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    Le défi de la réinsertion des enfants de la rue à Kinshasa

    media Daniela, 6 ans, Blessing, 9 ans et Sarah, 14 ans. Daniela est née dans la rue. Soixante bébés naissent chaque mois dans la rue. RFI/Ariane Poissonnier

    Diverses structures viennent en aide aux enfants des rues de Kinshasa, dont le nombre, estimé à 20 000, s’accroit chaque année. La réinsertion est possible, mais difficile, en particulier pour les filles.

    « Mes parents, raconte V., se sont séparés à ma naissance. Je suis restée avec mon père ; quand j’ai eu cinq ans, ma mère a voulu me récupérer. Mais ils l’ont chassée, et je ne sais pas depuis où elle est. Peu après, j’ai commencé à faire pipi tout le temps. Mon père et sa famille m’ont traitée de sorcière et chassée. Je me suis réfugiée dans une église. Puis un éducateur m’a amenée dans un centre d’hébergement, c’était en 2007 je crois. Mais mon père et ma tante sont venus m’y chercher… »

    V. a 16 ans aujourd’hui. Elle vit au foyer Père Gérard, un centre semi-ouvert proche de la paroisse Christ-Roi, dans la commune de Kasa-Vubu, l’une des 24 de Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo. V. raconte sa vie en lingala. Francisca Bayekula, infirmière et éducatrice qui dirige le foyer, et Denis Mabwa, du Réseau des éducateurs des enfants et jeunes de la rue (Reejer), traduisent ses propos. Francisca Bayekula complète : « En fait, V. faisait des crises d’épilepsie ». Et Denis Mabwa ajoute : « Souvent, quand les familles n’ont pas les moyens de traiter ce genre de maladie chronique, on affirme que la personne est possédée par un démon dont l’objectif est de "prendre" l’argent de la famille. On l’accuse de sorcellerie ». On estime d’ailleurs que plus de 70% des 20 000 enfants des rues de Kinshasa sont ainsi accusés… Pour ceux-là, le retour dans la famille, qui reste la première voie explorée lorsqu’un enfant arrive dans un centre, est délicat.

    V. reprend. « Quand je suis arrivée à la maison, j’ai vu que ma grand-mère, qui s’était occupée de moi jusqu’à mes cinq ans, était décédée. Mon père est parti chercher un pasteur pour qu’il me délivre. J’avais environ dix ans. On m’a placée dans une maison inachevée, et on m’a donné du sel à manger, un verre matin, midi et soir. On me mettait aussi du piment sur les yeux et les oreilles, pour que je ne voie pas et n’entende pas les démons qui viendraient me chercher… ». Au bout d’un mois, V. s’est enfuie pour retourner au centre. Elle avait beaucoup maigri et sa peau était très abîmée. Une plainte fut déposée au tribunal contre sa famille, son père a fui… V. sait qu’il est mort en 2012. Aujourd’hui, elle essaie de suivre une formation coupe-couture au foyer, mais c’est compliqué. Elle n’a jamais vraiment été à l’école et son épilepsie revient périodiquement.

    Cinq éducatrices, deux aides-éducateurs et un surveillant travaillent au foyer Père Gérard, dont la capacité d’accueil maximale est de 50 filles. Dans cette maison, achetée par l’ancien curé de la paroisse Christ-Roi et aujourd’hui gérée par l'Œuvre de reclassement et de protection des enfants de la rue (Orper), les enfants peuvent se laver et manger. Trois repas sont possibles : la bouillie du matin, le « thé » à midi (un thé et du pain), et un repas le soir. Les enfants peuvent sortir entre midi et 17 heures, la matinée étant réservée aux cours d’alphabétisation, et, pour les plus âgées, aux ateliers de formation : art culinaire, coupe-couture, coiffure-esthétique. La plus jeune pensionnaire du foyer n’a que six ans : Daniela est née dans la rue. « La difficulté, avec les filles, c’est l’âge de la puberté, souligne Francisca Bayekula. Il est alors très difficile de les convaincre de suivre nos formations ».

    L'argent facile de la prostitution

    Le frère Léon Mbanga Musi, qui dirige le centre de formation professionnelle Don Guanella implanté dans le quartier Limete Industriel, est on ne peut plus clair : « Les filles sont plus difficiles à former, car dans la rue, selon elles, elles trouvent plus facilement de l’argent, donc le temps long de la formation les rebute ». C’est dramatique, car les filles représentent environ 45% des enfants des rues. L’argent facile, c’est évidemment celui de la prostitution. On estime que deux bébés naissent chaque jour dans les rues de Kinshasa, soit soixante par mois en moyenne, dont cinq ne vivront pas plus d’un mois.

    Le centre Don Guanella accueille environ cinquante enfants. Ceux qui arrivent sans savoir lire ni écrire ont d’abord trois mois de remise à niveau ; la formation professionnelle elle-même dure ensuite six mois, et porte sur l’une de ces quatre spécialités : coupe-couture, boulangerie, menuiserie, fabrication de foyers améliorés. A l’issue du cursus, s’ils obtiennent leur diplôme, les jeunes peuvent s’installer avec l’aide d’un kit de réinsertion ou d’un petit fonds de démarrage, et revenir régulièrement bénéficier de conseils en gestion pour démarrer leur micro-entreprise. Le frère Léon aimerait pouvoir proposer la maçonnerie, mais il n’en a pas pour l’instant les moyens.

    Son centre est géré par l’Œuvre de suivi, d’éducation et de protection des enfants de la rue (Oseper). Outre le centre Don Guanella, Oseper gère six centres d’accueil (quatre d’hébergement et deux centres ouverts), un centre de santé et une communauté agricole (plateau Bateke). Cette communauté est en fait un centre de formation en agriculture de jeunes issus de la rue et jeunes souffrant de handicaps mentaux pour lesquels les réinsertions sont difficilement réalisables. Suite à la formation, ils peuvent être réinsérés en milieu rural (maison et parcelle mises à disposition) ou revenir à Kinshasa. L’Orper et l’Oseper sont toutes deux membres du Reejer, qui coordonne au total 164 structures proposant environ 3 000 places. Toutes les structures ont vu, depuis décembre 2013, augmenter le nombre d’enfants qui passent leur nuit dans les centres ouverts. Une augmentation consécutive au lancement de l’opération Likofi (opération « coup de poing ») par la police congolaise, qui a multiplié les rafles lors de descentes musclées destinées à réduire la criminalité… C’est au Reejer qu’a été confié la cellule de suivi du Fonds social de développement (FSD) « Réinsertion socio-économique des enfants et jeunes de la rue de Kinshasa » de l’ambassade de France en RD Congo, qui avec un financement global de 500 000 euros poursuit deux objectifs : le renforcement des capacités des acteurs de la société civile et l’appui aux initiatives des ONG congolaises en faveur des enfants de la rue de Kinshasa. Un soutien qui n’est pas de trop, alors qu’on estime que chaque année près de 2 000 enfants atterrissent dans la rue.

    *Pour en savoir plus :
    Reejer, Orper, Oseper, Espace Volontariats RDC

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