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Les mots de l'actualité
Vladimir Poutine justifie l'arraisonnement musclé du navire de Greenpeace.
Même si ces événements concernent la Russie, même si le Président russe s’est bien sûr exprimé en russe, c’est en français qu’on en rend compte dans les médias français. Et quand on parle d’arraisonnement musclé, on utilise une formule bien française qui est une particularité de notre langage journalistique et médiatique. On a bien compris qu’il s’agit d’une sorte d’euphémisme « arraisonnement musclé », d’expression qui en dit beaucoup, mais avec les formes, avec des mots qui semblent atténuer, ou masquer la réalité. Mais personne ne s’y trompe bien au contraire : c’est fait pour que tout le monde comprenne à demi-mots.
Quand on parle d’arraisonnement musclé, on veut donc dire que le bateau a été arraisonné, c'est-à-dire que les forces de l’ordre en ont pris le contrôle. De façon assez violente, sans y mettre les formes. Il s’agit donc d’une prise de contrôle assez brutale. Attention : le terme exprime quand même qu’on n’a pas dépassé certaines limites : il n’y avait pas d’intention de tuer. Peut-être même pas de blesser. Enfin, pas trop. Ceci dit, on implique quand même que ceux qui ont neutralisé le bateau n’y sont pas allés de main morte.
Il faut se souvenir aussi que cette tournure ne s’emploie que lorsqu’il s’agit d’une autorité qui exerce son pouvoir : jamais on ne parlerait d’une agression musclée d’un gangster contre un passant. Et si l’on s’exprime de cette façon, c’est le plus souvent pour montrer du doigt, dénoncer la violence du geste de l’autorité, même si cette dénonciation est relativement indirecte : c’est là tout l’art de l’euphémisme justement.
L’expression n’est pas récente, mais on peut la dater assez précisément : dans les années qui ont suivi les événements de mai 68 en France, les politiques et les administrations universitaires se méfiaient des étudiants contestataires. Et on a dit que certaines facultés avaient alors engagé des appariteurs, c’est -à-dire du personnel chargé du matériel des salles de cours qui étaient en fait des agents de sécurité, parfois même des policiers en civil : comme un service d’ordre déguisé, capable de maîtriser des fauteurs de trouble. Une police travestie d’une certaine manière. Et, par dérision, on a parlé d’appariteurs musclés. Depuis cet usage un peu familier s’est répandu, et on peut parler d’un régime musclé, d’une politique musclée, c'est-à-dire très autoritaire, aux méthodes policières.
Et au sens propre bien entendu l’adjectif a un sens bien anodin : quelqu’un de musclé est quelqu’un qui a développé une belle force physique.
Avertissement !Coproduction du Centre national de Documentation Pédagogique.
http://www.cndp.fr/
Yvan Amar
Article publié le 27/09/2013
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