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Les mots de l'actualité
Claude Guéant, ancien bras droit de Nicolas Sarkozy, surprend son monde en affirmant que la pratique des primes en argent liquide était courante lorsqu’il était au ministère de l’Intérieur ! Qu’il y ait eu des primes, soit, ça n’étonne personne. Mais versées en liquide ! C'est-à-dire en argent, en billets de banque… voilà qui est beaucoup plus étonnant.
Car c’est bien souvent ce qui échappe à l’impôt qu’on remet comme ça au bénéficiaire : pas de traces écrites, personne ne peut trop savoir où cet argent ira, ni d’où il vient. Alors revenons-en à notre prime : qu’est-ce que c’est ? Il s’agit d’un genre de bonus, d’un ajout à un salaire, une somme touchée en plus du traitement régulier auquel a droit un salarié. Et souvent cet en-plus est là en contrepoint d’une particularité du travail accompli : on parle de prime de risque : si le travail est particulièrement risqué, la prime le reconnaît, et s’additionne ainsi au contrat de base. On parle aussi de prime de nuit, de pénibilité, d’efficacité. Et ces primes fonctionnent souvent comme des carottes, des récompenses censées aiguillonner celui qui va les toucher. Elles ne sont pas vraiment dues par l’employeur, mais accordées, et elles mettent un peu de mou dans le contrat de travail. Rien d’illégal là-dedans, tout est officiel : une prime n’est pas un pourboire. Ce n’est pas non plus la même chose que les étrennes. On peut dire que la prime s’apparente donc un peu à la gratification, mais avec un côté moins familier, moins personnel, et donc moins condescendant, moins paternaliste. Mais son attribution n’est pas mécanique : elle n’est pas censée être reconduite d’une période sur l’autre, et par exemple, n’est pas prise en compte, en général, dans l’établissement des droits à la retraite. Le mot est un anglicisme ancien, l’un des premiers probablement où la prononciation « à l’anglaise » ait joué quelque rôle. En effet la langue anglaise avait emprunté le mot au latin praemium, et orthographié premium. Au 17ème siècle les Français s’emparent du mot, et transforment le « e » en « i », souvenir d’outre-Manche. Le sens du mot à l’époque est lié au monde de l’assurance, pratique financière assez neuve. Et ce mot prime a gardé cet usage en français d’aujourd’hui : les assurés payent des primes d’assurance, c'est-à-dire qu’ils payent régulièrement une somme déterminée à leur assureur. Le mot a pris petit à petit quelques sens nouveaux : il a désigné par exemple le lot qu’on gagne à une loterie, puis s’est spécialisé dans une idée de récompense donnée en échange d’un service rendu. Là encore le terme balance entre le monde anglo-américain et le monde francophone avec des sens voisins. Aux Etats-Unis par exemple, on a à la fin du 19ème siècle les fameux chasseurs de prime, devenus héros légendaires, même si ce n’étaient au départ que de peu scrupuleux mercenaires. La légende de l’ouest sauvage s’en est emparée, en a fait des histoires populaires, des films et même des séries télévisées très célèbres : Steve Mc Queen, dans « Au nom de la loi » a bien été le plus charmeur des chasseurs de primes.
Avertissement !
Ce texte est le document préparatoire à la chronique Le Mot de l’Actualité. Les contraintes de l’antenne et la durée précise de la chronique rendent indispensables un aménagement qui explique les différences entre les versions écrite et orales.
Coproduction du Centre national de Documentation Pédagogique.
http://www.cndp.fr/
Article publié le 03/05/2013
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