles qui résistent le mieux à ce que l’on appelle le stress hydrique et elles ont un fort potentiel de fixation de l’azote, ce qui aide à fertiliser le sol. Parmi elles, on trouve trois espèces d’acacias, toutes épineuses et consommées par les animaux. Il y a l’Acacia nilotica, l’Acacia senegal, dont on recueille la gomme pour faire des bonbons, et l’Acacia raddiana, qui apprécie généralement les environnements sablonneux. »

Le Dr Abouta collabore avec des collègues du Bénin sur des projets d’une durée de quatre ans destinés à enrayer la progression des dunes, un phénomène qui affecte durement la région. Le projet ouest-africain s’appelle « Jachère en Afrique de l’Ouest ».


Peu après notre rencontre, les autorités ont proclamé l’état d’urgence à cause de la sécheresse qui frappait la région. À mesure que la crise s’aggravait et que la famine se répandait, les gouvernements se sont tournés vers la communauté scientifique pour obtenir de l’aide.

« Bien que ponctuelles, ces crises sont de plus en plus graves. Nous, les scientifiques, pouvons publier les résultats de nos recherches et proposer des moyens de les traduire en politiques concrètes. Mais actuellement, le manque de moyens ne permet pas d’obtenir des résultats palpables. C’est aux ministères de l’Agriculture, du Développement et de l’Élevage qu’il revient d’utiliser ces recherches pour mettre en œuvre des mesures concrètes. Cela nous aidera à systématiser la production et à réduire la vulnérabilité des populations face aux éléments. Nous pensons qu’il faut réaliser des petits projets sur le terrain et travailler avec les agriculteurs dans leur habitat naturel. »


Le Dr Abouta et son équipe ont publié les résultats de leurs recherches dans des revues de renommée internationale, notamment Science et Sécheresse. Leurs travaux sont reconnus dans le monde entier comme étant à la pointe de la recherche sur la lutte contre la désertification, ce qui leur permet d’élaborer des programmes de recherches collaboratifs entre le nord et le sud.

Ils rêvent de recréer dans le Sahara des écosystèmes rappelant les anciennes forêts du Sahel, que nos ancêtres de l’âge de pierre parcouraient à la recherche de gibier, abondant dans la région à la période de l’Holocène.

 

Daniel  Brown

Article publié le 16/03/2012