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    Hebdo

    1914-1918 : le destin tragique des enrôlés volontaires antillais

    media Un récit qui entraîne le lecteur au cœur de la subjectivité créole. Mercure de France

    Le Martiniquais Raphaël Confiant consacre son dernier roman à la Première Guerre mondiale. Dans Le Bataillon créole, il raconte l’histoire de milliers de jeunes Antillo-Guyanais et autres Réunionnais, qui s’étaient enrôlés pour combattre les troupes allemandes. Peu sont revenus des fronts de la Grande Guerre. Mais les souvenirs de leurs exploits, comme leurs peurs et leurs angoisses que leurs proches ont relayées, continuent de hanter la mémoire collective martiniquaise. Une nouvelle aventure de la créolité sous la plume de son inventeur et penseur le plus ardent.

    Dans son nouveau roman, Le Bataillon créole, le Martiniquais Raphaël Confiant revisite la Grande Guerre dont nous commémorons cette année le centenaire. Il en évoque les bruits et la fureur, à travers la mémoire des colonisés antillais qui combattirent l’ennemi de la « mère patrie » dans la Somme et la Marne, à Verdun ou sur le front d’Orient. Avec les Guyanais et autres Réunionnais, ils faisaient partie des fameux régiments créoles qui furent en 1914 les premiers coloniaux à être intégrés à l’armée française en tant que soldats de plein exercice.

    Leur mémoire est restée vivace dans leurs pays d’origine, comme en témoignent les monuments érigés dès 1918 aux héros de la guerre dans toutes les petites et grandes communes des Antilles-Guyane, célébrant les faits d’armes de leurs héros locaux. Cette mémoire officielle est secondée par les anecdotes racontées encore aujourd’hui dans les familles antillaises pour se rappeler les sacrifices et le courage de leurs vaillants ancêtres. Confiant a puisé à pleines mains dans ces archives pour raconter la grande Histoire, tout en l’inscrivant avec talent et brio dans la petite histoire de la créolité dont l’écrivain reste avec son compère Patrick Chamoiseau un chroniqueur aussi fidèle qu’infatigable.

    Défense et illustration de la créolité

    Militant de la cause créole, Raphaël Confiant a placé l’ensemble de son œuvre littéraire sous le signe de la défense et l’illustration de l’imaginaire et l’écriture créoles. Un mouvement dont il a écrit, avec Chamoiseau et Bernabé, le premier manifeste, Eloge de la créolité (1989). Un ouvrage qui se veut à la fois théorique et « célébrationnel » de l’esthétique créole. Les premiers récits parus à la fin des années 1970 sous la plume de ce conteur hors pair étaient entièrement en créole.

    Raphaël Confiant dans les ruines de Saint-Pierre (Martinique) Mercure de France

    L’homme est aussi connu pour son œuvre en français. Son corpus francophone est composé d’une vingtaine de romans, de nouvelles mais aussi d’essais, dont le plus célèbre est sans doute son ouvrage critique sur Aimé Césaire, Une traversée paradoxale du siècle (1993). Dans ce livre, le jeune romancier s’en prend au patriarche des lettres antillaises, l’accusant d’avoir défendu dans son œuvre l’africanité et la francité des Antilles au détriment de sa créolité qui, selon l’auteur, constitue l’essence même de l’univers caribéen. Une essence dont la quête caractérise la fiction francophone de Confiant consacrée au thème de la créolisation résultant du métissage des différentes populations qui constituent le peuple martiniquais : les Noirs, les Blancs, les Indiens, les Chinois et les Syro-libanais.

    Théodore, Férule et autres Rémilien
     
    Le Bataillon créole est un nouvel épisode de la « comédie créole » que Confiant s’est donné pour mission de raconter. Ses protagonistes ont pour nom Théodore, Férule et autres Rémilien. Fils et petits-fils d’anciens esclaves libérés par la République, ils ont répondu à l’appel de la « mère-patrie » en danger, sans toutefois connaître ou comprendre les véritables enjeux de cette guerre qui opposait les puissances impériales et européennes. Devenus des pions dans un conflit qui ne les concernait pas directement, ils servirent de chair à canon, tout comme leurs frères d’armes, les tirailleurs sénégalais. Les livres d’histoire parlent de 20 000 combattants fournis par les anciennes colonies créoles, dont près d’un tiers perdirent leur vie sur les fronts où ils avaient été déployés. Ils moururent de blessures de guerre, mais aussi de maladies, de faim et de froid. Pour les Antillais, cette guerre fut aussi l’occasion de découvrir les faiblesses des Blancs qui régnaient alors sur quasiment l’ensemble du globe au nom de leur soi-disant supériorité « civilisationnelle ». « La baïonnette qui s’enfonce dans le corps blanc efface d’un trait des siècles d’agenouillement, d’humiliation », écrit le romancier. C’est le début de la fin du projet impérial.
    Malgré son soubassement historique, ce roman est tout sauf un roman historique. Mêlant, comme à son accoutumée, l’histoire et la fiction, Confiant a construit un récit polyphonique qui entraîne le lecteur au cœur de la subjectivité créole. C’est le prisme à travers lequel les parents des conscrits martiniquais racontent la guerre et ses effets dévastateurs sur leurs vies. Divisée en cinq cercles, représentatifs du temps circulaire et chaotique des mondes dominés, la narration ici relève autant de la parole mythique du quimboiseur (conteur) que du récit postmoderne de la mémoire brisée.
     

    Le Bataillon créole, par Raphaël Confiant. Paris, Mercure de France, 2013. 320 pages, 19,80 euros.

     

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