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Les mots de l'actualité

Mots de l'actu - E
© RFI / Anthony Terrade

EMBARRAS   19/09/2012

 

L'embarras de Mitt Romney après des propos controversés sur les démocrates ! Voilà un mot qu’on trouve bien évidemment à l’écrit, pas un mot qu’on emploierait spontanément à l’oral. Un mot journalistique alors ? Oui peut-être… plus encore un mot diplomatique, un mot qui joue sur l’euphémisme, qui en dit peu pour en exprimer beaucoup. En effet, le candidat républicain a été filmé à son insu, lors d’un banquet destiné à lever des fonds pour sa campagne. Et on l’entend prononcer des paroles peu flatteuses pour ses adversaires. Des propos assez bas, qu’il n’aurait sûrement pas tenus s’il avait su qu’ils allaient être entendus par le grand public. Mais le voilà piégé : il ne s’était pas assez surveillé. Alors on dit qu’il est embarrassé : il ne peut pas dire qu’il n’a rien dit. Il ne peut pas dire qu’il ne le pensait pas. Qu’il ne l’a dit que parce qu’il se pensait entouré de ses partisans, devant lesquels on s’autorise à dire du mal de ceux d’en-face. C’est bien ça être embarrassé : pris sur le fait, on n’a aucune réponse possible.

Précisément, le mot s’emploie quand on ne sait quelle décision prendre, qu’on est perplexe. Il est parfois négatif comme dans l’exemple qu’on vient de voir : on dit aussi souvent être dans l’embarras. Mais bien souvent, l’embarras est le résultat d’une trop grande liberté : dans l’expression on n’a que l’embarras du choix par exemple : s’il est difficile de se décider, si ce choix est déchirant. Mais l’expression est ironique, plutôt pour souligner que le choix est grand !

Maintenant on dit aussi qu’on est embarrassé quand on n’est pas vraiment libre de ses mouvements : soit au figuré, quand on a peur de se mettre mal avec l’un ou avec l’autre en adoptant telle ou telle attitude. Soit dans un sens bien plus littéral, par exemple quand on a les mains pleines, ou les bras chargés : on ne peut plus rien prendre, on est gourd et empoté, on risque de se cogner aux portes : on est embarrassé

Un embarras c’est aussi un obstacle, ce qui bouche, ce qui empêche. Ainsi Boileau, au 17ème siècle parle-t-il des embarras de Paris, c'est-à-dire de ce qu’on appelle plutôt aujourd’hui les embouteillages : carrioles, charrettes, chaise à porteur, carrosses, piétons… tout se bouscule dans les rues étroites et plutôt malodorantes du Paris de l’époque.

Et puis le mot, encore aujourd’hui d’ailleurs, désigne aussi un certain manque de simplicité : si on fait des embarras, c’est qu’on fait des manières, des chichis : on s’embarrasse de politesses inutiles, qui parfois nuisent à la spontanéité des rapports et des sentiments.

 
Coproduction du Centre national de Documentation Pédagogique.
http://www.cndp.fr/

Yvan  Amar

Article publié le 19/09/2012