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    Naasson Munyandamutsa, un psychiatre rwandais

    media Naasson Munyandamutsa reçoit le prix Genève 2011 pour les droits de l'homme en psychiatrie. Fondation Prix Genève pour les droits de l'homme en psychiatrie.

    Ce médecin engagé de 56 ans raconte avec humilité son parcours. Et les traumatismes qui demeurent au Rwanda vingt ans après le génocide. Retourné dans son pays après avril 1994 pour reconstruire les institutions de santé mentale, le docteur Naasson Munyandamutsa, qui a reçu deux prix et participé à des ouvrages et des documentaires comme celui d’Anne Lainé, Un cri d’un silence inouï, ne cherche pas les honneurs. Il a beaucoup trop à faire ailleurs.

    Le docteur Naasson Munyandamutsa a été l'un des rares psychiatres en activité au Rwanda dans les années qui ont suivi le génocide de 1994. Aujourd'hui professeur à la faculté de médecine de Kigali, il ne pouvait pas savoir quelle mission l'attendait, lorsqu'il s'est orienté vers la psychiatrie en 1986, après son diplôme de médecine générale de l'Université de Butare. « Je m’intéressais déjà à la relation à l’autre, à cet espace d’interaction entre les gens, entre communautés, entre l’homme et le monde », raconte-t-il. L’aspect communautaire de sa pratique n’est venu que plus tard : « Quand notre société a viré dans une violence extrême ».

    Au moment du génocide, il se trouve en Suisse où il poursuit sa formation de psychiatre. Seul l’un de ses frères, qui a fui au Burundi, est resté en vie. Tous les autres membres de sa famille ont été tués. Il ne retourne que progressivement au Rwanda, après s’être « juré » qu’il ne le ferait jamais. Entre 1996 et 1999, il part dans le cadre d’un projet financé par la coopération suisse, pour aider à reconstruire le dispositif de santé mentale. En tant qu’employé de l’université de Genève, il remet sur pied l’hôpital neuropsychiatrique de Ndera, 288 lits, dans la banlieue de Kigali.

    « Des tas de cadavres avaient protégé les murs »

    Kigali, 13 avril 1994. Des civils armés attendent une distribution alimentaire de la Croix-Rouge. © Getty Images/Scott Peterson

    Difficile pour lui de décrire ce qui l’a le plus frappé à son retour car « tout était frappant, bien sûr : il y avait des sentiers fermés, des villages inhabités. » Lors de sa première visite à Ndera, il est choqué : « Dans cet hôpital où j’avais travaillé, où j’avais des amis, tout le monde était mort. J’ai remarqué des impacts de balle partout, sur les murs et les plafonds… Mais sur les murs, pas jusqu’à une hauteur d’environ un mètre. J’ai appris par la suite que des tas de cadavres avaient protégé les murs ». Naasson Muyandamutsa se met au travail. Il créée un service ambulatoire de consultations externes à Kigali, puis commence la décentralisation de ces services psychiatriques dans les hôpitaux des régions. Il forme infirmières et médecins, pour qu’ils « sachent au moins donner les premières réponses ». Il œuvre à la formation de spécialistes, qui ne sont pas plus de 6 aujourd’hui au Rwanda – en plus de 5 jeunes encore en formation.

    Des crises traumatiques à chaque commémoration

    Il retourne à Genève en 2000 où il devient chef de clinique pendant un an. En 2001, il rentre définitivement au pays, appelé par l’immensité du travail qui reste à faire. « Rien ne peut suffire face à une abomination de cette taille, raconte-t-il. Le tout est de faire quelque chose ». Aujourd’hui, l’un de ses doctorants travaille sur les crises traumatiques, qui surviennent à chaque commémoration du génocide. « Des gens tombent en syncope et perdent conscience pendant longtemps, certains crient, d’autres font des reproches, d’autres restent muets ».

    Ces crises peuvent paraître surprenantes, mais pour lui, elles sont « prévisibles : Quand on est dans une société qui a imposé le silence par la mort et la terreur, les gens ne sont pas prêts à parler. Il n’y pas d’audience. On a peur de contaminer l’autre. Le temps des commémorations est celui où la société toute entière, officiellement et politiquement, donne une tribune à la mémoire. Les gens prennent alors la parole à travers la souffrance. D’où ces crises traumatiques, qui sont des appels à l’aide. »

    « Une volonté d’avoir d’autres drapeaux »

    Que lui inspire l’évolution du pays, qui se construit et s’impose comme modèle, notamment parce qu’il est devenu d’une propreté exemplaire en Afrique ? « Les ressortissants de tous les pays du monde véhiculent à l’étranger une certaine image de leur pays, explique le psychiatre. Quand on voit un Américain, on pense à ce grand pays qui a pu faire l’histoire. Quand on voit un Chinois, on voit cette économie qui prend de l’essor. Face à un Rwandais, la première idée qui passe, c’est « ce pays de tueurs, de sauvages ». Il y a donc une volonté d’avoir d’autres drapeaux. On s’est créé ce pays à construire avec la capacité de rendre beau ce qui nous appartient, pour qu’on le voie d’une autre manière. Sur le plan symbolique, il faut se laver, se purifier. A un moment donné, tout était pourriture nauséabonde ici. Notre responsabilité de citoyens, c’est d’être propres et de laver le linge sale en famille – ce que nous avons fait avec les gacaca, les tribunaux communautaires villageois ».

    Directeur adjoint de l’Institut de recherche et de dialogue pour la paix (IRDP), il œuvre par des projets concrets à la réconciliation et la cohabitation pacifique. « Aider les autres, c’est thérapeutique, explique-t-il. Une source non alimentée ne peut pas donner d’eau. Si je tiens debout aujourd’hui, avec mes faiblesses et mes imperfections, c’est parce que je reçois beaucoup des gens qui viennent me voir. Je suis constamment rempli. J’apprends avec d’autres qu’on peut espérer, qu’on peut insuffler des changements en soi et autour de soi ».

     

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