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    Dany Laferrière, académicien à la verve fleurie

    media Dany Laferrière, le nouvel Immortel. Dany Laferièrre©

    Le romancier canadien d’origine haïtienne Dany Laferrière a été élu le 12 décembre à l’Académie française, au fauteuil occupé autrefois par Montesquieu et Dumas fils. Retour sur le parcours et l’œuvre du nouvel immortel venu des Tropiques.

    Avec l’élection de Dany Laferrière sous la Coupole, c’est Haïti profonde qui entre à l’Académie française. La vénérable institution bientôt quinqacentenaire accueillera désormais les bruits et les odeurs de Port-au-Prince populaire, mais aussi le souffle de Petit-Goâve, jolie petite ville de province haïtienne coincée entre des collines déboisées et la mer turquoise, où le nouvel immortel a grandi.

    Une enfance digne et belle

    Dans son livre d’entretiens avec Bernard Magnier (J’écris comme je vis, éd. La Passe du vent, 2000), Laferrière a raconté combien les années d’enfance et d’adolescence passées dans cette province haïtienne désargentée, mais digne et belle, ont été formatrices pour lui. Elles ont surtout été, grâce à ses lectures de l’époque, à l’origine de son œuvre littéraire où la nostalgie du pays natal se mêle aux tumultes du monde, une œuvre qui vaut aujourd’hui à l’Haïtien l’honneur de siéger dans le cénacle du quai Conti où se réunissent quelques-uns des plus grands esprits de France et de Navarre.

    L’Académie française s’honore à son tour en ouvrant ses portes à des non nationaux. L’Haïtien ne sera pas le premier étranger à siéger sous la Coupole. Il y a eu avant lui Marguerite Yourcenar, Léopold Sédar Senghor et Amin Maalouf, qui ont tous beaucoup fait pour faire briller la langue française au-delà de son périmètre national devenu quelque peu exigu en cette ère des frontières ouvertes. Les livres du nouvel académicien et leur grand retentissement à travers le monde témoignent de la mondialisation de la langue française.

    Partir

    L’œuvre de Laferrière, composée d’une vingtaine d’ouvrages, de récits, de romans, de chroniques, de poèmes et de livres pour la jeunesse, a pour principal moteur l’exil. Fils d’un ancien opposant au régime duvaliériste, le futur romancier dut quitter son île natale à l’âge de 23 ans. Depuis, il a partagé sa vie entre Montréal, Miami et Paris. Il a raconté lors d’un entretien récent que s’il s’est retrouvé à Montréal, c’est parce que quelqu’un qu’il connaissait à peine avait lu dans un journal qu’il était en danger et lui a envoyé un billet d’avion et une invitation à venir vivre au Québec. Aujourd’hui, il possède la nationalité canadienne et participe activement à la vie intellectuelle de son pays d’adoption où le multiculturalisme n’est pas un vain mot.

    C’est aussi à Montréal que Laferrière a publié en 1985 son premier roman : Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer. Ce récit au titre provocateur, à mi-chemin entre l’autobiographie et la critique sociale du Canada, a permis à l’écrivain de s’imposer dans le monde littéraire. Sa verve caustique et distanciée qui puise son inspiration à la fois dans l’univers d’une enfance caribéenne mythifiée et dans son vécu d’exilé noir, de « minorité raciale dans un pays développé », a fait son succès. L’auteur lui-même a départagé ses livres entre le cycle haïtien dominé par les souvenirs d’enfance et de la vie sous la dictature et ce qu’il appelle son « autobiographie américaine ». L’évocation du monde rêvé alterne avec le monde réel où l’auteur se réinvente pour continuer le combat contre cette fois la dictature des images et des clichés.

    Dany Laferièrre©

    Revenir

    Avec son dix-neuvième roman L’Enigme du retour, prix Médicis 2009, qui raconte le retour au pays du romancier après trente-trois ans d’absence, Dany Laferrière s’est lancé dans un nouveau cycle dont le centre n’est plus ni Haïti ni l’Amérique, mais le pays intérieur fait de bribes d’enfance et d’expérience, où on revient, le cœur apaisé, au terme d’une vie de combats. Les nouveaux titres que le romancier canado-haïtien ont fait paraître depuis, à l’exception de son récit consacré au tremblement de terre tragique de 2010 (Tout bouge autour de moi, 2010), participent de cette double logique d’achèvement et de recherche de nouveaux horizons. Son dernier titre Journal d’un écrivain en pyjama ne déroge pas à la règle, tout en maintenant ce ton de désinvolture devenu la marque de fabrique de l’écriture « laferriérienne », comme en témoigne le titre de l’ouvrage.

    Pourquoi « journal » ? L’auteur s’en est expliqué. Insomniaque, il se réveille tous les matins à 3 heures et note ses pensées. Titrées, les 182 entrées que compte le livre se présentent comme des chroniques. Ce sont plutôt des réflexions sur l’écriture, à mi-chemin entre L’Art poétique à la Verlaine et Lettres à un jeune poète de l’Autrichien Rainer Maria Rilke. Elles ont un côté pédagogique car elles s’adressent à des jeunes qui interpellent le romancier régulièrement en lui demandant des conseils sur tels ou tels aspects de l’écriture. « Le prétexte était, déclare Laferrière, de donner quelques conseils à mon neveu qui voudrait devenir un écrivain "sans trop souffrir" ».

    Les sujets vont de la page blanche au narrateur, en passant par l’utilisation des adjectifs, la vraisemblance, le style, les influences et ainsi de suite. Ces leçons d’écriture n’évitent pas toujours le piège des clichés et du ton sentencieux, mais constituent dans l’ensemble une mine d’érudition et de perspicacités littéraires.

    En voici quelques exemples :

    - « J’imagine toujours le livre comme du pain. Et la maison d’édition comme une boulangerie où on travaille de nuit afin de livrer au matin du bon pain chaud qui nourrira l’esprit au quotidien. L’écrivain doit fournir la farine… »

    - « On écrit dans la pénombre d’une petite chambre avec une fenêtre qui donne sur la vie. »

    - « Moins vous faites de la littérature, plus vous êtes dans l’écriture. Il faut écrire au plus près de soi, c’est la seule façon d’être original. »

    - « Pourquoi se sent-on si proche, ce soir, de ce poète mort depuis si longtemps ? Si la poésie fascine encore c’est parce qu’elle annule le temps. »

    Enfin, un dernier conseil que tout écrivain en herbe devrait méditer :

    - « On a commencé par lire avant d’écrire. Tout lecteur n’est pas obligé d’écrire. Tout lecteur n’est pas obligé d’écrire. Mais tout écrivain est d’abord un lecteur. (…) Borges raconte qu’un jour il est entré dans la bibliothèque de son père et n’en est plus jamais ressorti. »

    Il faudrait citer les 300 pages de ce merveilleux Journal qui est une fête quasi-perpétuelle, de la première page jusqu’à la dernière. Si la conversation de son auteur est aussi enthousiasmante que sa prose écrite (ce qui semble être le cas), les immortels n’auront plus peur de s’ennuyer les jeudi, lors de leur rencontre hebdomadaire !

    *Journal d’un écrivain en pyjama, par Dany Laferrière. Grasset, 316 page, 19 euros.

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