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La Dame de Rangoon en visite en Europe ? C’est ainsi que RFI présentait le premier voyage effectué par Aung San Suu Kyi depuis si longtemps hors d’Asie. Pourquoi l’appeler la Dame de Rangoon ? Plusieurs raisons à cela, la plus évidente étant peut-être d’ordre pratique : ce nom birman n’est pas facile à prononcer et on l’écorche facilement ; il faut un petit effort pour le retenir. Si on le remplace par cette expression, la difficulté est tournée. Et comme on sait que Aung San Suu Kyi est birmane, et que Rangoon est la capitale de la Birmanie, où elle a si longtemps été assignée à résidence, on voit qu’on a trouvé là un surnom efficace et admiratif.
Mais c’est aussi là que ça se joue : cette appellation est très laudative, pleine d’admiration et d’éloge.
Car c'est fondamentalement un hommage de dire d’une femme que c’est une dame ? N’importe qui n’a pas droit à ce qualificatif et la tonalité étymologique du mot est encore présente : Dame vient de domina, c’est le pendant féminin du seigneur. D’un point de vue mystique (on parle de Notre Dame de Paris, pas de Notre Femme, ce serait ridicule) comme d’un point de vue social, la dame est sur un piédestal. Par définition, elle domine. Ce qui explique qu’on retrouve le mot dans les jeux de cartes : la dame est symétrique du roi : c’est pour ainsi dire la reine, qu’elle soit de pique ou de trèfle. Et quand on parle d’une grande dame, c’est une manière d’adresser un salut respectueux, même si c’est un cliché un peu facile du journalisme : une grande dame de la chanson française.
Alors la dame domine, mais de loin : l’usage du terme nimbe son référent d’un certain mystère : la dame, on ne lui tape pas sur l’épaule, elle interdit ce genre de familiarité par l’éloignement qu’elle suggère.
Et pourtant, ça n’empêche pas qu’on puisse la caractériser de manière précise : non pas une dame, mais la dame. Et une détermination qui empêche qu’on la confonde avec une autre. Parfois c’est une particularité bien visible : la Dame au Camélia. Mais souvent, comme dans le cas de cette opposante historique au régime dictatorial de Birmanie, c’est une précision géographique. Alors on se souvient de la dame de Monte-Carlo, monologue de Cocteau, mis en musique par Francis Poulenc.
Tout ça suffit-il à expliquer la Dame de Rangoon ? Presque. Mais dans son cas, la géographie est asiatique. Et bien sûr, cette personne apparaît en contrejour d’une autre, la dame de Shanghai, un film classique d’Orson Wells qui met en scène la somptueuse Rita Hayworth dont la silhouette sulfureuse et romantique rôde encore dans bien des mémoires.
Alors la Dame de Rangoon est-elle une invention toute récente ? Pas exactement : une biographie d’Aung San Suu Kyi écrite par Barbara Victor, est parue sous ce titre aux éditions Flammarion.
Yvan Amar
Article publié le 26/06/2012
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