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    La maladie décime la pomme de terre du Fouta Djallon

    media La pomme de terre est considérée comme la locomotive de la région moyenne de Guinée. Alaidhy Sow

    Importée du Sénégal et du Mali sans avoir été contrôlée par les autorités guinéennes, une semence de pommes de terre infectée par le mildiou a détruit les productions de la région du Fouta Djallon. Conséquences : perte de près de 50 milliards de francs guinéens. Explications.

    Article publié dans Hors Antenne, en novembre 2016.

    Considérée comme la locomotive de l’agriculture du Fouta Djallon, région de Moyenne-Guinée, la pomme de terre a subi cette année une attaque sans précédent.
    Les cultures ont, en effet, été frappées de plein fouet par une étrange maladie appelée mildiou. De Dalaba dans la région de Mamou à Mali Yembering dans la région de Labé en passant par la préfecture de Pita, ce sont des centaines de champs qui ont été détruits.

    Après le constat des dégâts, la Fédération des Paysans du Fouta Djallon (FPFD), en collaboration avec le ministère de l’Agriculture, a initié une réunion de concertation début septembre à son siège, dans la sous-préfecture de Timbi Madina.
    Cette importante rencontre a mobilisé tous les acteurs du secteur autour des dizaines de victimes.

    Dans son allocution de bienvenue, El Hadj Moussa Para Diallo, le président de la FPFD a rappelé le contexte dans lequel l’attaque a été constatée tout en décrivant clairement la problématique : « D’abord, il y a eu les attaques dans la commune urbaine de Labé, puis ça s’est propagé partout. Nous avons mené une petite enquête pour identifier l’origine du problème. Apparemment, un jeune du quartier de Tairé dans la commune urbaine de Labé aurait importé du Sénégal de la pomme de terre malade. Il en a vendu 5 tonnes et 10 tonnes ont été jetées. Cette pomme de terre s’est ainsi retrouvée ici. J’ai appris également que de la pomme de terre aurait été importée du Mali pour la préfecture de Dalaba et serait une autre source de propagation de la maladie ».

    La responsabilité des producteurs mise en cause

    Les producteurs ont été pointés du doigt pour irresponsabilité dans cette crise par le patron des paysans du Fouta Djallon : « Mais vous savez, on est tous responsables. Et en première position, les producteurs parce qu’ils croient qu’en cherchant le plus bas prix, on est meilleur et on est champion. Pourquoi j’aime dire les producteurs, parce que je n’aime pas dire la faute, c’est l’autre. La faute, c’est d’abord moi. Et puisque j’ai été irresponsable au niveau de la fédération, voilà les résultats. Et je voudrais que vous me corrigiez à hauteur de ma faute », avoue-t-il.

    A la suite des débats, une visite de terrain a été effectuée sur des champs de pomme de terre affectés par la maladie. Il en ressort que les bonnes pratiques culturales (rotation, calendrier agricole, destruction et ramassage des résidus de récolte, etc.) ne sont pas non plus suffisamment respectées.
    « C’est un complexe parasitaire que nous avons constaté, a déclaré le docteur Maxim Tamba Kamano, chef de division production de l’Institut de recherche agronomique de Guinée. Il y a d’abord des parasites qui attaquent le système racinaire, puis des taches nécrosées au niveau des tiges et finalement des pertes au niveau des feuilles sont constatées. Si vous observez les tubercules, vous allez voir des pourritures ».

    Trente années de travail à reconstruire

    Deux semaines après cette rencontre, l’identification de la maladie a été confirmée et une estimation des dégâts effectuée. Selon El Hadj Moussa Para Diallo, le président de FPFD, le laboratoire a non seulement livré les résultats, mais l’expert européen tant attendu est arrivé et a pu confirmer qu’il s’agissait bel et bien du mildiou.

    Le docteur Maxim Tamba Kamano, chef de division production de l’Institut de recherche agronomique de Guinée, constate sur le terrain les dégâts provoqués par le mildiou. Alaidhy Sow

    « Près de cinquante milliards de francs guinéens (soit environ cinq millions d’euros) : c’est le montant de la perte estimée par la Fédération des Paysans du Fouta Djallon, déplore El Hadj Moussa Para Diallo, son président. Les statistiques ne sont pas faciles en Guinée, mais c’est une estimation. Cinquante milliards, c’est sûr, parce que les zones affectées vont de Mali à Mamou. Mais, des gens ont aussi perdu la tête parce que toute leur économie reposait sur ces champs et, maintenant, ils ont tout perdu. C’est ça aussi la vie de l’agriculture. Quand on travaille, on s’attend souvent à des problèmes de ce genre. Néanmoins, on va prendre des dispositions pour que les ayants droit, c’est-à-dire les paysans, puissent vraiment recommencer à travailler. Mais je vais leur dire de faire en sorte que, désormais, une semence qui n’est pas passée par le port ne doive pas être introduite en Guinée parce que sinon, on n’aura que des problèmes. Regardez, on a détruit trente ans de travail! »

    Par ailleurs, le ministère de l’Agriculture de la République de Guinée aurait fait savoir aux douanes de Koundara, de Mali et de Siguiri que désormais aucune pomme de terre ne doit entrer par la frontière.

    Alaidhy Sow
    Radio Espace, Fouta Jallon, en Guinée.
    alaidhysow1@gmail.com
     

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