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Les mots de l'actualité
Une avalanche tragique au Népal nous rappelle les grands dangers de la montagne. Et aussi précautionneux qu’on soit, il est bien difficile de s’en protéger parfois : si elle balaye le camp où vous essayez de bivouaquer, l’accident n’est pas dû à l’imprudence. Une avalanche est donc un terme montagnard, qui renvoie à une glissade massive : une coulée irrésistible, de neige, de boues, de cailloux, qui se détache d’un sommet et dévale en prenant de la force et de la vitesse avec la force qui l’attire vers le bas. Ce flot solide risque donc d’emporter tout sur son passage, et quand on est pris dans une avalanche, il n’est pas facile d’en réchapper, et en tout cas impossible de résister. Si on se laisse emporter par ce flux, on a peut-être une petite chance.
Une avalanche n’est pas une boule de neige qui aurait mal tourné, et grossi inconsidérément. La ressemblance qui peut y avoir entre les deux phénomènes ne résiste pas au traitement linguistique. Et en français, les deux manifestations se retrouvent avec deux significations toute différentes. L’effet boule de neige est celui qui gonfle progressivement. On dit donc « ça a fait boule de neige » lorsqu’une rumeur s’est enflée au-delà de ce qu’on pouvait attendre, ou lorsqu’un événement a pris une importance gigantesque, disproportionnée avec ce qu’il était au départ ; on fait un lapsus, une petite erreur, apparemment sans conséquence. Mais Dupont la raconte à Durand, qui la raconte à Duval etc. Et au bout de la chaîne, c’est comme si on avait dit la bêtise la plus grave du monde.
Le mot avalanche lui aussi a un sens figuré, mais différent. Il désigne une suite, une série d’événements négatifs qui se multiplient ou s’enchaînent. Et l’image de l’avalanche correspond un peu à celle de la pluie : une avalanche de catastrophes, de coups de fil, de rappels d’impôts. Mais il est plus rare (même si cela se conçoit) de parler d’une avalanche de baisers ou de cadeaux. Le mot est savoyard, et ça s’entend, à sa terminaison. Et c’est un mot de la montagne, qui s’oriente par rapport à la pente. En fait il s’agit d’un mystérieux croisement entre le vieux mot lavanche (éboulis), et le verbe avaler qui a un peu la même signification que son symétrique dévaler : descendre vers le val.
Cette conscience du haut et du bas, on la retrouve dans la langue contemporaine, avec une application dans le temps : on connait les deux expressions en amont et en aval, c'est-à-dire vers la montagne et vers la vallée, vers le haut et vers le bas. Et l’expression en amont, dans le sens particulier qui lui fait signifier à l’avance, est très prisée dans un langage un peu technocratique : l’événement a été préparé très en amont. C'est-à-dire, on y pense depuis trois ans, on a pris les contacts très tôt. En revanche en aval est beaucoup moins en usage, même si on peut dire que ce même événement aura d’intéressantes répercussions en aval, c'est-à-dire, après coup !
Yvan Amar
Article publié le 26/09/2012
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