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Les mots de l'actualité
Juillet saison du Tour de France. Est-ce vraiment la saison du dopage ? Il serait facile et méchant de le prétendre. Mais on parle de ce problème peut-être un peu plus à cette période de l’année : les coureurs sont attendus au tournant, d’autant qu’on sait que plusieurs co-équipiers de Lance Armstrong viennent d’être suspendus.
Alors parle-t-on de doping ou de dopage ? On parle de plus en plus souvent de dopage, surtout dans les médias mais pas uniquement. Le terme francisé tend à prendre le pas sur l’anglicisme, qui pourtant était entré dans notre langue il y a assez longtemps : c’est en 1903 qu’on commence à entendre ce mot dans les milieux sportifs français. Vers 1960, le mot dopage apparait, se répand, est recommandé par les autorités, comme sonnant plus français. Malgré son ancienneté, le doping ne s’est donc pas profondément ancré, comme le camping par exemple, qui jamais ne fut menacé par le campage.
Il est assez normal que le terme ait été adopté d’abord sous sa forme anglaise, car l’origine même du mot vient de l’anglais. Le mot dope en anglais appartient d’abord à une langue plutôt argotique, en rapport avec la drogue. Et rapidement, en anglais comme en français, le mot se spécialise pour évoquer une stimulation artificielle, à l’aide de produit chimique ou pharmaceutique. Qui stimule-t-on ainsi ? Un coureur ? Un sportif ? Oui, même s’il n’est pas toujours humain. Et on dope souvent au début du 20ème siècle les chevaux de course. Alors que les scandales qui courent depuis quelques années concernent davantage les hommes et les femmes.
Mais le verbe doper est réellement entrer dans la langue française aujourd’hui, et cela sans aucun débat, malgré son origine anglo-saxonne. Et le verbe a largement débordé du seul lexique du sport. Par exemple on peut dire que l’économie d’un pays est dopée par telle ou telle mesure, que dans une société, on va tâcher de doper les ventes avec une astucieuse campagne de publicité. Il s’agit bien de stimuler les ventes ou l’économie : on donne un coup d’accélérateur avec l’idée que l’effet en sera assez vif et assez soudain. Et parfois, si on encourage un élève avec une bonne note, une appréciation élogieuse, qui montre qu’on lui fait confiance, on peut dire aussi que ça va doper ses résultats. Rien d’artificiel là-dedans : le mot est tout à fait positif.
On a également un autre anglicisme qui vient concurrencer doper, dans ce sens : c’est booster. Mais il est beaucoup plus récent, et son intégration dans la langue française est moins facile. En effet dope, doper, ne posent pas de problème graphique : ils peuvent se couler dans le dictionnaire anglais aussi bien que dans le dictionnaire français. En revanche, booster s’écrit à l’anglaise, donc on a une syllabe « oo » qu’on peut très bien prononcer à la française, mais qu’on continuera à écrire à l’anglaise, ce qui, d’une certaine façon, rend l’intégration du verbe beaucoup plus difficile. Booster reste un verbe anglais, alors que doper est un verbe français.
Yvan Amar
Article publié le 12/07/2012
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