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    Europe

    Débat sur l’avortement : question de santé publique contre combat idéologique

    media La «Marche pour la Vie» a rassemblé des milliers de manifestants anti-IVG à Paris le 19 janvier 2014. REUTERS/Gonzalo Fuentes

    Un projet de réforme en Espagne et l’assouplissement d’une loi en France ont rouvert le débat  sur l’interruption volontaire de grossesse. Combattu par les lobbies conservateurs et défendu par les associations de défense des droits des femmes, le droit à l’IVG pourrait être l’un des enjeux des prochaines élections européennes.

    Dépénalisée en France depuis l’entrée en vigueur de la loi Veil en 1975 et remboursée par l’Assurance maladie depuis 1982, l’interruption volontaire de grossesse (IVG) demeure plus que jamais un sujet polémique en Europe. En France, elle est revenue cet hiver sur le devant de la scène. D’abord lors de l’annonce d’un projet de loi espagnol remettant très sérieusement en question le droit à l’avortement et, plus récemment, à l’occasion de l’adoption par l’Assemblée nationale d’un amendement qui, au contraire, assouplit le droit à l’IVG en France. Les deux fois, des « pro » et des « anti » avortement sont descendus dans la rue pour protester.

    À contre-courant

    En ce qui concerne le texte français, il s’agit en réalité d’une très légère modification entrant dans le cadre plus large du projet de loi « pour l’égalité entre les femmes et les hommes », projet de loi inscrit sur la feuille de route du gouvernement pour 2014. Cet amendement adopté le 22 janvier supprime de la loi Veil de 1975 la notion « d’état de détresse » justifiant pour une femme le droit à l’avortement, le remplaçant simplement par « le droit d’une femme à choisir de poursuivre ou non une grossesse ». Bien que critiqué par une frange de la droite, le texte a été voté par les députés et approuvé par une grande majorité des français (78% s’y sont déclarés favorables dans un sondage pratiqué par l’institut BVA).

    A l’inverse, le texte espagnol adopté en Conseil des ministres par le gouvernement de Mariano Rajoy apparaît totalement rétrograde, du moins vu de France. Ce projet de loi, qui doit être soumis au Parlement espagnol au printemps, n’autorise plus l’avortement que dans deux cas : s’il y a eu viol et que la victime a déposé une plainte ou si la santé physique et psychique de la mère est menacée « de manière durable et permanente ». Pour compliquer un peu plus les démarches, ce risque devra être évalué par deux médecins différents, étrangers à l’établissement où serait pratiqué l’IVG.

    « Je suis atterrée qu’en 2014, on en soit encore là et que l’on revienne sur les choses progressistes qui avaient été mises en place pour les femmes ! » fulmine au téléphone Marie-Pierre Martinet, secrétaire générale du planning familial à Paris. « On n’est pas sur une vision progressiste mais sur une vision idéologique, au mépris complet de ce que vivent les femmes espagnoles », poursuit-elle. En plus d’être inefficace - car une femme qui ne veut pas d’enfant ne revient pas sur sa décision quitte à mettre en danger sa santé - cette loi, si elle était adoptée, pousserait les Espagnoles les plus aisées à aller subir une IVG à l’étranger et les plus pauvres à se faire avorter dans la clandestinité, avec tous les risques sanitaires que cela suppose.

    Non contente de vouloir faire un « bond de trente ans en arrière » comme l’en accusent les opposants au projet de loi, l’Espagne aimerait être imitée par d’autres pays européens. Ainsi le ministre de la Justice Alberto Ruiz-Gallardon s’est-il dit « convaincu » que la future loi aurait une suite ailleurs en Europe. Il se rendra même à Bruxelles en février pour « expliquer » le texte. Au vu du climat actuel, il risque de trouver des oreilles attentives. Même si vingt des vingt-huit pays de l’Union européenne reconnaissent le droit des femmes à décider librement de leur grossesse, sept l'assortissent de conditions plus ou moins contraignantes. Un huitième, Malte, continue de l’interdire.

    Un enjeu aux élections européennes ?

    « Le débat a toujours été présent, indique Marie-Pierre Martinet. En 2011, rappelle-t-elle, la Hongrie a changé sa constitution en modifiant l’origine de la vie dès la conception, ce qui, de fait, restreint largement l’accès à l’IVG. L’Irlande s‘est un peu assouplie parce qu’il y a eu le décès de cette femme (1) à qui on a refusé une IVG alors qu’elle en aurait eu besoin. La Lituanie envisage de revenir sur des mesures visant à restreindre l’accès à l’avortement ». Hors UE, une votation citoyenne a été soumise au parlement en Suisse pour dérembourser l’IVG. Et la Russie interdit « toute promotion de l’avortement » ce qui veut dire, concrètement, l’information sur l’avortement.

    Pour la secrétaire générale du planning familial, c’est clair : « il y a une dynamique au niveau européen qui vise à remettre en cause des acquis permettant l’autonomie des femmes quant à leur maternité ». Elle attribue pour une bonne part ce recul à la crise économique : « on assiste à un repli sur des valeurs connues qui visent à renvoyer chacun dans la place qui lui est assignéeOr l’IVG, comme l’accès à la contraception, insiste-t-elle, sont des outils fondamentaux et essentiels de l’autonomie des femmes notamment à sortir d’une dépendance financière quelle qu’elle soit. C’est une vision d’une société et ce n’est pas celle que l’on veut pour l’Europe ».

    La ministre française des droits des femmes, Najat Vallaud-Belkacem, est sur la même ligne. Et elle voudrait que le droit à l'avortement fasse partie du débat des prochaines élections européennes au mois de mai. « Un certain nombre de lobbies très conservateurs, partout en Europe, essayent de remettre en cause les acquis fondamentaux en matière de liberté des femmes » déclarait-elle récemment sur la chaîne France 3. Les mouvement de défense des droits des femmes souhaitent une harmonisation des lois dans l’Union et voudraient, pour y parvenir, que l’avortement soit inscrit dans la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, une idée à laquelle vont s'opposer farouchement conservateurs et souverainistes durant la campagne.

    (1) Savita Halappanavar, une dentiste de 31 ans originaire d'Inde, est décédée en octobre 2012 dans un hôpital public de Galway où elle s'était présentée, enceinte de 17 semaines, pour d'importantes douleurs dans le dos.

     

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