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Les mots de l'actualité

Mots de l'actu - B
© RFI / Anthony Terrade

BAN   20/06/2012

 

À la réunion du G 20 qui se tient actuellement à Mexico, on nous dit que l’Europe a été mise au ban des accusés ! L’expression est relativement courante et facilement comprise : cela signifie simplement que l’Europe est accusée, se voit accusée, qu’elle est montrée du doigt par les représentants d’autres nations, comme si elle se tenait mal, comme si sa situation économique, ou sa politique économique devait être dénoncée, montrée du doigt. Quand on met au ban, on accuse, on stigmatise. Et l’image qui vient très spontanément à l’esprit est très claire : nous sommes dans un tribunal, chacun a une place qui lui est précisément réservée, assignée, et chacune de ses places a un sens précis : un siège pour le président, d’autres pour la cour, pour les juges  le public dans la salle, et un banc spécial, qui attire les regards : le banc des accusés, celui où ils doivent s’asseoir en attendant leur jugement, en écoutant les accusations qui pèsent sur eux : le banc d’infamie dit-on parfois.

Le problème est que cette mise en scène et cette disposition, si elles correspondent à un certain imaginaire linguistique, ne sont pas conformes du tout à l’origine de l’expression : Au contraire, c’est de la pure invention ! Pourquoi ? Simplement parce que ce ban d’infamie s’écrit ban, et qu’il n’a rigoureusement rien à voir avec un banc sur lequel on peut s’asseoir : simple homophonie, simple hasard de eux mots qui se prononcent de la même manière, mais sont totalement étrangers l’un à l’autre…

Mais comment comprendre cette expression mettre au ban ? Le ban a d’abord été une proclamation, un commandement dont la non-observation entraînait une peine. En français, le mot a pris le sens d’exil, l’un des châtiments envisageables pour le coupable. Et de là viennent des mots comme bannir ou bannissement. Mais ce verbe bannir a une histoire très complexe et il a en ancien français deux sens principaux différents : proclamer et expulser. De ces deux significations dérivent deux séries de mots, différents, presque opposés.

Bannir a voulu dire proclamer par ban (encore aujourd’hui on proclame les bans d’un mariage), et par extension, convoquer. De là nous vient la tournure : convoquer le ban et l’arrière-ban, c’est-à-dire convoquer tout le monde jusqu’au plus modeste. C’était aussi convoquer une armée.

Mais c’est l’autre sens qui a fini par s’imposer : exclure, chasser d’un territoire. Le bannissement est donc une sanction juridique.

L’expression mettre au ban existe donc encore aujourd’hui. La sanction est plus morale que pénale, même si elle correspond souvent à des conséquences très concrètes. On peut mettre quelqu’un au ban de la société, comme on peut mettre un gouvernement et l’État qu’il représente au ban des nations, en raison de sa politique ou de ses méthodes. Mais c'est une stigmatisation extrêmement forte.

 
Coproduction du Centre national de Documentation Pédagogique.
http://www.cndp.fr/

Yvan  Amar

Article publié le 20/06/2012