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    Hebdo

    Trois ans après, les blogueurs arabes toujours sous pression

    media Des manifestants brandissaient des photos de Chokri Belaïd lors d'un rassemblement appelant à la démission du parti Ennahda, le 11 février 2013 , à Tunis REUTERS/Anis Mili

    Trois ans après les révolutions, les blogueurs et cyber-activistes du monde arabe se heurtent encore aux pressions des gouvernements. En Egypte comme en Tunisie, l’idéal de liberté d’expression qu’il ont porté en 2011 est loin d’être atteint : surveillance massive, campagnes de dénigrement, menaces, tentatives de corruption et arrestations arbitraires.

    « On a vécu quelques mois de liberté d’expression dans une période d’euphorie révolutionnaire, mais depuis, il y a eu une régression et un contournement des objectifs de la révolution », affirme Lina Ben Mhenni. Blogueuse tunisienne depuis 2008, elle fait partie de ces personnalités influentes qui ont participé au soulèvement contre le régime de Ben Ali en 2011. Depuis, Lina continue de critiquer les gouvernements qui se succèdent et d’aborder des sujets sensibles sur son blog « A Tunisian Girl » : religion, égalité homme-femme ou droits de l’homme.

    Cette activité lui vaut de se retrouver sur les listes noires du groupe islamiste Ansar al-Charia et d'attirer la surveillance du gouvernement. « Avant, il y avait la censure mais je connaissais mon ennemi, c’était le régime, explique Lina. Aujourd’hui, je ne le connais plus vraiment car il y en a plusieurs : le gouvernement et les extrémistes religieux ».

    Surveillance de masse

    Témoins de l’influence et de la capacité de mobilisation des blogueurs lors des soulèvements de 2011, les nouveaux régimes surveillent de près ce qui se passe sur la Toile. Malgré la dénonciation d’attaques « sans précédent » du pouvoir, par 70 blogueurs arabes réunis à Amman (Jordanie) il y a deux semaines, la blogosphère a réaffirmé, le 11 février, ses craintes en participant à une campagne dénonçant la surveillance massive en ligne.

    A l’heure où l’espionnage mondial opéré par la NSA a été révélé au grand jour, les gouvernements du monde arabe investissent massivement dans l’achat de technologies de surveillance électronique à grande échelle. Et ce, même dans des pays peu impliqués dans le mouvement des révolutions arabes. A l’image du Maroc, récent acquéreur, pour plusieurs millions de dollars, d’un logiciel de surveillance en ligne développé par Amesys, une société française ayant déjà vendu une technologie similaire au régime de Kadhafi.

    La blogueuse tunisienne Lina Ben Mhenni (d) et le blogueur Slim Amamou, le 3 octobre 2011 à Tunis AFP PHOTO / FETHI BELAID

    « Après la révolution en Tunisie, les gouvernements arabes ont pris conscience du danger que pouvait représenter Internet pour le statu quo qui existe dans la région », explique Hisham Almiraat, directeur de Global Voices Advocacy, branche de défense de la liberté d’expression en ligne au sein de Global Voices, collectif mondial de blogueurs. Pour le blogueur marocain, cette surveillance de masse, invisible et jusqu’alors peu pratiquée dans le monde arabe, produit des effets beaucoup plus insidieux que le filtrage exercé par les régimes arbitraires avant les révolutions. « La censure, elle est aberrante, elle est claire, elle est attaquable, lance ce cyber-activiste, fervent défenseur de la liberté en ligne. Mais se savoir surveillé est beaucoup plus dévastateur sur la possibilité à s’exprimer librement, car on a peur et on commence à pratiquer l’autocensure. »

    La censure, la Tunisie l’a connue pendant plusieurs années sous Ben Ali avec l’Agence Tunisienne d’Internet (ATI), supprimée après la chute du régime. Mais la création de l’Agence technique des télécommunications (ATT) par le ministère des Technologies de l’Information et de la communication (TIC) en novembre 2013, pour surveiller Internet et lutter contre la cybercriminalité, préoccupe blogueurs et associations. « Cela ravive de très mauvais souvenirs, explique Olivia Gré, responsable du bureau tunisien de Reporters sans Frontières. L’ATI, c’est une plaie qui ne s’est pas refermée », lâche-t-elle, inquiète des conditions opaques entourant la création de l’agence et de l’absence de lois définissant le « cyber-crime ». Même méfiance chez Lina: « Le gouvernement parle de combattre les crimes sur Internet, mais ils vont se permettre d’avoir accès à toutes nos informations personnelles ».

    Campagnes de dénigrement et arrestations arbitraires

    Cette surveillance en ligne s’ajoute à l’efflorescence de lois répressives à travers le monde arabe qui tentent de reproduire, sur Internet, les mêmes structures de répression et de censure déjà existantes dans le monde des médias traditionnels. Victime de menaces de mort sur son profil Facebook ou par SMS, Lina fait l’objet de campagnes de dénigrement et de diffamation, organisées par des jeunes recrutés par les partis politiques. « Ils prennent mes photos personnelles et les partagent sur les réseaux sociaux pour dire que je ne suis pas une fille bien et que je ne crois pas en Dieu », avoue Lina, placée sous protection rapprochée de la police depuis six mois. « Je ne regrette pas le départ de Ben Ali mais les coups que j’ai reçu après son départ sont beaucoup plus nombreux que ceux que j’ai reçu sous son régime ».

    L’instabilité politique qui a succédé aux révolutions n’est pas étrangère à cette volonté de contenir encore le cyber-militantisme. Depuis l’arrivée au pouvoir du parti islamiste Ennahda en 2011, les blogueurs ont continué à jouer un rôle majeur dans la mobilisation des Tunisiens, notamment suite aux assassinats de Chokri Belaïd et de Mohamed Brahmi en 2013, qui ont plongé le pays dans une crise politique et ont conduit au retrait progressif d’Ennahda du pouvoir. En Egypte, depuis l’entrée de l’armée sur la scène politique égyptienne suite au renversement du président Mohamed Morsi en juillet 2013, les arrestations arbitraires de journalistes, blogueurs et citoyens se sont intensifiées.

    A l’instar de celle du blogueur Alaa Abdel Fattah, figure du mouvement pro-démocratie égyptien, arrêté en novembre 2013 pour avoir « incité à manifester en contravention de la loi » obligeant à informer les autorités trois jours avant la tenue d’un rassemblement. La manifestation devant être, par la suite, autorisée par le ministère de l’Intérieur.

    L’atteinte au « sacré » et à la « moralité publique »

    Pour Hisham al-Miraat, cette arrestation témoigne des pressions, plus ou moins directes, dont peuvent être victimes les blogueurs, mais aussi les journalistes en ligne et les internautes engagés politiquement sur la Toile. « Soit les blogueurs sont attaqués directement à cause de leurs contenus en ligne, explique t-il, soit pour d’autres motifs utilisés comme des prétextes pour les museler ».

    Parmi ces motifs, les notions vagues d’atteinte au « sacré » ou à la « moralité publique », consacrées par la nouvelle constitution tunisienne adoptée le 26 janvier 2014. Un internaute tunisien, Jabeur Mehri, purge actuellement une peine de sept ans et demi de prison pour « outrage aux valeurs sacrées à travers des actions ou des mots » - après avoir publié, en mars 2012, une caricature du prophète Mahomet et des écrits satiriques envers l’Islam sur sa page Facebook. En Tunisie, l’Etat s’est érigé en « gardien de la religion ». Olivia Gré avoue que « le mélange du sacré et de la moralité publique peut devenir un motif dangereux de limitation de la liberté d’expression ». Tout en soulignant aussitôt la particularité du cas tunisien « où une grande liberté d’expression existe depuis la révolution contrairement aux autres pays arabes »

    Entamée en 2011, la constitution fait l’objet d’un processus de dialogue houleux entre différents partis. La méfiance à l’égard du parti islamiste Ennahda suite à l’assassinat de Chokri Belaïd, et le mouvement populaire suscité par le meurtre de Mohamed Brahmi en 2013, ont retardé l’élaboration du texte.

    « C’est un texte avant-gardiste à sa manière car chaque article a fait l’objet de discussions, lance Olivia Gré. On attend sa mise en pratique, pour voir si ce n’est pas une coquille vide », déclare-t-elle, confiante. Saluée comme prometteuse par RSF et certains blogueurs, la nouvelle constitution suscite pourtant la méfiance de Lina : « La constitution ne reste que de l’encre sur le papier, lance cette jeune trentenaire, malgré son adoption, il reste toujours des prisonniers d’opinion ». Et les blogueurs restent toujours la cible du pouvoir.

    Les députés tunisiens fêtent l'adoption de la nouvelle constitution, le 26 janvier 2014 Reuters

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