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    Afrique-France 2013 : Questions pour un sommet

    media François Hollande accueille les présidents des Comores, de la Tanzanie, du Cameroun, du Togo, du Gabon et de la Côte d'Ivoire Reuters/Charles Platiau

    Le sommet Afrique-France sur la paix et la sécurité s’est ouvert aujourd'hui à Paris en présence d'une quatantaine de chefs d'Etats. En cette année marquée par deux interventions militaires françaises, au Mali et maintenant en Centrafrique, le journaliste et écrivain français Antoine Glaser analyse les changements et surtout les continuités de la politique africaine de la France.Le prochain livre de l’ancien directeur de La Lettre du continent, Africa-France, quand les dirigeants africains deviennent les maîtres du jeu, est à paraître en février 2014 chez Fayard.

    RFI : Ce sommet Afrique-France est le premier depuis l’arrivée de François Hollande à l’Elysée. Le nouveau président avait-il annoncé une rupture quant à la tenue de ces sommets ? Qu’était-il prévu ?
    Antoine Glaser : Je ne me souviens pas que François Hollande aie jamais dit qu’il renonçait aux sommets Afrique-France. Par contre, quel que soit le responsable politique qui accède à l’Elysée, il est toujours rattrapé par l'histoire de l'ancienne puissance coloniale en Afrique. Tous plongent dans la Realpolitik des intérêts français sur ce continent. En s'installant à l'Elysée, Nicolas Sarkozy déclarait que l'Afrique n'avait pas d'intérêt économique pour la France avant d'aller personnellement signer de nouveaux contrats d'uranium au Niger. François Hollande n'avait que le mot de « rupture » de la politique africaine à la bouche, avant d'endosser l'uniforme de chef de guerre - «pacificateur» ! - et de déclarer à Bamako, après l'Opération Serval, qu'il vivait « sans doute, la journée la plus importante de sa vie politique ». Quelques mois auparavant, François Hollande était tout de même beaucoup plus côté Corrèze que côté Zambèze.

    RFI : Comment s’étaient déroulés les derniers sommets, en particulier sous les présidents Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy ?
    A. G. :
    Pour la forme, on est passé des sommets « France-Afrique » du temps de Giscard d'Estaing au sommet « Afrique-France » ! En réalité, rien n'a changé sur le fond entre le grand chef blanc et ses « amis africains » si ce n'est que ces derniers ont

    Antoine Glaser est journaliste et écrivain Antoine Glaser

    désormais le monde entier dans leurs salles d'attente… Ce qui a été supprimé, c’est un dîner la veille de l’ouverture du sommet réservé aux seuls présidents du « pré carré » francophone. Une distinction à laquelle tenait, tout particulièrement, feu le président gabonais Omar Bongo. Dans le guide distribué à la presse pour le sommet des 6 et 7 décembre, on voit que tous les Etats africains sont classés par ordre alphabétique, à l'exception de la « France », placée en tête… Un vieux réflexe !

    RFI : Le discours de François Mitterrand à la Baule n’a donc pas eu d’incidence sur les sommets ?
    AG. :
    Après la chute du Mur de Berlin, le 16 novembre 1989, François Mitterrand a bien prôné une timide ouverture démocratique au sommet Afrique-France de la Baule en juin 1990, mais sans vraiment secouer les cocotiers… Il n'y a, en particulier, eu que très peu d'ouverture vers les sociétés civiles africaines, avenir d'un continent de près de 2 milliards d'habitants vers 2050. Tous les sommets des deux mandats de Mitterrand ressemblaient toujours à une réunion d'un club de chefs d'Etat qui avaient plaisir à se retrouver, souvent pour régler des problèmes domestiques entre eux.

    L’interventionnisme en question

    RFI : Les annonces simultanées d’un sommet Afrique-France consacré à la lutte contre le terrorisme et de l’envoi de troupes françaises en Centrafrique, certes dans un cadre onusien, ne donnent-elles pas l’impression que 2013, qui a débuté par une opération militaire française au Mali, marque un retour à l’interventionnisme ?
    A. G. :
    C’est une forme de schizophrénie. Il y a deux François Hollande. Le François Hollande du discours de son premier voyage en Afrique, au sommet de la francophonie à Kinshasa, un discours de rupture, pour l’ouverture démocratique, le droit à l’expression des oppositions africaines. Et il y a le François Hollande président d’une France qui doit largement son fauteuil au Conseil de sécurité des Nations unies non seulement à la force nucléaire mais à sa présence en Afrique. La France est la seule puissance occidentale à avoir des bases militaires sur ce continent, à l’exception des Etats-Unis avec Djibouti - mais la base américaine est surtout tournée vers le Proche et le Moyen-Orient. En Afrique, il n’y a que la France. Les partenaires du président François Hollande lui parlent surtout de dossiers africains. On est dans une diplomatie d’influence et une diplomatie économique, ce qui rend un peu schizophrénique le discours sur la démocratie.

    RFI : Après le génocide au Rwanda, la présence militaire de la France en Afrique a pris un nouveau tour : fermeture des bases, renégociations des accords de défense. Et là, on a l’impression, de Kidal à Bouar ou à Bangui, du Mali en Centrafrique, qu’on est dans une escalade. En quoi les interventions actuelles ont-elles changé ?
    A. G. :
    Il y a l’histoire. Nicolas Sarkozy a renégocié en 2008 les accords de défense entre la France et certains pays africains. Un certain nombre de ces accords avaient une clause secrète : la France garantissait aux dirigeants africains leur sécurité en échange des matières premières de leurs pays. Quand Nicolas Sarkozy a renégocié ces accords de défense, ils étaient très largement caducs. Qui croyait que la France allait entrer en guerre contre le Nigeria si le Cameroun avait été attaqué ? Au fil du temps, de ses intérêts, et de l'amitié du président français pour tel ou tel responsable africain, la France est intervenue au coup par coup, sans doctrine. Mais toujours avec un mandat des Nations unies après que la France a concocté elle-même la résolution… Paris est ainsi intervenu en Côte d’Ivoire pour donner le dernier coup de pouce qui a permis au président élu, Alassane Ouattara, d’arriver au pouvoir. S’il n’y avait pas eu la force française Licorne, cela aurait été beaucoup plus compliqué pour le responsable ivoirien. Même chose pour la Libye. Le colonel Kadhafi avait promis 14 milliards de dollars de contrats à la France. Kadhafi a humilié Nicolas Sarkozy en ne tenant pas ses promesses. Personnellement, je ne suis pas certain que si Kadhafi avait acheté des Rafale, il y aurait eu une intervention française, aussi rapide et aussi musclée, même pour sauver la vie des populations de Benghazi. Mais on ne refait pas l'histoire.

    Terrorisme et faillite du développement

    RFI : Ce sommet Afrique-France est le premier consacré au terrorisme.
    A. G. :
    Je vais être un peu cynique : s’il est consacré à la « paix et à la sécurité », c’est ce qui reste à la France en Afrique. La pénétration coloniale, c'était d'abord les missionnaires puis les militaires et les comptoirs. Les missionnaires catholiques ont été remplacés depuis longtemps par la montée en puissance concomitante d'évangélistes américains et d'imams musulmans. Les « comptoirs », aujourd'hui une centaine de grands groupes français, sont sous la pression des pays émergents, en particulier chinois dans le secteur du bâtiment et des travaux publics.… Lisez le rapport des sénateurs Jeanny Lorgeoux et Jean-Marie Bockel - L'Afrique est notre avenir - ainsi que celui de l'ancien ministre des Affaires étrangères, Hubert Védrine - Un partenariat pour l'avenir - commandé par le ministre l'Economie et des Finances, Pierre Moscovici. En dix ans, la part des Chinois sur ces marchés est passée de 2 à 10 % et celle des Français de 10 à 2. Un vrai système de vases communicants. Les entreprises françaises, en dehors de certains groupes, sont largement sous la pression des pays émergents. Ce qui reste d'unique à la France sur ce continent, c’est son armée, ses bases militaires, pour jouer d'une diplomatie d’influence, même aussi fatiguée que son matériel. Pour freiner la décroissance française, François Hollande tente aujourd'hui d'utiliser cette présence militaire pour relancer une France-Afrique décomplexée à la recherche des contrats…

    RFI : Le terrorisme sera évoqué lors de ce sommet. Le Mali a vécu progressivement, au moins dans les dix dernières années, une corruption des élites, un délitement de l’Etat, toutes choses qui ont favorisé, encouragé, les trafics et fait le lit du terrorisme. La France aurait-elle pu prendre ses distances avec le régime défectueux ?
    A. G. :
    Il est certain que la France ne peut pas dire «on est en première ligne pour aider les pays africains qui sont devenus des Etats faillis» sans remettre en question - ce qu’elle n’a pas encore fait - le bilan d’un peu plus de cinquante ans de coopération en Afrique, ainsi que des relations, pas toujours transparentes, avec des dirigeants africains. Elle devrait s’interroger et évaluer sa coopération militaire, en particulier l'opération RECAMP (Renforcement des capacités africaines de maintien de la paix). A quoi a-t-elle servi ? Au Mali comme en Centrafrique, les armées régionales, celles de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et de la Communauté économique des États de l'Afrique centrale (CEEAC) ne sont pas, à l'évidence, prêtes à prendre le relais.

    RFI : A l’époque, la France s’était mise sous la bannière de l’Union européenne. Une sorte de partenariat avec l’Union africaine, notamment avec les Forces africaines en attente, d’ailleurs attendues désespérément.
    A. G. :
    Oui, mais c’est un habillage. Quand on lit les rapports des militaires français, on voit bien que ces forces n’ont pas les moyens : pas d’hélicos, rien. Du coup, la France est montée en première ligne en janvier, dans l’urgence, parce que les jihadistes allaient descendre sur Bamako, comme il a été dit. Reste que la France s’est largement substituée à des forces ouest-africaines, sous-équipées, qui n’arrivaient pas à se mobiliser et à se coordonner. Et qu’en dehors des 2 000 soldats du Tchad qui étaient aguerris, et quelque 500 Nigériens, il n’y avait pas grand monde, au front. C’est le même scénario qui s'est reproduit avec la Fomac, la Force multinationale d'Afrique centrale, supposée stabiliser la crise centrafricaine. Que ce soit la force Licorne, l’opération Serval ou Sangaris, la France, même sous mandat des Nations unies, conserve un commandement autonome.

    RFI : Qui doit décider d’intervenir militairement en cas de risque majeur : le bilatéral ou le multilatéral ?
    A. G. :
    Ce sont les Nations unies, mais en réalité, c’est la France qui est à la manœuvre, sur le plan diplomatique et sur le plan militaire. C’est elle qui propose des résolutions qui sont discutées entre diplomates. Une diplomatie de couloir. A une époque, les Français disaient aux Anglais : « Votez notre résolution sur la Côte d’Ivoire contre Laurent Gbagbo et on n’invitera plus Robert Mugabe dans nos sommets »

    Quelles alliances lors de ce sommet ?

    RFI : Que pensez-vous de la notion d’«arc de crise» au Sahel, de Nouakchott à Mogadiscio, avancée par les spécialistes de la sécurité et qui aurait conduit à intervenir au Mali. Cela ne laisse-t-il pas la porte ouverte à beaucoup d’interventions ? La menace terroriste était-elle réelle?
    AG. :
    Il y a des jihadistes, c’est évident. On voit le passage de l’islam tolérant à l’islam politique, radical, internationaliste et terroriste. C’est une réalité. On le voit au nord du Nigeria… Il y a une radicalisation religieuse sur ce continent due à l'effondrement institutionnel de certains Etats. Une puissance montante des évangélistes d'un côté et des associations de bienfaisance islamiques, de l'autre, qu’elles soient d’Arabie saoudite ou du Qatar... Il y a de profonds changements en Afrique, une radicalisation, un arc de cercle. Mais est-ce à la France de « jouer les pompiers » sur l’ensemble du continent ?

    RFI : Y a-t-il, à l’occasion de ce sommet, de grandes alliances, indispensables pour résoudre ces crises du continent ?
    A. G. :
    Pour des raisons venant des uns et des autres, il n’y en a pas. Ni le roi du Maroc, ni Abdelaziz Bouteflika ne seront là. Il y aura le premier ministre tunisien, le premier ministre de Lybie. Ces pays sont en première ligne, ce sont les voisins de pays en crise comme le Mali. S’il n’y avait pas l’affaire du Sahara occidental, la lutte anti-terroriste se traduirait par une coopération de l’Algérie et du Maroc avec les pays de la région.

    RFI : Sauf que le Cémoc, ce comité d’état-major opérationnel conjoint qui comprenait entre autres l’Algérie et la Mauritanie, avait du mal à s’entendre avec la Cédéao.
    A. G. :
    Oui, donc, effectivement, la France intervient. On parle de cette fameuse communauté internationale, mais tout est régionalisé. Au niveau de l’Europe, les voisins considèrent qu’ils n’ont pas à intervenir sur le continent africain, et ils n’interviennent pas. Et les grands pays du continent qui sont censés tirer l’Union africaine et préparer la formation de cette fameuse brigade d’intervention panafricaine, sont aux abonnés absents, occupés par leurs problèmes domestiques.

    RFI : Que défend la diplomatie sud-africaine lors de ce sommet ?
    A. G. :
    Le président Jacob Zuma avait été extrêmement hostile à l’intervention de la France en Lybie et son prédécesseur (Thabo Mbeki, ndlr) à l’intervention de la force Licorne en Côte d’Ivoire. La présence du président sud-africain à Paris aurait donné une sorte de validité à la rhétorique française : la France n’était pas là en tête à tête avec l’Afrique, mais soutient les relations entre pays africains pour constituer une architecture de stabilité et de paix. Le récent voyage de François Hollande en Afrique du Sud, malgré quelques contrats, allait dans ce sens : valider ce sommet non pas comme un sommet France-Afrique mais bien Afrique-France.

    RFI : Concernant l’intervention en RCA, la prestation précédente des troupes sud africaines, qui a laissé des traces cuisantes, va-t-elle jouer dans la répartition des futures troupes africaines ?
    A. G. :
    L’Afrique du Sud a ses problèmes. Quand elle a essayé d’intervenir dans des opérations de maintien de la paix, hors de son arc de cercle de l’Afrique australe, cela n’a pas abouti, en dehors de Madagascar, avec l’ex-président Marc Ravalomanana, en exil chez elle. Mais la prestation des militaires sud-africains en Centrafrique, avec la Séléka, a profondément meurtri les Sud-Africains. Et posé problème à François Bozizé et à son grand protecteur dans la région, le président Idriss Déby du Tchad, qui l’avait aidé à arriver pouvoir. Un accord quasi secret entre François Bozizé et une garde sud-africaine… Ce n’est donc pas les Sud-Africains, après ces mauvaises expériences, qui vont être à l’avant-garde d’opérations de maintien de la paix.

    RFI : Quel est l’enjeu de ce sommet ? De quoi va-t-il accoucher ?
    A. G. :
    Dans la première mouture du projet de ce sommet, il n'était question que de la France des droits de l’homme, celle qui mobilise le monde entier sur ce « pauvre » continent africain. Un discours très sécuritaire, très humanitaire, en dissonance avec celui des pays émergents comme la Chine, le Brésil, la Turquie, l’Inde… Ce « pauvre » continent est en fait très riche, même si les Africains sont pauvres. Dans un deuxième temps, ce sommet de « paix et de sécurité » a été complété par un Forum économique avec une prise de conscience que la France avait encore une vision anachronique de l'Afrique et dans une relation encore compassionnelle et paternaliste. Va-t-il en sortir une France-Afrique décomplexée défendant ses marchés pour compenser son investissement sécuritaire ? Laissons retomber les flonflons de la fête et les bulles des discours avant de juger.

    Propos recueillis par Antoinette Delafin
     

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