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    Le Kankourang : un mythe qui s'effondre ?

    media Sa cagoule impressionnante est appelée Joubolo et sa longue corde en bandoulière également en fibres tressées attachées à ses extrémités, laroo. Mamadou Gano

    Jadis, la sortie d’un Kankourang obéissait à des règles et dès son apparition dans les rues, les populations, effrayées, se barricadaient chez elles. Aujourd’hui, cet être mythique attire plus pour son caractère carnavalesque que pour son rôle de régulateur social.

    Il apparaît généralement en hivernage ou à l’occasion des cérémonies de circoncision, entre les mois de juillet et octobre. Couvert de la tête aux pieds de fibres rouges faites d’écorces du sommelier (Fara Jung), appelé aussi Kankouran Fanoo (le pagne du masque) d’où il tire son nom, le Kankourang ne laisse pas indifférents initiés et visiteurs.
    Muni de deux machettes (ou coupe-coupe) qu’il croise, il crée un bruit grinçant accompagné d’un cri strident. Mais aussi effrayant qu’il puisse paraître, le Kankourang fait moins peur que par le passé. Dans les villes de Mbour, Ziguinchor, Sedhiou, Kolda au Sénégal et Gabou en Guinée-Bissau, ses sorties rythmées de danses, de chants et de courses-poursuites, prennent aujourd’hui plus des airs d’un spectacle ambulant, au grand bonheur des jeunes filles et garçons et de quelques touristes de passage.

    Un gardien de la tradition effrayant

    Masque, être mythique, gardien des valeurs des peuples mandingues de la Sénégambie, qui recouvre les zones frontalières de la Guinée-Bissau, du Sud du Sénégal et de la Gambie, le Kankourang a été classé patrimoine culturel immatériel mondial par l’Unesco en 2003.
    Génie protecteur de la communauté mandingue, il est également adopté par d’autres ethnies comme les Diola, Baïnouks, Peuls du Fouladou, Balantes, Manjack, etc.
    Fort d’une image populaire et spectaculaire, il joue un rôle important de régulateur de la société. Garant de la sécurité des initiés à l’occasion des cérémonies de circoncision, il chasse les mauvais esprits, assure également la protection des fruits et des productions agricoles, veille sur les comportements, l’environnement et généralement sur la consolidation du tissu social de la communauté.
    « Si un couple a des problèmes de ménage très sérieux au point d’en venir aux mains ou de divorcer, c’est le Kankourang qui règle la situation en imposant des amendes aux deux parties en conflit. Dans les champs de culture, il était présent pour suivre et contrôler les travailleurs, particulièrement les jeunes », explique le vieux Solo Diané, chef du quartier Doumassou, dans la commune de Kolda, au sud du Sénégal.
    En plus de cette noble mission de gardien de la tradition, il allie l’utile à l’agréable en animant un spectacle ambulant très festif au rythme du Jambadong (la danse des feuilles). Les acteurs de ce spectacle aux allures carnavalesques chantent et dansent au son du tam-tam.
    Par ailleurs, les masques Kankourang représentent les ancêtres mythiques du peuple mandingue. Ils sont destinés à attirer le couple de Pemba et de Maïe appelé « mama » et à capitaliser puissance vitale. Considérés comme des immortels, ils sont les dépositaires du patrimoine culturel mandingue. Ainsi, leur seule apparition en public raconte l’histoire d’un peuple et symbolise, ainsi, sa mémoire collective.

    Originaire de Guinée-Bissau

    Mais d’où vient cet être mythique ? De multiples versions circulent sur l’origine du Kankourang. Mais il semblerait qu’il soit originaire de l’ancien royaume du Kabou en Guinée-Bissau. Par le passé, son masque était composé d’un manteau rouge appelé « Burmus wulin » qui couvrait entièrement l’initié.
    Mais selon le Vieux Papiya Touré, grand dignitaire de la communauté mandingue, l’apparition du masque en fibres serait survenue après un grave événement : la circoncision de Kumus Nema, en Guinée-Bissau, au début du XXème siècle, alors que le territoire était sous administration portugaise. Un circoncis serait décédé dans le Bois sacré et aurait créé l’inquiétude au sein des familles. En représailles contre les sorciers (sutamo ou buaa), le Kouyan Mansa (roi du Bois sacré) et les notables décidèrent de la sortie du masque en fibres pour renvoyer les mauvais esprits et libérer le village du mal. Depuis lors, le peuple mandingue essaye tant bien que mal de perpétuer l’œuvre des ancêtres face aux bouleversements des mœurs.

    Mamadou Gano
    Directeur de la radio Nafoore FM
    Kolda, Sénégal
    nafoorefm@gmail.com

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