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    La disgrâce du colonel Ntsourou

    media Le colonel Marcel Ntsourou a été arrêté lundi 16 décembre à son domicile de Brazzaville. DR

    C’est la descente aux enfers d’un ancien proche du président Sassou Nguesso. Le colonel Marcel Ntsourou a été arrêté lundi 16 décembre à son domicile de Brazzaville. Son interpellation a été l'épilogue d’une quasi journée de siège autour de sa maison par les forces armées. Des combats entre militaires et une centaine de fidèles armés du colonel retranchés dans le bâtiment ont fait au moins 22 morts de source hospitalière... Les explications de Sébastien Nemeth, dans l’émission Appels sur l’Actualité de Juan Gomez.

    La disgrâce du colonel Ntsourou ne date pas d'hier. Mais pour la comprendre il faut remonter aux années sombres du Congo-Brazzaville. Celles de la guerre civile. En 1997, Marcel Ntsourou combat aux côtés des milices Cobra de Denis Sassou-Nguesso. Face à eux notamment, les troupes du président en place, Pascal Lissouba, et sa milice Zoulou.

    Le colonel Ntsourou jouit d'un statut de militaire « académique », puisqu'il a suivi une formation, notamment dans les pays de l'ex-Union soviétique. Sur le terrain congolais, « il joue un rôle-clé dans le camp Sassou-Nguesso », indique un connaisseur du pays. Avec ses hommes il se distingue par exemple dans la bataille de Brazzaville, entre juin et octobre 1997. Il participe également à la prise de Pointe-Noire, poumon économique du pays, dont il s'autoproclame gouverneur civil et militaire.

    Le 16 octobre 1997, Denis Sassou-Nguesso sort victorieux du conflit. « Comme il avait participé activement à ce succès, Marcel Ntsourou espérait une récompense pour ses faits d'armes », se rappelle l'un de ses proches. L'officier compte donc sur une promotion, il attend que le nouvel homme fort du pays le nomme général. Mais rien n'arrive. Il n'obtiendra jamais ce grade qu'il convoite. « Il a été très déçu et il en a gardé une certaine rancoeur envers le nouveau président Denis Sassou-Nguesso », explique l'un de ses proches. Il obtient toutefois de hautes fonctions puisqu'il est nommé directeur des renseignements militaires. « Sans véritable commandemant de troupes sur le terrain », estime un proche.

    L'affaire du Beach

    Marcel Ntsourou est à ce poste lorsqu'éclate l'affaire du Beach. En avril 1999, dans un souci d'apaisement au sortir de la guerre, Denis Sassou-Nguesso annonce la réconciliation nationale. Il signe des accords avec la République démocratique du Congo et le Haut Commissariat des Nations unies aux réfugiés pour le retour de milliers de personnes qui avaient fui le conflit en se mettant à l'abri à Kinshasa. Ces réfugiés rentrent notamment en empruntant la navette fluviale qui traverse le fleuve Congo pour rejoindre le « beach », le site du port de Brazzaville. Or dans le lot, quelque 350 personnes disparaissent début mai 1999.

    Certains soupçonnent le nouveau pouvoir d'avoir trié les arrivants en mettant à part les opposants présumés et en les éliminant. Or, lors de ces événements, Marcel Ntsourou est tout de même très haut dans la hiérarchie des services secrets.

    Durant la suite de sa carrière, il devient le numéro deux du Conseil national de sécurité. Il est passé sous les ordres du contre-amiral Jean-Dominique Okemba, le neveu du chef de l'Etat. « Il s'agit d'une nouvelle source d'amertume pour le colonel Ntsourou. Non seulement il n'est pas nommé général, mais il se retrouve sous les ordres d'un membre de la famille du président », indique une personnalité politique congolaise. Nouvelle déception, nouvelle rancœur pour l'officier.

    Puis survient l'affaire de Mpila. Ce jour-là, un dépôt de munitions explose dans ce camp militaire situé en plein Brazzaville. On compte plus de 300 morts. La thèse de l'attentat est avancée et des militaires sont arrêtés.

    Condamné dans l’affaire Mpila

    Après plusieurs mois d'enquête, puis un procès, le verdict tombe le 9 septembre dernier. 26 des inculpés sont relaxés, mais certains sont condamnés. Le principal accusé, le caporal Blood Kakome Kouvack, soupçonné d’avoir mis volontairement le feu au camp, écope de quinze ans de travaux forcés. Le directeur général de l’équipement des forces armées congolaises, le colonel Germain Ickonga-Akindou, coupable de détournement de fonds publics destinés à la construction de soutes à munitions, est condamné à cinq ans de réclusion. Trois autres accusés, tous des militaires, écopent de deux ans d’emprisonnement ferme et d'une amende de 200 000 francs CFA chacun.

    Marcel Ntsourou, lui, est le plus haut gradé parmi les accusés. Dans cette affaire, il est accusé de tentative présumée de complot, et il risque gros. « Nous sentions bien que les autorités voulaient l'écarter, qu'il était devenu gênant. Mais les preuves contre lui ne tenaient pas. Même les juges n'ont pas pu l'enfermer. Toutefois, ils ont quand même dû le punir, pour obéir aux ordres », se rappelle un connaisseur du dossier.

    Le procureur réclame l’acquittement pour le colonel. Finalement, il écope de cinq ans de travaux forcés avec sursis, pour complicité d'incendie involontaire et détention illégale d'armes de guerre. Il sort donc libre du tribunal. Mais ce procès aurait profondément marqué l'officier. L'affaire de Mpila c'est un peu « l'affaire de trop », expliquent certains. « Marcel Ntsourou n'a rien d'un ange. Mais il est sorti marqué par ce procès », explique un proche.

    A-t-il été poussé par la rancœur ? A-t-il voulu se venger du pouvoir pour l'avoir mis en cause ? Difficile à dire, en tout cas Marcel Ntsourou se met à parler. Sur RFI, le 20 septembre, il explique que Mpila est un accident, et qu'il sert de bouc émissaire pour couvrir la négligence de hauts responsables. Il déclare aussi savoir des choses sur l'affaire du Beach. « Il sait forcément ce qui a conduit à la disparition de ces gens. Il avait un poste à responsabilités, il avait au moins accès à des rapports », commente un connaisseur du dossier.

    Mais dans ses déclarations, le colonel va plus loin. Il se dit prêt à témoigner devant la justice française. Car en effet, depuis 2007, l'affaire est relancée... en France. En janvier 2007, la Cour de cassation a décidé d'autoriser l'ouverture d'une enquête, arguant que l'un des accusés, en l’occurrence le général Norbert Dabira, conseiller militaire du président Sassou-Nguesso au moment des faits, était propriétaire d'une résidence sur le sol français.

    « Il était l’homme à abattre »

    Après ces déclarations, le colonel Ntsourou se serait senti menacé par le pouvoir. « En menaçant de révéler des secrets d'Etat, Marcel Ntsourou est devenu l'homme à abattre pour le président Sassou-Nguesso. L'affaire du Beach c'est un peu une boîte de Pandore au Congo-Brazzaville », explique un homme politique.

    Ces menaces contre lui sont-elles vraies ? En tout cas, Marcel Ntsourou aurait alors craint d'être arrêté et aurait commencé à rassemblé ses fidèles. Dans l'entourage du colonel, personne ne conteste que l'officier avait rassemblé des hommes armés à son domicile. Une centaine selon plusieurs sources. « Chaque camp voulait pousser l'autre à la faute », confie un opposant.

    Et finalement, c'est l'étincelle. De source officielle, dimanche 15 décembre, un accrochage éclate entre une patrouille qui sécurisait la ville à l'occasion des fêtes de fin d'année, et des hommes armés dans le quartier du Plateau des 15 ans, à Brazzaville. La police congolaise explique qu'une enquête est ouverte, recueille des témoignages indiquant que le véhicule adverse et les assaillants eux-mêmes sont repérés au domicile de Marcel Ntsourou, situé dans le centre-ville de la capitale.

    Le procureur de la République est saisi pour une perquisition. « Une fois sur place, à leur grande surprise, les officiers de police judiciaire sont visés par des tirs. Certains tombent ! Il y a des morts ! La police riposte. Des armes lourdes sont utilisées contre elles et une contre-attaque est organisée, détaille le ministre congolais de la Communication Bienvenu Okiémy. Nous étions à ce moment-là, en face d'une rébellion ».

    « Cette riposte était complètement disproportionnée, avec des hélicoptères, des chars », répond l'avocat du colonel, maître Hervé Ambroise Malonga. Les combats entre les deux camps font 22 morts de source hospitalière, et l'officier est finalement arrêté. « Son avenir juridique me paraît sérieusement compromis », indique le ministre Okiémy.

    Secrets d’Etat

    Mais certains pensent que la fusillade de dimanche, source des combats du lendemain, n'était qu'un coup monté du pouvoir. « La justice cherche à le faire taire pour qu'il ne révèle pas ses secrets, notamment dans l'affaire du Beach », explique une source. « Mais de qui se moque-t-on ?, rétorque le ministre de la Communication. Dans le procès du Beach qui s'est tenu dans notre pays, Marcel Ntsourou avait été entendu par le juge, et à aucun moment il n'a dit qu'il connaissait la vérité ! Et voilà que subitement, des années après, ce monsieur sort du bois pour dire qu'il a des informations à donner à une justice étrangère. Mais c'est une insulte aux victimes ! ».

    Un opposant congolais voit aussi un autre message dans cette affaire. « Cet assaut sur la maison de Ntsourou est un avertissement du président Sassou-Nguesso. Il veut montrer ce qu'il en coûte à tous ceux qui tentent de se dresser contre lui », explique-t-il.

    Mais les autorités nient tout règlement de compte, tout caractère politique à ces événements. « Les affaire du Beach, de Mpila et celle d'aujourd'hui sont liées entre elles uniquement parce que Marcel Ntsourou apparaît dans tous ces événements. Force doit rester à la loi, force doit rester à la République », conclut le ministre Bienvenu Okiémy.

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