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    «Things fall apart», le chef d'œuvre de Chinua Achebe de nouveau en français

    media L'écrivain nigérian Chinua Achebe est décédé à l'age de 83 ans REUTERS/Mike Hutchings/Files

    Les éditions Actes Sud ont eu la très riche idée de rééditer cet automne dans une nouvelle traduction Tout s’effondre, le grand roman du regretté Chinua Achebe.Actes Sud publient aussi un recueil d’essais du grand romancier, joliment intitulé Education d’un enfant protégé par la couronne. Des lectures incontournables pour tous ceux qui seraient tentés de penser que l’Afrique n’est pas entrée dans l’histoire !

    Le Nigérian Chinua Achebe qui s’est éteint le 21 mars 2013, à 83 ans, est considéré dans le monde anglophone comme le « père du roman africain ». Il s’est fait connaître en 1958 en publiant son magistral premier roman Things fall apart, devenu un grand classique des lettres mondiales et une inspiration pour les romanciers du Nigeria et d’ailleurs.

    Le déclin et la chute de l’Afrique précoloniale

    Depuis, l’écrivain avait publié quatre autres romans, des recueils de nouvelles, des essais, des poèmes, mais dans le monde entier son nom reste associé à son premier roman qui a été traduit dans toutes les grandes langues et s’est vendu à plus de 10 millions d’exemplaires. A la fois roman historique et récit de critique sociale et politique, ce livre raconte le déclin et la chute de l’Afrique précoloniale sous la pression impérialiste occidentale. Ce qui a fait le succès mondial de ce livre, c’est sans doute la capacité de son auteur à transformer la tragédie africaine en une métaphore universelle du flux et du reflux de l’Histoire avec un grand « H ».

    Traduit en français par les éditions Présence africaine en 1966 et intitulé Le Monde s’effondre en référence au superbe poème de W.B. Yeats auquel l’auteur avait emprunté son titre, le roman d’Achebe n’avait pas été réédité depuis en France et il était devenu très difficile d’en trouver même un exemplaire d’occasion. L’ouvrage vient donc enfin d’être réédité par Actes Sud. Son nouveau titre Tout s’effondre n’est pas très heureux, mais le livre a le mérite d’exister et d’être enfin accessible pour les lecteurs francophones qui ont été longtemps frustrés de ne pouvoir lire dans leur langue ce grand chef-d’œuvre de la littérature mondiale.

    Les éditions Actes Sud publient parallèlement un autre ouvrage du même auteur : Education d’un enfant protégé par la couronne, recueil d’essais composé de seize articles récents ou conférences prononcées par Chinua Achebe entre 1980 et 2000. Ces essais traitent de thèmes chers à l’auteur de Tout s’effondre : ils vont du colonialisme à la naissance et l’épanouissement d’une littérature africaine dans des langues occidentales, en passant par « l’image ternie de l’Afrique », la vie politique au Nigeria et l’engagement dans la littérature.

    Le recueil tire son titre de la mention que portait le passeport délivré à l’auteur dans les années 1950. Chinua Achebe, qui est né et a grandi dans le Nigeria colonial, n’était pas un citoyen à part entière de son pays avant son indépendance en 1960. Il était un sujet de la monarchie britannique, « un individu protégé par la Couronne », selon la formule consacrée. Cette formule correspondait à un statut kafkaïen et humiliant car, en réalité, il ne protégeait pas l’individu en question contre la haine et la stupidité, comme Achebe dût s’en rendre compte rapidement, lors de son voyage dans la Rhodésie raciste (l’actuel Zimbabwe) dans les années 1960.

    Il faut lire ce recueil car les textes qui le composent proposent un aperçu très complet du parcours intellectuel de l'un des esprits africains les plus marquants de ces dernières décennies. Chinua Achebe n’était pas seulement romancier, il fut aussi enseignant, journaliste, éditeur. Il a vécu au Nigeria, mais aussi en Angleterre où il a fait ses études. Dans la dernière partie de sa vie, il s’est installé aux Etats-Unis, suite à l’accident de voiture survenu en 1990 et qui l’a laissé paralysé. Dans les essais qui viennent de paraître, il revient sur ses voyages, ses rencontres (Langston Hughes, James Baldwin, Ngugi wa Thiong’o, pour n’en citer que ceux-là) et les idées qui l’ont obsédé pendant toute sa vie et auxquelles il a tenté de donner corps à travers ses écrits.

    Réhabiliter l’image de l’Afrique

    La grande idée qui traverse toute l’œuvre de Chinua Achebe, c’est sans doute l’idée de la mission de l’intellectuel africain. L’homme était convaincu que les écrivains africains avaient pour mission de réhabiliter l’image de l’Afrique, ternie par la colonisation et les clichés qu’une certaine littérature coloniale a véhiculés pendant des décennies.

    Achebe s’en est pris violemment dès 1970 à des auteurs comme Josef Conrad qui ont popularisé, leur prestige aidant, l’idée de l’Afrique comme étant le « cœur des ténèbres ». « L’ironie de l’Histoire veut que, écrit-il dans le dernier texte du recueil d’essais récemment paru, l’Afrique, dont la terre est plus proche que toutes les autres du continent européen, a fini par représenter dans la psychologie européenne le comble de l’altérité, et pour dire l’antithèse même de l’Europe ».

    Pour contrer ce qu’il appelle « les stéréotypes issus de la mythologie de l’oppression », il renvoie ses lecteurs à un dicton bantou : « Umuntu ngumuntu ngabantu », ce qui donne en français : « Un humain est humain à cause des autres humains ». « Notre humanité dépend de l’humanité de nos semblables, explique Achebe. Aucun individu, aucun groupe ne peut être humain tout seul. Nous nous élevons ensemble au-dessus de l’animal, ou pas du tout ».

    C’est sans doute parce que sa pensée se nourrit de cet humanisme solidaire bantoue que l’œuvre d’Achebe continue de nous parler.


    Trois questions à Bernard Magnier, responsable de la collection « Afriques » chez Actes Sud

    RFI : Pourquoi avoir retraduit Things fall apart de Chinua Achebe, alors que la version Présence Africaine existait déjà ?

    Bernard Magnier : Pour trois raisons principales : tout d’abord la volonté de faire (re)connaître dans le monde francophone cet écrivain majeur et ce livre capital dans l’histoire littéraire africaine, ensuite parce que son agent nous a proposé de rééditer son œuvre, enfin parce qu’il nous a paru important de retraduire ce titre, c’est-à-dire de faire avec une oeuvre africaine ce qui se fait couramment avec d’autres œuvres du monde. C’est, je crois, la première fois qu’un roman africain est retraduit ! Afin de marquer l’importance de l’écrivain et donner aussi un autre regard plus récent sur son oeuvre, nous avons souhaité publier conjointement, Education d’un enfant protégé par la Couronne, un recueil de textes écrits entre 1980 et 2000.

    Achebe est considéré comme le « père du roman africain ». Or en 1958, au moment où il écrit son premier roman, l'Afrique francophone possédait déjà un corpus romanesque riche et original.. Quelle influence Achebe a-t-il exercé sur les romanciers francophones ?

    En 1958, le corpus romanesque francophone africain n’était pas si abondant. Le roman d’Achebe fait date essentiellement dans le monde anglophone, sa première traduction française est parue en 1966.

    Things fall apart s'est vendu à dix millions d'exemplaires. Qu'est-ce qui a fait le succès de ce roman, en dehors du milieu académique et universitaire ?

    Sa force tient dans l’originalité de sa thématique : l’irruption du processus colonial dans la vie quotidienne d’un village nigérian qui n’est, pour autant, jamais décrite comme un monde absolument idyllique et sans travers. Le ton est juste, la démonstration implacable, et le roman reste un roman. En outre, plus que le monde francophone avec ses propres publications, le monde anglophone, puissamment relayé par les lecteurs américains, a fait que la vente de ce livre a atteint 10 (dix) millions d’exemplaires et, phénomène sans équivalent à ma connaissance pour un auteur vivant, le cinquantième anniversaire de la parution du livre y a été célébré ! C’est dire sa place et son importance.

    * Tout s’effondre, par Chinua Achebe. Traduit de l’anglais par Pierre Girard. Collection « Afriques », éditions Actes Sud, 238 pages, 21,80 euros.
    * Education d’un enfant protégé par la Couronne, par Chinua Achebe. Traduit de l’anglais par Pierre Girard. Collection « Afriques », édition Actes Sud, 208 pages, 21,80 euros.

    Chronologie et chiffres clés
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