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    Hebdo

    Le retour à la terre de Frédéric Bruly Bouabré

    media Frédéric Brumy Bouabré enseignant l’alphabet bété chez lui à Marcory‐Anoumabo, un quartier d'Abidjan, en 1995. André Magnin Courtesy MAGNIN-A/Paris

    Frédéric Bruly Bouabré s'est éteint ce 28 janvier. L’Ivoirien, qui s'est révélé artiste après avoir eu une vision mystique, laisse derrière lui plus de soixante ans de créations. Parmi elles, le fameux alphabet bété. Frédéric Bruly Bouabré était bien plus qu’un simple artiste. Un homme d’ici et d’ailleurs, d’ici-bas et de l’au-delà…

    Frédéric Bruly Bouabré avait tout l’air du sage qui veille sous le baobab d’un village africain. Celui à qui rien n’échappe. Celui qui observe la vie se dérouler. « Il n’avait pas besoin de se déplacer pour archiver le monde », explique celui qui l’a fait connaître dans les milieux artistiques internationaux, le galeriste André Magnin.

    Frédéric Bruly Bouabré avait quelque chose de poétique, d’apaisant, de magique, dans le regard. Une magie qui a fait de lui ce qu’il est devenu. Cette magie s’est opérée en 1948. « Depuis le 11 mars, racontait Frédéric Bruly Bouabré, depuis que le ciel s’ouvrit à mes yeux et que les sept soleils colorés décrivirent un cercle de beauté autour de leur Mère-Soleil, je suis désormais Cheikh Nadro, celui qui n’oublie pas ».

    Pour André Magnin, cette révélation « entretiendra en permanence une relation d’échange entre son œuvre et sa vie qui s’opère chaque jour par un approfondissement de tout ce qui est caché ou donné à la surface des choses (…) en révélateur du monde ».

    Jusqu’à sa mort, l’Ivoirien, né entre 1920 et 1923 à Zépréguéhé, dans le centre-ouest du pays, est investi d’une mission : transmettre à son peuple et au monde les connaissances de l’univers. Il consigne ses recherches dans des manuscrits - plus d’une centaine - traitant de tous les champs du savoir. Il révèle ainsi une magistrale figure de poète, de penseur, d’encyclopédiste, d’humaniste, de créateur… « Il devient l’apôtre du réalisme du réel tout autant que celui du réalisme de l’irréel », explique André Magnin.

    L’alphabet bété pour pacifier l'humanité

    Frédéric Bruly Bouabré, « prophétisé » par cette révélation, quitte le monde du travail pour se consacrer, au début des années 50, à l’écriture. Il veut que la langue bété soit transcrite pour qu'elle devienne une écriture. Il invente alors un alphabet, alphabet inspiré de petits cailloux qu’il imagine comme des éléments d’écriture antique*.

    L’alphabet bété, un syllabaire, est composé de plus de 400 pictogrammes correspondant à des phonèmes. Cet inventaire très élaboré des sons permettrait de retranscrire toutes les langues du monde. Parce que pour l’humaniste Frédéric Bruly Bouabré, tous les hommes sont frères et ils pourraient tous se comprendre avec une même écriture. Et cette œuvre traduit sa pensée universelle : réunir et pacifier l’humanité.

    Consigner les savoirs du monde

    Frédéric Bruly Bouabré, désormais surnommé le « nouveau Champollion », se lance ainsi dans la retranscription de poésies, de contes traditionnels, de récits de mythologie cosmique bété jusqu’aux derniers événements de la vie politique française. Il enseigne son écriture à qui veut l’apprendre devant sa maison en Côte d’Ivoire. Rappelons-le : pour lui, tout est écriture.

    Mais il faut attendre 1958 pour que son œuvre se fasse connaître en dehors de son pays. L’anthropologue et naturaliste français Théodore Monod, alors directeur de l’Institut français d’Afrique noire, publie le syllabaire de Frédéric Bruly Bouabré.

    Homme de créativité hors-norme, Frédéric Bruly Bouabré est souvent comparé à un entomologiste : il ne perd pas une miette du monde qui l’entoure, du temporel comme du spirituel et compile, dans les années 70, tous les éléments de la vie sur des petits bouts de cartons de la taille d’une carte postale. Il y explique le monde.

    Au stylo à bille ou avec des crayons de couleurs, il réalise des milliers de dessins, figuratifs et abstraits, « des bricolés », comme il les définit alors. Très souvent, ses dessins sont entourés d’une marge dans laquelle il écrit en français les légendes afin que les non-initiés entendent son message. L’artiste ivoirien écrit en dessinant, comme les civilisations maya ou égyptienne; la peinture et l’écriture ne font qu’un.

    Frédéric Bruly Bouabré voulait consigner tous les savoirs dans ses manuscrits. « Chacun de ses dessins était un relevé, un petit savoir. Il était à l'écoute de tout ce qui se passait : une empreinte, un nuage, un papier apporté par le vent », raconte André Magnin.

    Un monument

    A la fin des années 1980, l’œuvre de Frédéric Bruly Bouabré est exposée pour la première fois en Europe. Le succès rencontré lors de l’exposition « Magiciens de la terre » en 1989 à Paris lui met le pied à l’étrier de la reconnaissance planétaire, jusqu’à sa dernière exposition à la Biennale de Venise l’an dernier où il représente la Côte d’Ivoire.

    Dessinateur, philosophe, poète, enseignant, prophète, Frédéric Bruly Bouabré était un homme multiple pour qui transmettre était un sujet d’émerveillement. « Un monument », selon les mots d’André Magnin. Un « rechercheur » comme il se définissait lui-même. Pour lui, l’écriture était une arme, le moyen d’asseoir une domination culturelle. « Bruly, pour moi, était un humaniste, un philosophe, un penseur, au-delà de l’aspect graphique, raconte Yaya Savané, ancien conservateur du Musée national d'Abidjan et proche de Frédéric Bruly Bouabré. S’il y a quelque chose à retenir pour moi, c’est la parenté universelle, c’est toute cette philosophie qu’il a développée à travers tous ses écrits ». Des écrits parmi lesquels figure « Les lois divines révélées », un ouvrage de presque 1 500 pages qui immortalise en 2013 une partie de l’œuvre magistrale de Frédéric Bruly Bouabré.

    « Les Hommes sont nés de la terre et retournent à la terre », se plaisait à dire Frédéric Bruly Bouabré. Une prophétie qui s’est réalisée ce 28 janvier 2014.

    *« Dans un village près de Daloa, à Bekora, se trouvaient de petits cailloux qui avaient une renommée célèbre. On parlait de leur beauté, on disait qu’on pouvait les rapporter chez soi et que mystérieusement ils pouvaient regagner leur domicile. C’est la légende. Je suis allé à Békora et j’en ai ramassé. On aurait dit qu’ils avaient été sculptés. Je les pensais comme des éléments d’écriture antique. Parallèlement, j’ai fait un rêve sur ces cailloux dans lequel j’ai vu de petits signes et observé une croix. Une voix me disait de prononcer, au réveil, le nom des signes que je reconnaissais. Ce que j’ai fait, avec le mot "croix" d’abord, puis avec mon nom, Gbeuly, qui comportait deux syllabes. Ainsi on pouvait écrire le contraire Ly-gbeu, qui veut dire foyer-concession. Je me suis évertué à trouver des équivalences entre les sons et les signes et à partir de là j’ai tracé des syllabes françaises sur le papier pour finalement dénombrer presque 500 syllabes. Cette totalité est ce que j’appelle un système d’écriture ». 

    Extrait d'une interview de Frédéric Bruly Bouabré au quotidien Libération en 1995.

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