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Mots de l'actu |
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Les mots de l'actualité
Après le scandale Cahuzac, qui forcément éclabousse le gouvernement, le président de la République déclare qu’il veut assainir la vie politique en France. Cette famille de mots a été largement utilisée par les médias et le personnel politique récemment. Son sens est assez simple : assainir veut dire rendre sain. C'est-à-dire, au sens propre, redonner la santé ! Au départ, un organisme sain est un organisme qui n’est pas malade, qui fonctionne donc comme il le doit. Mais attention, assainir n’est pas exactement synonyme de guérir. Et le mot ne s’emploie pas en général à propos d’un corps humain : il est trop technique : on peut assainir une plaie, c'est-à-dire éviter qu’elle ne s’infecte, mais on n’assainit pas un malade ! Le terme est souvent utilisé lorsqu’il s’agit de construction : par exemple on assainit un mur, une bâtisse. Bien souvent c’est simplement qu’on draine, c’est à dire qu’on enlève l’humidité trop importante. Et ainsi, on évite que toute la construction ne se fragilise et menace ruine : on assèche pour maintenir en bon état.
Mais si on craint l’humidité, on craint aussi la gangrène : souvent on assainit un mur atteint par un champignon, donc par un processus qui petit à petit va le saper de l’intérieur, va l’endommager progressivement, mais sans que ça se voit de façon bien claire. Assainir, c’est donc stopper tout un travail de sape qui se déroule de manière invisible. Mais dans cette progression lente, on a l’idée d’une contagion, d’une contamination du pourrissement. On voit donc que ces images ne concernent pas explicitement des corps malades, ils ne sont malades qu’au figuré. Mais que c’est toute une rhétorique de la maladie et de la santé qui s’applique figurativement à d’autres réalités.
Est-ce vraiment de maladie qu’il s’agit ? On est à mi-chemin entre la maladie et le mal, au sens moral plus qu’au sens médical, et on retrouve ces comparaisons quand il s’agit de politique.
Assainir, dans ce contexte, c’est éviter les pratiques louches condamnables. Mais ça renvoie le plus souvent à des activités qui reposent sur un système : non pas une personne indélicate qui serait coupable de malversations, mais toute une organisation, plus ou moins secrète qui permet ces activités. Secrète pour quoi ? Pour le grand public, pour la communication officielle, avec souvent l’idée que dans le sérail on est au courant, qu’on ferme les yeux, qu’on tolère, qu’on ne dit rien parce que, soit on en profite de manière plus ou oins indirecte, soit on est trop faible, comme un Zorro solitaire, pour s’attaquer à de tels réseaux. C’est bien ce genre d’images qui sont évoquées quand on parle d’assainir la vie politique, un peu de la même façon qu’on parle de moraliser ce secteur. Mais si l’on évoque un assainissement, c’est que cette moralisation par le biais d’une plus grande transparence, pour éviter les fonctionnements cachés.
Avertissement !
Ce texte est le document préparatoire à la chronique Le Mot de l’Actualité. Les contraintes de l’antenne et la durée précise de la chronique rendent indispensables un aménagement qui explique les différences entre les versions écrite et orales.
Yvan Amar
Article publié le 04/04/2013
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