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    Afrique

    Les clés pour comprendre la crise sud-soudanaise

    media Le président du Soudan du Sud, Salva Kiir, à Paris, le 6 décembre 2013. RFI/Pierre René-Worms

    Depuis qu’il est devenu un Etat indépendant le 9 juillet 2011, le Soudan du Sud (officiellement la République du Soudan du Sud), doit affronter des différends non seulement avec son voisin du Nord, où dominent les Arabes musulmans, mais il doit aussi faire face à des conflits inter-ethniques. Les événements de ces derniers jours entre les deux tribus les plus importantes numériquement font craindre une crise majeure dans le pays. Le président Salva Kiir (un Dinka) a, le 15 décembre, accusé le vice-président Riek Machar (un Nuer), limogé en juillet, d’une tentative de coup d’Etat. Les Nations unies estiment à quelque 500 le nombre de tués dans les violences entre factions rivales, en 3 jours, et rien que dans la capitale. L’armée a reconnu ce 19 décembre avoir perdu le contrôle de Bor, dans le nord du pays.

    Des conflits inter-ethniques récurrents

    •  Entre Ngok Dinkas et Misseriyas (nomades arabes) dans la région d’Abyei, où un référendum doit se tenir pour déterminer si le territoire passe sous l’autorité de Juba ou de Khartoum.
    • Entre Lou Nuer et Murle : les violences ont fait plus de 600 morts le 18 août 2011 dans l’Etat de Jonglei, d’après l’ONU. Déjà en 2010, des observateurs de la situation au Soudan du Sud exprimaient leurs craintes d’une tuerie à grande échelle ou même d’un génocide après que l’« Armée blanche Nuer » ait promis d’exterminer la tribu des Murle.
    • Mais ce sont les violences qui ont débuté dimanche à Juba, et qui se sont étendues depuis à d’autres régions, qui suscitent les craintes d’un embrasement entre Dinkas (entre 10% et 25% de la population) et Nuers (entre 5% et 10% selon les estimations).

    Qui sont les Dinkas et les Nuers ?

    • Les histoires relatant l’animosité entre les deux tribus remontent à assez loin. Sur le site South Sudan Nation.com on retrouve l’histoire de l’équipage d’un navire égyptien à la recherche de la source du Nil blanc en 1839 tirant sur des riverains Nuer, après qu’un soldat Dinka à bord les ait trompés sur leurs intentions à leur égard (selon l’auteur Stephen Pajok Kong, le 25 octobre 2012).
    • Mais, plus récemment, c’est le fait que Riek Machar ait, en 1997, signé un accord avec le président Omar el-Béchir, alors en guerre contre le SPLM (The Sudan People's Liberation Movement) et sa branche armée, le SPLA (des rebelles sudistes menés par John Garang, le charismatique chef Dinka), qui a fait des Nuer les victimes de représailles. D’autant plus que de nombreuses milices Nuer ont combattu du côté des nordistes. Cependant, le cessez-le-feu de 2004 entre Khartoum et les rebelles sudistes, puis l’accord de paix d’Addis-Abeba un an plus tard devaient mettre fin aux hostilités entre les deux tribus.
    • Le spectre de violences entre Dinkas et Nuers était brièvement réapparu en juillet de cette année lorsque Salva Kiir a limogé son Premier ministre, Riek Machar, et le gouvernement. Si des voix se sont alors – et depuis – élevées pour critiquer « l’autoritarisme » du président, Riek Machar s’était gardé de lancer une campagne contre son rival.
    • Plutôt que de voir les violences de ces derniers jours en termes d’affrontement entre Dinkas et Nuers, on peut faire un certain rapprochement entre le cas de George Athor et celui de Riek Machar. Le général Athor , qui avait rejoint la SPLA en 1983, était entré en rébellion en 2010 en fondant son propre mouvement, le South Sudan Democratic Movement et son aile armée, le South Sudan Democratic Army. Et cela, après avoir échoué à gagner les élections pour être gouverneur de Jonglei cette année-là.

    Nationalisme contre tribalisme

    • Les blogs et sites internet où s’expriment des Sud-Soudanais reflètent les préoccupations ressenties par beaucoup d’entre eux au sujet de l’impact du tribalisme dans leur pays.
    • Des chefs d’Etat africains ont récemment lancé des avertissements face aux nombres d’incidents à caractère tribal. Le président ougandais Yoweri Museveni, lors des cérémonies organisées à Juba en juillet pour le deuxième anniversaire de l’indépendance, a appelé les Sud-Soudanais à combattre le tribalisme. Il a notamment cité un proverbe africain pour illustrer son propos : « Des espaces entre les dents ne permettent pas de bien mâcher la viande », une allusion aux tensions entre Salva Kiir er Riek Machar. En octobre, c’était au tour de Thabo Mbeki, l’ex-président sud-africain. S’adressant au Synode des évêques anglicans à Benoni, en Afrique du Sud, l’ancien médiateur de l’Union africaine dans les pourparlers de paix entre les deux Soudans a averti que le chancre du tribalisme qui menaçait le Soudan du Sud devait à tout prix être évité dans son propre pays.
    • Un haut-fonctionnaire du ministère du Commerce et de l’industrie a souligné, voici peu, le rôle des médias dans la propagation des tensions tribalistes.
    • La Conférence des évêques catholiques du Soudan du Sud a aussi appelé cette année à l’unité et au rejet des haines tribales.
    • Déjà, peu de temps avant l’indépendance, le tribalisme figurait en tête des menaces pesant sur le pays, devant l’insécurité, la corruption et le sous-développement (étude du National Democratic Institute, dans les dix états du Soudan du Sud, effectuée en mars et avril 2011).
    • Pour beaucoup, la solution c’est le nationalisme, le ciment qui depuis la première rébellion contre le pouvoir nordiste et arabe en 1955 a permis à tant de groupes disparates (le pays compte quelque 60 langues vernaculaires) de ressentir une certaine unité. Une fois l’indépendance conquise, ils regrettent de voir ce lien se déliter au profit de rivalités inter-tribales.

    Lutte pour le pouvoir

    L’ambassadeur de France à l’ONU, Gérard Araud, a déclaré cette semaine que les deux groupes les plus importants numériquement, à savoir les Dinkas et les Nuers risquaient de s’engager dans « une guerre civile totale ».

    Mais un spécialiste des questions de sécurité proche de l’armée sud-soudanaise cité par le journal en ligne Kenya Today (17 décembre 2013) affirme que l’éruption de violence du week-end dernier était un « accident reposant sur la paranoïa et les rumeurs ».

    Les risques d’une guerre civile à caractère ethnique demeureraient improbables, d’après bien des observateurs. D’abord, parce que Riek Machar ne semble pas bénéficier d’assez de soutien dans l’armée. D’autre part, les querelles suivies d’une réconciliation sont chose courante entre les deux hommes, ce que semble illustrer l’annonce faite par le président mercredi disant qu’il était prêt à rencontrer son rival.

    Pour Harry Verhoeven, de l’université d’Oxford et spécialiste des Soudans, il s’agit d’un cas de ce qu’il appelle la « politique post-libération », une lutte pour le pouvoir et les richesses qu’il apporte. Et dans ce genre de combat, a-t-il expliqué à RFI, la violence est une option stratégique parmi d’autres.

    Chronologie et chiffres clés
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