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    Décès de Jean-Luc Einaudi, un explorateur de la mémoire historique

    media Jean-Luc Einaudi, ici en février 2005, est décédé ce 22 mars 2014 d'un cancer. AFP PHOTO / Boyan Topaloff

    Jean-Luc Einaudi était conscience faite historien. Emporté par la maladie, l’homme laisse derrière lui une œuvre majeure sur les drames de la décolonisation de l’Algérie et du Vietnam.

    L’historien français Jean-Luc Einaudi, auteur d’une quinzaine d’ouvrages est décédé ce samedi 22 mars, à l’âge de 62 ans, des suites d’un cancer fulgurant. Avec cette disparition brutale, la France perd un infatigable explorateur de sa mémoire historique contemporaine.

    Electrochoc

    L’homme avait provoqué, on s’en souvient, un véritable électrochoc dans la société française en publiant en 1991 son opus La bataille de Paris (Seuil 1991, réédité en 2001) qui fut la première publication sérieuse à mettre sur la place publique la vérité sur le massacre des manifestants indépendantistes algériens par la police française le 17 octobre 1961. Produit d’une enquête minutieuse dans les archives et auprès des familles des victimes, ce livre a contribué à la reconnaissance par l’Etat français de la responsabilité de ses agents dans le plus grand massacre d’ouvriers perpétré à Paris, depuis la Commune. Jean-Luc Einaudi avait salué en octobre 2012 la reconnaissance par le président François Hollande de « la sanglante » répression des manifestations d’Algériens de la région parisienne le 17 octobre 1961.

    Si l’historien déplorait que la reconnaissance officielle au plus haut niveau de l’Etat français ait tardé à venir, il a toujours estimé que la connaissance et la transmission des faits au sein de la société civile étaient plus importantes que les paroles officielles. Ses livres consacrés aux hommes et événements de l’histoire contemporaine n’avaient pas d’autre but que de favoriser l’appropriation du passé par le grand public. « L’Histoire est le seul moyen qu’ont les hommes de réfléchir et de tirer des leçons pour le présent et l’avenir », aimait dire le défunt qui préférait se présenter comme éducateur plutôt que comme historien. Educateur, il le fut en effet toute sa vie, en particulier celui des jeunes en difficultés dans le cadre du ministère de la Justice. Son livre Les mineurs délinquants (Fayard, 1995) témoigne de l’intérêt qu’il portait à la question de la jeunesse.

    L’intérêt de Jean-Luc Einaudi pour la jeunesse marginale, tout comme sa solidarité avec les peuples colonisés, s’expliquent par ses engagements politiques. Issu d’un milieu modeste, il s’est très tôt engagé dans les mouvements gauchistes et milite au sein du Parti communiste marxiste-léniniste de France (PCMLF). La période de l’après-1968 est propice au rapprochement de la gauche révolutionnaire occidentale avec la mouvance tiers-mondiste. Sensible aux combats que menaient dans les années 1960 et 1970 les anciens colonisés pour affirmer leurs indépendances fraîchement acquises, le jeune Einaudi s’était rapproché des grandes figures du mouvement anticolonialiste telles que Georges Mattéi, l’un des principaux animateurs du Front de libération nationale (FLN) algérien en France et de l’historien Pierre-Vidal Naquet. Ce dernier a écrit la préface de son premier livre, Pour l’exemple. L’affaire Fernand Yveton (L’Harmattan, 1986).

    Papon, Mitterrand et les autres

    Lors de la tuerie du 17 octobre 1961 qu’il relate dans La Bataille de Paris, Einaudi n’a que 10 ans. Il découvrira longtemps après la nature des événements qui se sont déroulés ce jour-là. Dans un entretien qu’il a accordé au quotidien algérien El Watan, l’historien a raconté comment la découverte au début des années 1980 des archives du FLN sur le 17 octobre 1961 chez son ami Georges Mattéi, fut le point de départ de son enquête de longue haleine sur l’implication de l’Etat français dans la répression des Algériens qui manifestaient ce jour-là à l’appel du FLN. Ils furent battus, torturés, jetés dans la Seine où beaucoup ne sachant pas nager se sont noyés.

    Alors que la France officielle a longtemps expliqué l’aboutissement tragique de la manifestation pacifique du 17 octobre 1961 par des règlements de compte entre les différentes factions du mouvement indépendantiste algérien, dans son ouvrage pionnier, Jean-Luc Einaudi pointe du doigt la responsabilité de la police dirigée alors par le préfet Maurice Papon de sinistre mémoire. « Plus de cent cinquante personnes sont mortes ou disparues », a-t-il écrit, en se basant sur des archives et des témoignages. L’historien n’hésite pas de parler de « crime d’Etat », une affirmation qui lui a valu la vindicte du pouvoir politique et des médias français. En 1998, Maurice Papon nommément désigné par l’historien comme le grand ordonnateur du grand massacre d’ouvriers algériens lui intenta un procès en diffamation. Papon sera débouté de sa plainte par la justice française, ce qui, selon Einaudi, a ouvert la voie d’une reconnaissance officielle de la France à venir de sa responsabilité dans la tuerie d’octobre 1961.

    Malgré sa sensibilité communiste, l’historien n’a pas été tendre avec la gauche. Il a rappelé dans ses écrits la responsabilité historique de François Mitterrand qui fut ministre de l’Intérieur fin 1954 et début 1955, dans la réaction répressive de l’Etat français face aux revendications indépendantistes algériens. Il a mis en lumière le rôle du premier président de la Ve République issu de la gauche dans les condamnations à mort dans les années 1950 des militants algériens et français de la cause de l’indépendance. Parmi ces guillotinés, un certain Fernand Yveton auquel Jean-Luc Einaudi a consacré son premier livre. Communiste français, Yveton avait rallié le FLN. Il fut guillotiné « pour l’exemple ».


    Trois questions à Benjamin Stora

    Benjamin Stora est l’un des principaux historiens français de l’Algérie. Il enseigne l’histoire du Maghreb contemporain (XIXe et XXe siècles), les guerres de décolonisations, et l’histoire de l’immigration maghrébine en Europe, à l’Université Paris 13 et à l’Inalco (Langues'O, Paris).

    Connaissiez-vous bien Jean-Luc Einaudi ?

    Je le connaissais par ses écrits. Nous avons participé ensemble à des émissions à la télévision lors de la sortie de son livre La Bataille de Paris en 1991. C’était un activiste politique qui a milité au sein des organisations appartenant à la gauche radicale, notamment le Parti communiste marxiste-léniniste de France (PCMLF). Il a découvert la question algérienne par le biais de son militantisme politique.

    Son livre La Bataille de Paris est considéré comme un ouvrage pionnier qui avait mis sur la place publique les événements dramatiques du 17 octobre 1961. Comment expliquez-vous que ce travail de mémoire n’ait pas été fait par des universitaires ou des chercheurs institutionnels ?

    Des articles et des livres portant sur le massacre d’octobre 1961 ont commencé à paraître dès les années 1980. Moi-même, j’ai écrit sur ces événements dans mes livres. La mémoire de ce drame atroce avait été longtemps refoulée. Le processus de réappropriation a réellement débuté en 1981, avec la publication, dans Libération, d’un grand article sur ce sujet par le journaliste Marc Kravetz. Il y a eu ensuite des livres, notamment Meurtre pour mémoire (1983) par Didier Daeninckx et Les ratonnades d’octobre (1985) de Michel Lévine qui ont déblayé le terrain. Il y a eu aussi un colloque sur ce sujet en 1987, organisé par l’Amicale des Algériens. Force est toutefois de reconnaître qu’aucun des livres parus avant 1991 n’a eu la répercussion qu’a connue La Bataille de Paris de Jean-Luc Einaudi dans la société française. Cela s’explique par le talent et la passion de l’auteur pour son sujet, mais aussi par la coïncidence de la publication avec les commémorations du 30e anniversaire du massacre, et surtout par le nombre très élevé de victimes (393) qu’avait dénombré Einaudi. Le chiffrage avait donné lieu à de vives controverses à l’époque.

    Plus de cinquante ans après les événements d’octobre 1961, diriez-vous que toute la lumière a été faite sur la responsabilité de l’Etat français ?

    On a fait un grand pas en avant avec la reconnaissance par le président François Hollande de la répression des manifestations d’Algériens. Il y a eu au moins trois films de fiction et quatre documentaires consacrés à ce sujet. Je dirais que la tragédie du 17 octobre 1961 est aujourd’hui l’événement le plus connu de la Guerre d’Algérie. À tel point qu’il a éclipsé un autre massacre, celui du 8 février 1962 au métro Charonne.

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