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    Hebdo

    Seun Kuti, le fils cadet qui fait revivre Fela au Nigeria

    media Seun Kuti est en tournée en France du 13 au 29 mars 2014. Johann Sauty

    Seun Anikulapo Kuti, 31 ans, fils cadet de Fela, musicien nigérian et star de l’afrobeat, sort le 24 février son troisième disque : Long way to the beginning. Un album qui ne parle pas de ses propres débuts, marqués par la dispute avec son frère aîné Femi Kuti autour de l’héritage, mais plutôt d’indépendance en Afrique. Un thème cher à son père, dont il reprend le flambeau sans aucun complexe.

    La pochette de cet album veut tout dire. Au recto, un poing serré de couleur rouge, en forme d’Afrique. Au verso, une photo du dos de Seun Anikulapo Kuti, avec de grosses lettres gothiques qui lui barrent les omoplates : « FELA LIVES » (Fela vit). Ce tatouage remonte à ses 18 ans, quatre ans après la mort de son père, emporté en 1997 par le VIH-sida.

    Fela vit, en effet, à travers ses deux fils saxophonistes. L’aîné, Femi Kuti, 52 ans, a repris « The Shrine », la boîte mythique de son père, en déplaçant l’enseigne ailleurs dans Lagos. Issu du premier mariage de Fela avec Remi Taylor, métisse britannique, il passe souvent pour « le blanc » de la famille, notamment parce qu’il a passé une partie de son enfance à Londres et se démarque des excès parternels. Monogame, il ne touche pas à la drogue et mélange volontiers l’afrobeat de papa à des influences jazz.

    Seun Kuti, de son côté, affiche un profil moins sophistiqué. Il fume des joints où bon lui semble - même en pleine rue à Paris, sur le pas de porte de l’une de ses nombreuses belles-mères, patronne de restaurant dans le 18è arrondissement. Une Sénégalaise qui a été, comme Fehintola Kayode, la mère de Seun Kuti, l’une des 28 choristes de Fela, épousées par le chanteur en 1978 en une seule fois.

    « L’Afrique n’est toujours pas indépendante »

    Après la mort de leur père, Seun Kuti s’est battu contre Femi Kuti, y compris devant les tribunaux, pour reprendre la direction d’Egypt 80, l’orchestre paternel. Quatorze musiciens chevronnés avec lesquels il reproduit les performances scéniques de feu Fela. Comme lui, il joue torse nu, saxo autour du cou, pour de longues sessions d’afrobeat pur et dur. Il ne conçoit pas l’héritage comme un fardeau. « C’est ce que je suis, explique Seun Kuti. Je crois en ce qu’il défendait – changer les consciences par la musique. Certains héritiers de grandes familles se lamentent parce qu’ils ont de la chance… Pas moi ! »

    Le titre phare de son album, IMF, l’acronyme en anglais de Fonds monétaire international (FMI en français), devient dans sa bouche International Mother Fucker (Salopard international). Dans le droit fil d’International Thief Thief (ITT), un tube planétaire de Fela sorti en 1979, quatre ans avant la naissance de Seun. Est-ce toujours d’actualité de chanter cette révolte ?

    « Nous ne sommes pas indépendants, répond aussitôt Seun Kuti. Ni du point de vue politique, ni du point de vue économique. Nos élections sont toujours supervisées. Chaque fois, les observateurs internationaux disent que « globalement, c’est bon ». Autrement dit, ce n’est pas OK sur les bords... Est-ce que vous accepteriez une élection « globalement bonne » en France ? »

    Son message, très populaire, se heurte à l’establishement

    Seun a assisté à un nombre incalculable de descentes de police dans la célèbre « République du Kalakuta », où il a grandi, à Lagos. Une commune autonome fondée par Fela pour mieux militer pour l’indépendance de l’Afrique. Aujourd’hui, la « République du Kalakuta » est devenue un musée. Mais la lutte continue pour les descendants de Fela. « A travers ma musique, j’appelle les autres, les professeurs, les médecins, les entrepreneurs à faire comme moi, à se mobiliser pour une véritable indépendance », explique Seun. Il soutient notamment une association nigériane dénommée « Change Movement ». Sa particularité : se passer de toute aide extérieure pour lancer des projets de développement.

    Le message de Seun Kuti, très populaire, se heurte toujours à l’establishement nigérian. « Vous savez, on n’entend pas Fela au Nigeria plus de dix fois par semaine, toutes chaînes de radio et de télévision confondues ». La raison ? Une attitude subversive, alors que la norme est plutôt aux petits arrangements lucratifs entre musiciens et hommes de pouvoir, pour que les premiers chantent les louanges des derniers. « Les puissants, au Nigeria, sont aussi des patrons de groupes de presse et ils contrôlent le message », explique Seun Kuti. Devenir lui-même un patron, de presse ou de quoi que ce soit, n’est manifestament pas son ambition. Le digne fils de Fela entend rester dans une logique de combat.

    Long way to the beginning, par Seun Kuti. Because Music, 2014. En tournée en France du 13 au 29 mars 2014.

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