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Spécial RFI : Les mots français semés dans les langues de RFI

Guillaume le Conquérant, représenté sur la Tapisserie de Bayeux.

Anglais : Un air de famille

On donne comme point de départ à l’acquisition des mots français, la conquête normande de l'Angleterre, en 1066, par Guillaume le Conquérant (le duc Guillaume II de Normandie qui devient roi d’Angleterre sous le nom de Guillaume Ier d’Angleterre).



Le français devient alors la langue de la cour, de l'administration et des élites pendant plusieurs siècles, donnant également un nom aux faits de la vie quotidienne. Un philologue anglais a estimé que 10 000 mots sont ainsi passés dans la langue anglaise au moment de sa formation (Middle English, 1150-1500). La langue française aurait donc participé pleinement de la formation de la langue anglaise.
Mais si la tendance s’inverse avec la Guerre de Cent Ans et l’essor de la langue anglaise depuis le 14e siècle, il faut néanmoins compter avec l’influence des auteurs et artistes français des 18e, 19e et 20e siècles.

 


EN FRANÇAIS , C’EST PLUS ÉLÉGANT


Parmi la sélection des dix mots de l’édition 2013 de la Semaine de la langue française, la moitié est utilisée en anglais : bouquet, cachet, savoir faire, unique et vis-à-vis ! Ils conservent la même orthographie et sensiblement la même prononciation. Ils sont donc entrés sans transformation dans la langue anglaise.

Pour certains mots, on remarque que dans l’usage commun la société anglaise n’a retenu qu’un seul sens parmi les différents possibles en français. Le dictionnaire Collins les recense pourtant tous.

Cachet : Avoir du cachet en anglais signifie avoir un certain prestige.
En français, un cachet est un tampon portant en relief des indications concernant son possesseur. On parle par exemple du cachet de la poste. Dans le domaine médical, le cachet est un médicament sous forme de comprimé comme le cachet d’aspirine. Pour les artistes, le cachet est la rémunération perçue pour prestation.

Historiquement, le cachet était un sceau où étaient gravées dans la cire les armoiries d’une personne d’importance, en particulier le roi, permettant d’identifier qu’il était l’auteur d’un document.
Terme hérité du français du 17e siècle, il trouve son origine dans le verbe « cacher ».

Unique : Alors qu’en anglais cet adjectif réfère plutôt à quelque chose ou quelqu’un d’exceptionnel, le terme français est également utilisé dans le sens « d’un seul » : une fille ou un fils unique, une voie à sens unique, un vêtement en taille unique, la pensée unique, etc. Passé du français à l’anglais au 17e, le mot a une étymologie latine : unus (un) donnant unicus (sans pareil).

Le choix du français 


Pour Rosslyn Hyams, le français est un moyen d’impressionner son interlocuteur mais cela dépend des circonstances. Par exemple, bouquet est beaucoup plus élégant à entendre que bunch ; savoir-faire et cachet montrent que l’on appartient à une certaine classe sociale, enfin vis-à-vis est plutôt un terme académique que l’on rencontrera à l’écrit.

Ces termes ont des équivalents en anglais :
Bouquet : bunch of flowers
Cachet : prestige, à forte consonance française (étymologie latine) ou seal (sceau)
Savoir faire : know how, aujourd’hui plus répandu que savoir faire
Unique : exceptional, du français « exceptionnel » (étymologie latine)
Vis-à-vis : in relation to ou face to face selon le contexte.

 

FOCUS 1 : RECONNAISSANCE : DE L'ARMÉE AU CINÉMA  


Entre le passage du français à l’anglais, on observe des transformations sur le plan sémantique. En effet, certains mots ont effectué un glissement de sens. C’est le cas de reconnaissance.

En anglais, le terme reconnaissance a tout d’abord gardé le sens militaire employé en français comme dans une « mission de reconnaissance » (en anglais : reconnaissance mission). L’industrie du cinéma l’a également intégré à son jargon, en le raccourcissant sous la forme rekki, c'est-à-dire en français le repérage effectué pour déterminer les lieux de tournage des films.

Le nom féminin reconnaissance est le substantif du verbe reconnaître. En français, il s’agit en premier lieu de l’action de reconnaître ou d’identifier quelqu’un ou quelque chose : « C’est Jean, tu le reconnais ? - Tu l’as rencontré l’année dernière. ». On parlera aussi d’un signe de reconnaissance : « Pour que tu me reconnaisses lors de notre 1er rendez-vous, je tiendrai une rose rouge à la main. »

On peut également reconnaître quelque chose comme vrai, incontestable : « En reconnaissance de ses actes de courage, il a reçu la Légion d’honneur », reconnaître quelque chose de manière officielle comme l’autorité d’un roi, la souveraineté d’un État : « La reconnaissance d’Haïti comme État indépendant ». On peut également reconnaître ses erreurs ou reconnaître la valeur de quelqu’un ou de quelque chose : « J’aimerais que mon patron montre plus de reconnaissance pour mes efforts ».

 

FOCUS 2 : CASTLE


En traversant la Manche, de nombreux mots ont été anglicisés sur le plan phonétique et orthographique, c’est le cas du mot castle. Ce mot, comme bien d’autres, trouve son origine dans le français du Moyen-âge importé à partir de la conquête de l’Angleterre par les Normands de Guillaume le Conquérant en 1066. Ainsi, castle vient de l’ancien français chastel (ou castels) qui donneront ensuite le mot château.

Aux échecs
Au jeu d’échecs, castle est la tour. Il peut aussi être utilisé comme verbe pour désigner un mouvement particulier effectué pour protéger le roi : He castled to protect his king = Il a roqué pour protéger son roi. Les pions sont placés de telle sorte qu’ils forment un carré autour du roi, à l’image du château fort.

Un chastel, des châteaux
Les termes « castel », « chastel » ou « château » ont une étymologie latine: ils viennent de castellum (dimininutif de castrum : « camp ») ayant aussi donné « château d'eau » puis en latin médiéval le sens de « citadelle ».
Le terme est entré en anglais au 11ème siècle par l’intermédiaire du français où le terme avait connu des évolutions par rapport à son origine latine: Dès la fin du 10ème siècle, le « castel » est un village fortifié, une citadelle. Au pluriel, il prend la forme « chastel » ou « chastaus ».
Au 11ème siècle, le « chastel » désigne une résidence royale ou seigneuriale.

Citation :
« Le lendemain, à la nuit tombante, j'arrivai au château de Murol. La vieille forteresse, tour géante (...) se dresse sur le ciel, brune, crevassée, bosselée, mais ronde, depuis son large pied circulaire jusqu'aux tourelles croulantes de son faîte. » Maupassant, Contes et nouvelles

Quand le vin est roi. Le château, dans la région du Bordelais est une maison de maître dont le domaine est un vignoble. Le terme «Château» prend souvent une majuscule et est toujours suivi d’un nom propre, référent au domaine. Par exemple: Château Lafite. Il s’agit en général de grands crus. Dans le langage populaire, l’expression a été détournée de manière humoristique pour désigner l’eau du robinet, qui devient un « Château-la-pompe »  donc présentée comme un vin de grand cru.


Expressions idiomatiques

Bâtir, faire des châteaux en Espagne : avoir des projets, rêves chimériques, irréalisables. Cette expression a été créée à l'époque des chansons de geste, les terres attribuées en terre sarrazine devant ensuite être conquis de haute lutte : « faire chastiaus en Espaigne».

Citation :
« Le plus court est d'en rire; mais j'avais fait de beaux châteaux en Espagne sur cette rencontre». Emmanuel Dupaty, Le jaloux malade.

Mener la vie de château : Existence très agréable passée dans le luxe, les loisirs et où l'on est servi par un personnel de maison nombreux.


Petit dico franco-anglais
bouquet : bouquet de fleurs
cachet : prestige
castle : château. La tour au jeu d’échec.
reconnaissance : mission de repérage militaire, évaluation des forces adverses
rekki : au cinéma : repérage des lieux avant un tournage
savoir faire : capacité à faire, connaissances
unique : exceptionnel
vis-à-vis : en face de, en comparaison à, en relation à.

 

Julie  Fournier Angelo

Article publié le 19/03/2013