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Le fait du jour
Joël Costi :
En France toujours, c'est aujourd'hui qu'est lue dans beaucoup de classes la lettre de Guy Môquet, ce jeune homme fusillé par les Allemands en 1941.
Caroline Paré :
Ce jeune communiste fusillé à 17 ans en compagnie de 26 autres hommes à Chateaubriand, dans l'ouest du pays. Il portait sur lui une lettre écrite à ses parents dans laquelle il annonçait sa mort prochaine. Cette lecture dans les lycées, c'est Nicolas Sarkozy qui l'a voulue. Il l'avait dit le jour où il est devenu président de la République, en expliquant : « Un jeune homme de 17 ans qui donne sa vie à la France, c'est un exemple, non pas du passé, mais pour l'avenir... ».
Mais tout le monde n'est pas du même avis. Certains professeurs trouvent que c'est une cérémonie politique. Des historiens comme Jean-Pierre Azéma, spécialiste de la Seconde Guerre mondiale, trouvent que cette façon qu'a l'Etat de dicter l'histoire, eh bien, c’est dangereux, d'une certaine manière. Cela pose des questions.
Jean-Pierre Azéma :
On a choisi cette lettre parce que c’est une manière de dire que des Français, quel que soit leur âge, doivent pouvoir se sacrifier pour la patrie. Bon, voilà, c’est un message banal, mais pourquoi pas ? Moi, j’ai rien contre, a priori, simplement les modalités, ça devient obligatoire, une vérité d’Etat, tous les ans il faudra redire la même chose, quasiment au garde-à-vous, ça non. Ce sera obligatoire de la lire. Ça devient donc une vérité d’Etat.
Je suis, et je ne suis pas le seul, on est quand même beaucoup à le penser qu’on n’a pas à nous imposer des vérités d’Etat. L’histoire appartient à tout le monde, elle n’appartient pas aux historiens, mais le président de la République n’a pas à en faire une vérité d’Etat. Et ça, nous y tenons beaucoup. Car c’est ouvrir des dérives vers je ne sais quoi.
Seuls les pays totalitaires se permettent d’imposer des vérités d’Etat. Et là, c’est un danger très très grave. Donc non, là on s’arrête, on arrête les frais quand même, on arrête, on arrête les dérives. Voilà.
CP :
L'historien Jean-Pierre Azéma, au micro de Virginie Salanson.
Et le conseiller spécial de Nicolas Sarkozy croit qu'aujourd'hui dans « 90% des classes, tout se passera normalement », autrement dit la lettre de Guy Môquet sera bel et bien lue par les enseignants.