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    Les enfants nés de viol : une bombe à retardement ?

    media Aujourd'hui âgés de 15 à 21 ans, les jeunes nés de viols commis lors de conflits armés restent difficiles à dénombrer. Solange Shagayo

    Nés de viols commis lors des conflits armés qui ont frappé l’est de la République démocratique du Congo (RDC) entre 1996 et 2002, de nombreux jeunes souffrent de stigmatisation. Rejetés, certains deviennent des proies faciles à enrôler. Reportage.

    « C’était le 24 octobre 1996 vers 18h30-19 heures, se souvient cette mère de famille aujourd’hui installée à Bukavu, dans le Sud-Kivu. Un groupe d’hommes armés est entré dans ma maison. A l’époque, je vivais avec mes trois enfants et le jeune frère de mon feu mari. Le chef du groupe m’a demandé de l’accompagner dans ma chambre pour voir si je n’avais rien à cacher. Et c’est là où ça s’est passé. Pour l’honneur de mes enfants, j’étais contrainte à garder le calme malgré les atrocités. J’ai dû affronter des moments durs. Au niveau de ma famille, j’ai été victime d’un rejet, puisque j’ai donné naissance à un enfant non souhaité. Une fille que je considère comme ma consolation ».

    « Réparer l’irréparable »

    Aujourd’hui âgée de 20 ans, la jeune fille est étudiante à l’université et fait partie des cinq premiers de sa classe. Mais toute sa vie, elle a fait l’objet de stigmatisation de la part de ses proches: « Ma mère ne m’avait rien dit. Une fois, en vacances dans mon village natal, un membre de la famille de ma mère m’a demandé si je savais pourquoi j’avais un nom différent de mes frères. J’ai posé la question à ma grand-mère qui m’a expliqué à sa manière et j’ai compris sans en vouloir à ma mère. À mon retour, je me suis arrangée pour être plus compréhensive, car, parfois, j’avais du mal à comprendre son comportement face à certaines de mes questions. Ce n’est pas facile de vivre dans une famille où on vous pointe du doigt. Tes propres frères te considèrent comme une étrangère. Parfois, on a du mal à définir ce qu’on est véritablement : Orpheline de père ? Fille d’un père inconnu ? Suis-je congolaise ou étrangère ? Quelle était la nationalité du bourreau de ma mère ? Ma mère n’a presque pas de réponses à mes questions, mais elle ne m’a jamais donné une raison de croire que j’étais différente. Elle m’a aimée de tout son amour contrairement aux témoignages d’autres enfants issus d'un viol ».
    A l’université, la jeune femme a choisi de suivre des études de droit « pour avoir l’occasion de défendre des cas comme le mien », précise-t-elle. « Mais, parfois, je me pose la question de savoir si l’on peut réparer ce que je considère moi-même comme l’irréparable »

    Solange Shagayo
    Directrice de la radio Star
    Bukavu, République démocratique du Congo
    radiostar.dir@gmail.com

    Des jeunes stigmatisés par leur entourage

    Depuis plus de 10 ans, Christine Schuler et son mari encadrent, de façon informelle, des enfants nés de viol. Ils assurent leur scolarisation, leurs soins de santé et la médiation familiale. « Stigmatisées pour la plupart, les mamans ont dû quitter leur village pour vivre en sécurité en ville et en périphérie avec leurs enfants », explique Mme Schuler. Connue pour son implication dans la promotion des droits de la femme et de l’enfant, elle est la représentante nationale de V_day, une organisation qui encadre les femmes affectées par toutes les formes de violence basées sur le genre. Elle est aussi la présidente de la Cité de la joie, un centre pour les femmes congolaises rescapées de viol et la vice-présidente de la Fondation Panzi qui vient en aide aux femmes victimes de violences sexuelles. « J’ai compris qu’il y avait un véritable problème lorsqu’on a eu des enfants arrivés en primaire et qu’il a fallu remplir les fiches. Les mamans sont venues me demander si, à la place du père, on indique Madame Christine. On a essayé de faire la médiation familiale avec des oncles ou des frères. Certains ont accepté et d’autres ont refusé ».

    « Ils souffrent de crise existentielle»

    Mme Schuler se souvient aussi du jour où les mamans ont souhaité baptiser leurs enfants. « Je suis allée voir un prêtre dans une église catholique et il m’a dit : "Madame, on ne peut pas baptiser ces enfants. Ce sont les enfants de Satan’"». De religion catholique, elle est repartie « choquée» de cet entretien : « Vous imaginez un prêtre qui est censé nous prêcher l’amour, la paix et qui commence à discriminer les enfants qui n’ont pas choisi de venir au monde ? Finalement, j’ai trouvé un prêtre à la cathédrale qui a accepté de baptiser tous mes petits enfants ». Aujourd'hui, elle invite les mamans à dire la vérité à leurs enfants, « (pour) qu’ils ne l’apprennent pas de la rue ». Tous ceux qu’elle encadre connaissent la vérité sur leur passé. « Et j’essaye de leur expliquer que leur avenir est devant eux ».

    Le Dr Denis Mukwege, gynécologue, est inquiet, car toutes les victimes n'ont pas la chance d'être encadrées. « Les enfants sont souvent qualifiés, avec préjudice, d’enfants sorciers, d’enfants serpents. Ils souffrent d’un véritable problème d’identité ou de crise existentielle. Ces adolescents sont très dangereux une fois recrutés dans les forces et groupes armés. Armes en mains, ils ne voient que la douleur qu’ils ont vécue toute leur jeunesse ».
    Pour le docteur, ces jeunes constituent une véritable bombe à retardement. Il y a quelques années, rien qu’à Shabunda, l’un des huit territoires que compte la province du Sud-Kivu, environ 3 000 enfants nés de viol avaient été répertoriés. « Le Congolais doit cesser la politique de l’autruche et apprendre à voir le danger, là où il est, insiste le Dr Mukwege. C’est un problème qui n’a jamais été considéré dans sa totalité, étant toujours assimilé aux femmes violées ».
    Dans la province du Sud-Kivu, plusieurs habitants s'interrogent : « Combien faut-il d’enfants nés de viol pour attirer l’attention du gouvernement congolais ou de la communauté internationale ? ». D'autant qu'il s’agit d’un problème qui n’est ni propre à la province du Sud-Kivu, ni propre à la RDC.

    Le Dr Denis Mukwege dans son bureau de l'hôpital Panzi à Bukavu. Le gynécologue a reçu de nombreux hommages et distinctions pour son combat auprès des femmes victimes de violences sexuelles dans l'est de la RDC. Radio Star

    Un combat pour le droit à l'identité

    Les enfants issus d'un viol ne sont inscrits nulle part à l’état civil. Ils n’existent donc pas sur le plan légal en RDC. Pourtant, ils ont le droit d’être enregistrés. « Ils sont reconnus par la loi congolaise, car nés de mères congolaises, explique Me Sylvain Murhula. Il faut se référer à l’article 16 de la loi 09/001 du 10 janvier 2009 portant protection de l’enfant, selon lequel l’enfant, même issu du viol a le droit d’être enregistré à l’état civil dans les 90 jours qui suivent sa naissance. L’article 59 du Code de la famille dispose aussi que si le père de l’enfant n’est pas connu ou lorsque l’enfant est désavoué, l’enfant porte le nom qui lui a été conféré par sa mère ». Selon Me Murhula, ce qui pose problème, c’est le délai reconnu par la loi : « Dépassés les 90 jours, la loi prévoit un jugement supplétif comme procédure gracieuse. Sauf que ce n’est pas gratuit et donc pas toujours accessible à cette catégorie d’enfants. Ce qui requiert l’intervention de l’autorité publique ».

    En 2009, un Édit (proposition de loi) portant protection du droit à l’enregistrement des enfants non enregistrés dans le délai légal à l’état civil au Sud-Kivu a été initié par Kinja Mwendanga, députée provinciale. La proposition a été motivée par une hausse des enfants nés en période des guerres et conflits armés, dont les enfants issus de viol non enregistrés à l'état civil. « L’enregistrement des enfants à l’état civil est d’autant plus important que bien des choses en dépendent. L’enfant non enregistré court le risque de ne pas pouvoir établir sa filiation et, par conséquent, perdre les avantages et privilèges qui en découlent, dont le droit à l’héritage, le lien de nationalité, etc. Ces enfants se voient privés d’un droit humain fondamental, faute de production d’un acte juridique qui prouve notamment leur âge et l’identité de leur géniteur ». Ainsi, « tout enfant issu d’un (des) parents congolais, ayant l’âge de moins de 18 ans et dont le domicile ou la résidence étaient établis dans la province du Sud-Kivu pendant la période des guerres, des conflits et/ou des calamités naturelles ; ainsi que tout enfant né en refuge de l’un des parents congolais ayant sa résidence ou domicile dans la province du Sud-Kivu de 1996 à 2002 » est concerné par cet Edit. Ce dernier a été adopté par l’Assemblée provinciale du Sud-Kivu. Mais il n’a jamais été promulgué par le gouverneur de province. Le Parlement des enfants, une structure appuyée par l’Unicef, a initié plusieurs plaidoyers auprès des autorités. « Les résultats restent faibles », regrette Cosna Akonkwa, la présidente.

    Selon George Zakitoka, chef de division de l’Intérieur, les conflits armés ne sont pas à la base du non-enregistrement des enfants à l’état civil. C’est plutôt l’ignorance des parents sur l’importance d’enregistrer leurs enfants à l’état civil qui expliquerait qu’ils ne soient inscrits nulle part. Si bien qu'aujourd’hui, le gouvernement exige que chaque parent présente un acte de naissance avant l’inscription de son enfant à l’école.

    • En savoir plus

    www.fondationpanzirdc.org

    www.vday.org

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