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Fréderic Rivière
© RFI

Décryptage : L'invité du matin

Mieux comprendre les caractéristiques d’un entretien politique.

L’invité du matin permet d’observer un dialogue authentique et spontané et peut être utilisé avec des étudiants de niveau avancé, ou se destinant plus particulièrement aux métiers de la communication. On peut également s’appuyer sur les interviews pour compléter une discussion d’actualité, comme illustration d’un cours relatif à la dimension culturelle (en particulier politique). Une analyse des spécificités de l’interview permettra de mettre en avant la richesse de ce support pour la classe.

 

Chaque matin, Frédéric Rivière reçoit un invité pour discuter de l’actualité politique, sociale, économique. L’interview a lieu dans les studios de RFI, plus rarement par téléphone, et est diffusée en direct. L’émission aborde des thèmes variés, relatifs à la politique française ou internationale, à des questions de société, toujours centrés sur l’actualité du moment. Le principe est d’inviter des acteurs du sujet et non des commentateurs.
 

Les caractéristiques de l’interview

Il existe différents types d’interview (portrait, témoignage, micro-trottoir…); L’invité du matin est une interview de type « déclaration » ou « explication » : une personnalité, le plus souvent issue du monde politique, vient répondre aux questions d’un journaliste, donner son point de vue sur un fait d’actualité.


Déroulement de l’interview

Après les salutations d’usage, le journaliste peut présenter brièvement son invité, mais cette introduction est généralement donnée plus tôt au cours de l’émission matinale. L’interview s’ouvre sur une question d’actualité, la polémique du jour en quelque sorte. On entre tout de suite dans le vif du sujet. Selon le principe de la « pyramide inversée », les questions vues comme les plus intéressantes et nécessitant le plus de développement seront abordées au début de l’émission. La dernière question est généralement signalée en tant que telle (« Une dernière question… », « Très rapidement… »), et le journaliste clôt l’entretien en remerciant son invité.


Les différents types de questions

L’interrogation est évidemment l’acte de langage privilégié dans une interview. On peut ainsi identifier les différents types de questions : les questions fermées dont la réponse est « oui » ou « non », les questions semi-ouvertes impliquant une réponse brève et précise, et enfin les questions ouvertes proposant à l’invité de fournir des explications détaillées. Le but du journaliste est d’obtenir une réponse pertinente à ces questions. Pour l’invité, il s’agit de pouvoir exprimer les idées qui lui tiennent à cœur. Pour Frédéric Rivière, il ne s’agit pas d’un combat au cours duquel on doit piéger l’autre ; il y a une part de jeu et intervieweur et interviewé tiennent en quelque sorte chacun un rôle.


Un échange vif et dynamique

Le journaliste utilise différentes techniques pour mener à bien son interview. Le format court de l’interview, sept à huit minutes, l’oblige à cadrer assez strictement l’échange. Les réponses doivent être brèves et précises, de façon à pouvoir aborder un maximum de thèmes. Le cas échéant, il faut pouvoir demander des précisions, rebondir, ou synthétiser le propos de son invité, afin de le restituer de façon claire et concise à l’attention des auditeurs. 

Il est donc intéressant d’observer la façon dont les interlocuteurs gèrent l’interaction, afin d’atteindre leurs objectifs respectifs.


Les stratégies d’expression

La contextualisation

Lorsqu’un nouveau thème est abordé, le journaliste peut exposer en une ou deux phrases les faits qui l’intéressent. S’il n’y a pas de formule explicite (« Passons à… », « J’aimerais maintenant qu’on parle de… »), c’est cette contextualisation qui permet de repérer les changements de thèmes.

La question peut également s’appuyer sur une citation (« Hier, X a dit que… », « Vous avez déclaré… »). La parole publique est une composante essentielle de la vie politique. Ainsi, on peut évoquer une mesure, une décision ou une déclaration en se référant directement au discours qui l’a annoncée. Les citations constituent donc une forme de contextualisation, et le discours rapporté peut être l’indice de l’émergence d’un nouveau thème. Il est donc très courant que l’interviewé soit invité à commenter un propos (d’un adversaire, d’un allié, ou qu’il a lui même énoncé). C’est également une façon de le mettre en face de ses responsabilités.


Les attitudes

On peut observer les différentes façons dont les interlocuteurs se positionnent et affirment leurs attitudes. D’une part, ils peuvent utiliser des mots ou des formules (« Je ne suis pas d’accord… », « C’est scandaleux… »…). D’autre part, il existe des techniques plus subtiles pour exprimer sa position : nuancer son propos (avec, par exemple, l’utilisation du conditionnel), parler en son nom ou au nom du groupe (par le choix des pronoms personnels)… Les intonations jouent également un rôle important.


Les règles du jeu

L’interview politique n’est pas une tribune au cours de laquelle l’invité s’exprimerait librement à propos des thèmes de son choix. Le journaliste tient les rênes et pose les questions, auxquelles l’interviewé est tenu de répondre avec sincérité. Il peut arriver que l’invité fasse glisser la discussion vers un autre thème ou réponde à une question par une autre question. Le journaliste peut alors être amené à recentrer l’entretien, lorsqu’il estime que son interlocuteur « ne joue pas le jeu ».

Il faut noter que les invités, majoritairement issus du monde politique, sont bien souvent habitués à l’exercice de l’interview, et utilisent volontiers une rhétorique creuse ou stéréotypée afin d’éviter les questions embarrassantes tout en donnant l’impression d’y répondre. Cette stratégie est appelée « la langue de bois ». Pour l’intervieweur, il faut savoir la repérer et tenter d’obtenir malgré tout une réponse satisfaisante.
Lorsque la question est détournée, le journaliste peut alors la reformuler, ou la répéter en insistant sur un aspect particulier. Il peut parfois utiliser des formules explicites (« Vous ne répondez pas vraiment à la question… »). Le but est de ne pas laisser de zone d’ombre.

Cela fait aussi partie du jeu de l’interview, comme l’explique Frédéric Rivière. Le journaliste se doit également de respecter certaines règles, en particulier, ne pas trahir ce qu’aurait pu lui dire son invité en privé. On oppose ainsi le on (ce qui se dit à l’antenne) et le off (ce qui se dit hors antenne).


Une interaction authentique

Bien que les questions soient préparées, l’invité n’en a pas connaissance et l’interview en elle-même n’est pas écrite à l’avance. Selon le déroulement de l’échange, les réponses données peuvent inciter l’interviewer à réorienter son entretien. Il faut savoir écouter, rebondir.

L’interaction orale se caractérise par certains faux-pas, accidents de parcours ou incidents qui sont gommés lors du montage ou de la mise par écrit d’une interview. L’invité du matin, diffusée dans son intégralité et, sauf cas exceptionnel, en direct, laisse donc apparaître ces phénomènes : hésitation, lapsus, chevauchements (les deux interlocuteurs parlent en même temps).


Interruptions et chevauchements de parole

Comme toute interaction, l’interview est basée sur une alternance de parole de chaque interlocuteur. En général, chacun sait à quel moment il doit ou peut prendre la parole, grâce à différents indices qui structurent la conversation : une intonation descendante, un mot conclusif comme « voilà », ou tout simplement lorsqu’une phrase est syntaxiquement aboutie… Cette succession des tours de parole peut néanmoins comporter des interruptions lorsque l’un des participants cherche à prendre la parole avant que son interlocuteur ait terminé. Les chevauchements sont des indices importants pour l’auditeur. Ils peuvent signifier un désaccord : l’invité juge la question inadéquate (« Je vous arrête tout de suite… »), le journaliste estime que l’invité répond de façon imprécise… Plus le chevauchement est long, plus le désaccord est important.

Contrairement au style journalistique, bref et concis, les invités utilisent parfois des phrases assez complexes et longues pour mettre en place leur idée. A l’échelle d’une interaction orale, un tour de parole d’une minute ou plus constitue un intervalle de temps très long (en particulier si l’on songe que l’invité du matin est une interview de huit minutes). Le journaliste peut estimer préférable d’interrompre le discours de son invité. Il s’agit entre autre de donner un certain rythme à l’interview.


Les auditeurs

L’interview radiophonique est une interaction à trois : si l’échange a lieu entre le journaliste et son invité, les auditeurs restent les récepteurs principaux. Il peut être fait référence explicitement au public (« Je le dis très clairement pour vos auditeurs… »), ou implicitement, par des reformulations ou l’explicitation d’un mot destinées à aider la bonne compréhension.


Observer le français parlé

Selon les interviews, on peut observer différents styles de parole ; dans certains cas, l’invité peut parler de façon très normée, utilisant un style proche de l’écrit, dans d’autres cas, c’est la syntaxe de l’oral qui est mobilisée (« C’est pas nous qui demandons ça », « Les Français, ils veulent… »…).

L’oral spontané se caractérise aussi par les marqueurs discursifs, les petits mots ou expressions qui ponctuent le discours oral, et qui n’ont pas toujours la même valeur qu’à l’écrit (« mais », « bon »…). Ces petits mots servent à manifester les attitudes (« Enfin !… », « Non mais… » ) et ont également un rôle essentiel dans la gestion de l’interaction. Ils permettent par exemple de signaler la fin d’un tour de parole (« Voilà », « Quoi »).


Les phénomènes prosodiques

La prosodie tient une place très importante pour le décryptage des propos. L’intonation, les changements de débit (plus ou moins rapide) et d’intensité (voix plus ou moins forte) sont autant d’indices qui permettent de structurer le discours et d’identifier les attitudes des participants. Par exemple, un locuteur a tendance à ralentir (voire à détacher les mots) sur les passages importants, sur lesquels il veut mettre l’accent, et à accélérer sur les détails secondaires. Une voix plus forte peut marquer l’indignation, ou simplement la volonté de conserver la parole. L’écoute permet donc un repérage et une compréhension du discours au-delà des mots. Comme l’explique Frédéric Rivière, on peut aussi entendre le doute, un sourire…


Pour aller plus loin

La visualisation

Les interviews effectuées dans les locaux de RFI sont également filmées. On peut trouver les archives sur le site. L’utilisation de la vidéo permet d’approfondir l’étude des émotions et des attitudes grâce à l’observation des gestes et des mimiques (sourires, froncements de sourcils). Il en va de même des phénomènes de gestion de l’interaction, souvent appuyés par des gestes.

Les archives sont présentées tout d’abord par le nom de l’invité et sa fonction principale, suivis d’une citation issue de l’interview, qui permet d’avoir une idée du contenu général de l’entretien, ou de l’un de ses temps forts.

Chaque semaine Rfi publie sur son site un court montage d’extraits des interviews de la semaine : Le meilleur de la semaine. Cette vidéo permet de faire des comparaisons entre les différents styles ou tonalités de l’entretien selon les invités.

Les auditeurs peuvent déposer leurs commentaires sur la page de chaque interview. Ces différents commentaires peuvent être intégrés au cours, ou être utilisés pour alimenter le débat entre étudiants.

Regardez L'invité du matin en vidéo 


Dans le contexte pédagogique

L’interview peut être utilisée en lien avec les autres programmes d’actualité de Rfi, en particulier le Journal en français facile. On peut ainsi avoir un double éclairage sur un fait d’actualité : la traitement journalistique objectif et détaillé d’une part, la déclaration ou la réaction de l’un des acteurs concernés d’autre part. Proposer aux étudiants de se documenter préalablement sur le faits abordés ou sur l’invité peut être également profitable, afin qu’ils maîtrisent le sujet et le lexique qui y est attaché. L’interview peut aussi être une base de réflexion pour lancer un débat en cours, ou organiser un dossier rédigé sur un fait  d’actualité.


Pour retrouver l'émission, rendez-vous sur la page de L’invité du matin :
http://www.rfi.fr/emission/invite-matin

Pour plus de détails sur les techniques de préparation d’une interview, vous pouvez consulter la fiche RFI-Talent :
http://www.rfi.fr/talentplusfr/articles/064/article_141.asp


Julie  Peuvergne

Article publié le 10/05/2012