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L’ombre de la « Veuve Blanche » plane sur l’attentat de Nairobi.
C’est ce qu’on peut lire dans le journal Libération sans être absolument sûr que Samantha Lewthwaite y soit mêlée. Mais on sait que cette anglaise, apparemment liée aux mouvements islamistes radicaux, est ainsi surnommée. La Veuve blanche ? Ca fait passer un frisson : qu’on parle de veuve blanche ou de veuve noire, c’est une image à la fois féminine et terrifiante qui apparait.
On peut le dire tout net, la veuve en français (et pas seulement en français d’ailleurs) a très mauvaise réputation. C’est le féminin de veuf, et le sens littéral du mot est très clair : un veuf est un homme marié dont la femme est morte. Une veuve est une femme mariée dont le mari est mort, et donc qui lui survit.
Alors bien sûr, la plupart du temps, pour que la veuve fasse peur, il faut la qualifier d’une certaine façon. Et la veuve noire apparaît en premier.
C’est déjà l’appellation commune d’une sorte d’araignée, particulièrement dangereuse, et parfois mortelle pour l’homme (quand je dis pour l’homme, c’est pour les humains bien sûr). Peut-on expliquer cette dénomination ? L’araignée est souvent mal vue: non seulement elle peut être dangereuse, mais elle a une image parfois terrorisante, un peu comme le serpent.
D’autre part, on l’associe parfois à la mante religieuse, autre insecte dont on dit que les femelles dévorent les mâles. On a donc l’impression que dans cette espèce, la femme mange son mari. Et le fait que l’araignée soit en français un mot féminin ne joue pas en sa faveur. On notera enfin qu’en ce qui concerne la veuve noire, les femelles ont paraît-il un venin bien plus dangereux que les mâles, relativement inoffensifs.
On a donc tendance à appeler veuve noire celle qui tue son mari – pas seulement chez les araignées, mais chez les humains aussi – son mari ou même ses maris : on imagine cette pratique comme répétitive.
Il est bien intéressant de voir à quel point la veuve fait peur alors que le veuf laisse relativement indifférent : comme si la langue était inventée par un cerveau masculin – ce qui pourrait expliquer son machisme, comme si la langue se faisait l’écho des peurs des hommes : peur de la féminité vécue comme dangereuse, éventuellement meurtrière.
Ce qui nous renvoie à un argot ancien la veuve a longtemps désigné la guillotine et auparavant, le gibet : épouser la veuve, c’était être exécuté : poésie macabre et belle !
La veuve a droit parfois à d’autres qualificatifs : la veuve joyeuse, par exemple, personnage popularisé par une célèbre opérette de Franz Lehar, et qui évoque l’insouciance un peu cynique de la Belle Epoque : une belle jeune femme courtisée, aimant la fête, et qui, de plus, est débarrassé du tabou de la virginité : elle n’est plus jeune fille, elle a déjà été mariée. L’imagination va bon train donc !
Avertissement !Coproduction du Centre national de Documentation Pédagogique.
http://www.cndp.fr/
Yvan Amar
Article publié le 26/09/2013
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