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    Hebdo

    «Des villes et des femmes», par Etel Adnan

    media L'artiste américano-libanaise Etel Adnan. Wikimedia/Creative commons

    La célèbre poétesse, peintre et écrivain fait à nouveau parler d’elle – ou plutôt d’elles – avec Des villes et des femmes. Lettres à Fawwaz, qui vient d’être traduit en français. Elles, ce sont les femmes de la Méditerranée et leur interaction avec la ville. Etel Adnan nous promène de Rome à Madrid mais aussi Berlin ou Paris, des villes chères à l’auteur, sans oublier Beyrouth, la capitale libanaise qui occupe une place à part dans ce court ouvrage.

    Des villes et des femmes. Lettres à Fawwaz est un recueil de neuf lettres écrites au début des années 1990 et publiées en 1998 en arabe. Les éditions Tamyras viennent de traduire en français cette correspondance entre Etel Adnan, qui a alors 65 ans, et Fawwaz Traboulsi, son ami historien vivant au Liban. A l’origine, Fawwaz attend d’Etel une lettre sur le féminisme pour le numéro spécial « Femmes arabes » de la revue Zawaya. En fait, l’écrivain va observer ce qui lui est donné à voir durant ses séjours dans diverses villes… Barcelone, Aix-en-Provence, Skopélos, Murcie, Amsterdam, Berlin, Beyrouth, Rome, puis à nouveau Beyrouth.

    Ni fil conducteur ni réel décryptage dans ce livre qui est en quelque sorte une ballade méditative composée de faits, de constats, de ressentis. Chacune des pérégrinations d’Etel en compagnie de son amie Simone est pour l’écrivaine l’occasion d’observer comment vivent les femmes selon les endroits où elles se trouvent. Une sorte d’interférence, de dialogue entre la femme et la ville. Comment la ville transforme la femme et inversement, comment la femme crée la ville et entretient sa mémoire ?

    Avec une profonde sensibilité, Etel Adnan explore l’intime au cours de ce « voyage dans la notion de féminin ». Sous-jacentes toujours, les différences entre les femmes du monde arabe et celles de l’autre rive de la Méditerranée. A Marrakech, « les femmes portent leur appartenance sociale plus qu’elles ne portent leur âme. […] A Beyrouth, les distinctions communautaires surgissent tout de suite […] A Barcelone, elles n’ont pas l’air de jouer un rôle […], elles font partie d’une humanité, d’un lieu, d’un climat ».

    Sous le soleil insolent de Murcie, Ibn Arabi

    Pour Etel Adnan, partie à la découverte, tout est prétexte à voir la féminité en toute chose : une prostituée dans les rues d’Amsterdam, ou de Berlin, une femme recluse et silencieuse sur l’île de Skopélos, les souvenirs de sa mère d’origine grecque qui resurgissent quand la bonne prononce le mot « fête », une fillette qui donne des miettes à des pigeons. Et puis il y a Rome, ville de l’amour, ville où les femmes se sentent bien.

    A Barcelone ou à Aix-en-Provence, l’écrivain s’interroge sur le regard qu’ont les peintres Picasso et Cézanne sur les femmes. « Je suis décidemment obsédée par ce que Cézanne et Picasso peuvent révéler sur les femmes, leur regard sur la femme ». Féministe de la première heure, la femme est ainsi, chez Etel Adnan, dans la vie, dans la mort, dans un décor, dans la mer, une odeur, une architecture, etc. Et dans l’art aussi, puisque l’art est « à la recherche du féminin, et à son tour il féminise le monde ». Et d’ajouter : « D’où d’ailleurs son caractère indispensable aux sociétés, et à la subversion qu’il exerce ».

    Sous le soleil insolent de Murcie, Etel Adnan part à la rencontre d’Ibn Arabi, et du rôle qu’à la femme dans sa pensée. « Ibn Arabi est le seul, écrit-elle, parmi les grands théologiens de l’histoire, à avoir accordé à la femme une parfaite égalité dans le domaine de l’absolu ». A Rome, elle interroge l’histoire et constate que la Rome de la dynastie des Sévère et celle de la Renaissance sont « deux grandes périodes pédérastiques et misogynes de l’histoire, période où le désir de féminité a mené à la mise à l’écart des femmes ». Et de conclure que c’est aussi dans la capitale italienne que de nos jours les femmes ont le mieux « triomphé », puisque la ville toute entière est « femme ».

    Née en 1925 à Beyrouth d’un père syrien, officier d’état-major de l’Empire ottoman, et d’une mère grecque de Smyrne, l’auteure de Sitt Marie Rose, le premier roman sur la guerre civile libanaise paru en 1977, écrit aussi à deux reprises depuis sa ville natale, Beyrouth. Beyrouth qui, étrangement, « protège du désespoir par la difficulté du quotidien ». Etel Adnan y retourne après douze années d’éloignement, entre la Californie et Paris. Beyrouth qu’elle n’a jamais pourtant vraiment quittée, parce que cette ville, raconte-t-elle à Fawwaz, lui « colle à la peau, toujours. Même dans le sommeil ». Beyrouth qui panse ses plaies tant bien que mal. Et là encore ce sont les femmes qui entretiennent la mémoire de cette guerre, qui la racontent et la symbolisent : « Ce sont les femmes qui parlent le plus volontiers de la guerre. Les hommes, eux, ont plus tendance à se taire »… Dans ce court récit épistolaire, Etel Adnan réussit indéniablement, via des environnements précis, à définir les femmes qui les habitent. Un hymne au beau sexe.

    * Des villes et des femmes, lettres à Fawwaz. Etel Adnan, Editions Tamyras, 2014. 

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